Le biométhane, une filière « mature » ou non ?

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(Crédit : Expobiogaz)

« Le biométhane n’est pas un secteur mature, les retours d’expériences sont insuffisants pour conclure cela. L’industrie n’a pas encore de process standardisé », affirme Cédric de Saint-Jouan, président du groupe de réflexion France Biométhane et co-fondateur de Vol-V. France Biométhane, qui réunit une centaines d’acteurs (développeurs, énergéticiens, banques, chercheurs…) remet le sujet sur le tapis, car il redoute une arrivée des appels d’offres dans la filière.

Trouver un niveau de soutien « adapté »

De fait, ce changement a déjà eu lieu dans la méthanisation productrice d’électricité, avec en contrepartie un mécanisme de soutien étendu à 20 ans, y compris sur les installations existantes. Le recours aux appels d’offres pour les EnR « matures » est encouragé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et est depuis longtemps réclamé par la Commission européenne. Or, en 2016, la CRE a enquêté sur ...

54 installations de méthanisation et constaté, dans son rapport annuel 2017, « la diversité des coûts de la filière et la pertinence d’organiser son développement par des appels d’offres à dimension territoriale afin d’allouer un niveau de soutien adapté à chaque installation. »

Mais si le régulateur CRE évoque bien des rentabilités excessives dans certains cas, il n’a pas ciblé spécifiquement le segment du biométhane et ne l’a pas désigné comme une filière mature à proprement parler. En outre, le budget et donc l’enjeu sont limités. Les charges de service public de l’énergie (CSPE) affectées au biométhane augmentent – de 18,6 M€ en 2016 à 49,9 M€ en 2017 et 70 M€ l’année prochaine – mais représentent moins de 1% de la CSPE  totale, de plus de 7 Mds€. Quant au prix du biométhane (inférieur à 100€/MWh en 2016), il ne semble pas confiscatoire.

Le secteur est loin d’être stabilisé

De son côté, la Direction générale de l’énergie et du climat veut elle aussi faire un état des lieux de la filière, pour voir si le dispositif de soutien (contrat et tarif d’achat sur 15 ans en guichet ouvert, donc) est adapté ou non et si des effets d’aubaine sont en effet possibles. « Les analyses des pouvoirs publics portent par définition et en grande majorité sur les projets en exploitation en milieu agricole, pas sur les installations récentes qui récupèrent des déchets de l’agro-industrie ou s’implantent dans les décharges et pas non plus sur ceux en « voie sèche » (plusieurs digesteurs indépendants, alimentés de façon non continue, selon la disponibilité de la matière, NDLR), encore émergents eux aussi », formule Cédric de Saint-Jouan. Difficile selon lui de garantir l’avenir de la filière en se basant sur une vue partielle et des installations presque anciennes, au rythme où vont les choses. 

Ce pionnier sait de quoi il parle. Il inaugure aujourd’hui la plus grande centrale de biométhane (220m3/h, 1,8 million de m3) des Hauts-de France, à Eppeville (Somme). Son entreprise compte deux autres grosses installations en service depuis plusieurs mois et cinq en construction. Pourtant, il ne sait pas  « si les coûts de production effectifs correspondent à ce que nous attendions, notamment parce que les coûts de « la matière » (les déchets, NDLR) ne sont pas stabilisés ». Selon lui, il en est de même pour tous les biométhaniseurs récents, et notamment les territoriaux, qui récupèrent des déchets divers avec des flux variables.

Trois ans de tranquillité

Bref, le président de France Biométhane demande une certaine tranquillité pour sa filière pendant deux à trois ans. C’est-à-dire pas d’appels d’offres susceptibles de faire fuir les financeurs. Et si possible un tarif d’achat prolongé de cinq ans, pour rassurer les financeurs si les projets mettent du temps à se roder, ce qui reste fréquent dans la méthanisation.

Cela dit et en attendant les positions de la CRE et des pouvoirs publics sur le sujet, la filière ne peut plus arguer qu’elle se porte mal. En fait, son développement, longtemps poussif, s’accélère  : 35 installations sont en service dans l’Hexagone et 9 ont été mises en service au premier semestre, soit autant que sur l’année 2016. Selon le Panorama 2016 du gaz renouvelable, le pipe national contient 241 projets, deux tiers ayant de bonnes chances d’aboutir.