Hiboux, éoliennes et biomimétisme : silence, ça tourne !

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Crédit : Enercon

La nature ne cesse d’inspirer l’homme et la science, c’est vrai aussi dans les énergies renouvelables. Gros plan sur une innovation commercialisée par de nombreux turbiniers et qui tend à devenir la norme : les pales d’éoliennes inspirées des ailes des chouettes et hiboux. A la clé : moins de bruit pour les riverains et de meilleurs rendements pour les exploitants. Pionnier en la matière, Enercon produit en série depuis plusieurs années des « peignes » qui rendent ses éoliennes moins bruyantes – à ne pas confondre avec les pales furtives. Trois questions à Joris Robillard, responsable en France du pôle expertise du constructeur allemand. ...

GreenUnivers : Pourquoi s’inspirer des ailes de chouettes et hiboux pour rendre les éoliennes moins bruyantes ?

Joris Robillard via LinkedIn

Joris Robillard : Les chouettes et hiboux sont des rapaces nocturnes : quand ils chassent, la nuit, ils doivent être très silencieux car le bruit résiduel ou bruit de fond est extrêmement bas. Enercon a été le premier à industrialiser la technologie Trailing Edge Serrations (dentelures de bord de fuite, en français), inspirée de ces oiseaux. Ce « peigne » réduit les turbulences sur le bord de fuite de la pale. Il se compose de pics de taille croissante : les plus petits se trouvent en bout de pale, les plus grands – jusqu’à 15 centimètres – vers le rotor. Premier effet : cela réduit le bruit global de l’éolienne de 2 dB(A) – décibels en pondération A, qui reflète la façon dont les humains entendent. Une réduction de 2dBA représente un gain d’environ 30% sur le niveau sonore, NDLR.  Deuxième effet : cela améliore le comportement en fréquence de l’éolienne. Car nous réduisons le bruit des éoliennes dans les basses fréquences et reportons en partie cette atténuation sur les hautes fréquences, qui se dissipent plus facilement.

GU : Est-il possible d’équiper toutes les éoliennes, les nouveaux comme les anciens modèles d’Enercon ?

J.R. : C’est en tout cas l’objectif d’Enercon. Pour les anciens modèles déjà installés dans des parcs éoliens, nous procédons par retrofit (post-équipement, en français). Le mode d’intégration des peignes aux pales dépend des modèles d’éolienne. Au plan économique, pour l’exploitant du parc cela correspond à un gain : notre retour d’expérience sur le retrofit montre que certains parcs étaient bridés à environ 12% et que nous avons réussi à les débrider jusqu’à parfois 0%. Désormais, tous les nouveaux modèles d’Enercon sont vendus équipés de cette technologie. Notre première éolienne équipée a été la E82. Enercon a retrofité 334 éoliennes dans le monde dont 83 en France, entre 2013 et 2016.

GU : Quel est le dernier parc post-équipé par Enercon en France ?

J.R. : Il s’agit d’un parc construit en 2009 en Bretagne. Jusqu’au retrofit, au printemps 2017, les éoliennes étaient arrêtées la nuit, le parc ne tournait donc pas à sa puissance maximale. Depuis le retrofit, le parc n’est toujours pas à sa puissance maximale mais les éoliennes font moins de bruit et peuvent donc fonctionner la nuit, en respectant un plan de bridage validé par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL).