Froid mobile : l’azote liquide revient en force

Print Friendly, PDF & Email
La station Engie et Messer de La Courneuve (Crédit : Messer)

L’heure de l’azote liquide a-t-elle sonné pour de vrai, sur le gros marché du transport frigorifique ? La filiale française du groupe allemand Messer, spécialiste des gaz industriels (1,14 Md€ de chiffre d’affaires), en est convaincue. Pour preuve, elle prévoit d’installer sept à huit points de recharge en France l’année prochaine. Un premier gros réservoir d’avitaillement a été inauguré en juillet dernier à La Courneuve (Seine Saint-Denis) ; il est hébergé dans une station de gaz naturel pour véhicules (GNV) elle aussi toute neuve et opérée par Engie.

De l’azote pour le froid parisien

« Les industriels ont encore du mal à se décider en faveur de cette solution, car ils se demandent où se ravitailler. A nous de leur proposer des solutions, analyse Christophe Henry, directeur des services clients de Messer France. La réglementation n’évolue pas vraiment mais les demandes des métropoles, celles de Paris par exemple, sont très claires ». De fait, la Ville de Paris compte bannir les véhicules diesel dans seulement trois ans. C’est bien pour cette raison que ...

les futures stations de Messer seront installées en priorité en région parisienne et autour des grandes métropoles régionales, en général en association avec celles d’Engie.

Le prix n’est pas rédhibitoire

Au plan technique, l’azote liquide pour les camions dotés de remorques ou de fourgons à température dirigée consiste à prélever cet élément qui prédomine dans l’air, à le refroidir à 196 C°, à le stocker à basse pression puis à transférer dans un réservoir embarqué. L’énergie utilisée à cette fin est 100% électrique. La technologie de Messer, mais aussi celle d’Air Liquide, son grand concurrent, consiste à fournir le gaz liquéfié à un échangeur et non pas à le diffuser directement dans la cabine, ce qui finit par diminuer la quantité d’oxygène. Ses autres atouts : le silence, la rapidité de refroidissement et la compétitivité. Messer affirme que le surcoût, par rapport au diesel non routier utilisé pour les groupes froids ne dépasse pas 15% et équivaut au prix du diesel routier.

Coldway et Coldinnov ou le froid « de rupture »
L’azote liquide, l’électrique voire le CO2 liquide ne sont pas les seules solutions non carbonées au maintien de la chaîne du froid dans les camions. Créée en 2001, la société occitane Coldway propose des containers et des rolls réfrigérés par une réaction chimique entre de l’ammoniac et des sels, contenus dans un réacteur et un évaporateur. Breveté à l’international, ce procédé très original ne consomme aucune ressource naturelle et garantit du froid pendant au moins 12 heures et jusqu’à 48 heures. Mais il suppose une recharge électrique de 6 heures. Tournée vers les marchés de la logistique, de l’alimentaire et de la santé, cette société de 26 personnes et 1,6 M€ de chiffre d’affaires en 2016 s’oriente vers des produits de plus en plus sur mesure pour ses clients. Son concurrent toulousain Coldinnov dispose d’un procédé proche qui a été installé cette année au datacenter de Netiwan à Nîmes construit par Jerlaure et qui peut aussi fournir du froid mobile.

Le problème ? Le procédé est loin d’être une idée neuve. Il a déjà été embarqué sur 200 camions dans les années 1980 et une cinquantaine autour de 2007. Le diesel a toujours repris le dessus… Ces faux départs appartiennent-ils vraiment au passé ? Christophe Henry en est persuadé, mettant en avant les 400 commandes prévues du coté de Carrefour et Casino, pour 2018 et 2019, lesquelles s’ajouteront à la centaine de camions en circulation à l’heure actuelle.

La remorque réfrigérée à l’azote liquide du fabricant Frappa, en 2013 (Crédit : Frappa)

Ce n’est pas grand-chose dans un secteur qui compte 33 000 semi-remorques et 28 000 porteurs (14 mètres) frigorifiques, soit 10% du parc total de camions,  selon l’Union nationale du transport frigorifique mais les donneurs d’ordre sont majeurs. Il reste à savoir si l’azote liquide s’imposera sur le long terme, face à son grand rival potentiel, le froid embarqué 100% électrique.  Lui aussi compte bien profiter de la déroute annoncée du diesel en milieu urbain.