Richard Youngman (Cleantech Group) : « La décision de Trump n’aura qu’un effet limité pour les cleantech »

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Richard Youngman (Crédit : Cleantech Group)

 Entretien avec Richard Youngman, président du Cleantech Group – 

S’il regrette l’annonce de Donald Trump sur l’accord de Paris, le président de la société de conseil américaine dédiée aux cleantech minimise l’impact de cette décision. Mais il s’inquiète néanmoins de la diminution de certaines aides pour le développement de l’investissement early stage aux Etats-Unis.

GreenUnivers : En tant que dirigeant d’une société américaine qui accompagne le secteur des cleantech, comment avez-vous réagi à l’annonce du président Trump ? 

Richard Yougman : En tant que citoyen du monde et dirigeant d’une société américaine, je suis évidemment très déçu de la manière dont Donald Trump a parlé de l’accord de Paris et de la décision d’en sortir. Cela envoie un mauvais message, sur la forme comme sur le fond, et cela rend le chemin plus difficile pour les autre pays, même si tout n’est pas perdu, loin de là. Je pense aussi qu’il est inquiétant pour les Etats-Unis de se retrouver en la seule compagnie de la Syrie et du Nicaragua, les deux autres pays restés en-dehors de l’accord de Paris.

A court terme, je ne suis cependant pas pessimiste et je pense que l’effet de cette décision n’aura pas un grand impact. D’abord parce que l’annonce de Donald Trump n’est pas une surprise, elle était attendue depuis de longs mois. Ensuite parce qu’à ce stade, il ne s’agit que d’une déclaration d’intention. Comme on l’a vu pour la réforme du système de santé ou la construction du mur, deux autres engagements de Donald Trump, la route entre la déclaration d’intention et la réalité est semée d’embûches. Enfin, en fonction de la manière dont les Etats-Unis vont choisir de de retirer, l’échéance pour cela pourrait bien être 2020, l’année de la prochaine élection présidentielle. Ce qui ferait du réchauffement climatique l’un des enjeux de la campagne électorale !

Si j’étais un investisseur de long terme, je ne parierais pas forcément sur un second mandat de Trump et une sortie des USA de l’accord de Paris. Je ne dis pas que cela n’arrivera pas, mais ce n’est pas une certitude à l’heure actuelle.

L’Etat fédéral n’est pas la principale locomotive

GU : Quel peut être l’impact de cette décision pour les cleantech ? 

RY : Depuis quinze ans que nous suivons l’évolution des cleantech, nous avons eu le temps de constater que les décisions fédérales n’ont eu que très peu d’impact sur le développement du secteur. En dehors des décisions volontaristes prises par Obama, la plupart des avancées sont liées aux actions des Etats, des villes et des acteurs privés. Or les engagements de ces derniers ne vont pas changer, ils pourraient même s’accroître.

L’accord de Paris a été signé il y a un peu plus de douze mois, l’investissement dans l’innovation des technologies propres a commencé bien avant et se poursuivra bien après, surtout si l’opportunité économique est au rendez-vous. L’économie des cleantech se développant d’année en année, les actions des politiques auront de moins en moins d’impact. Les investisseurs ne font pas leurs choix de long terme en fonction des vents changeants de la politique fédérale. Attention aussi aux réalités sur le terrain : certains Etats pro-Trump ont d’ailleurs atteint un record d’investissement dans les cleantech.

Un risque ? Moins d’investissement en early stage 

GU : Est-ce que vous vous attendez à des réallocations de la part des grands investisseurs et gestionnaires de portefeuilles ? 

RY : Compte tenu de la durée d’investissement dans les énergies, les effets seront très graduels. Les projets prennent des années a se concrétiser, notamment dans les infrastructures d’énergie. Je ne pense pas que les gestionnaires de portefeuilles vont se précipiter pour modifier leurs allocations.

Il serait cependant naïf de penser que la décision du président américain sera sans effet. Le plus important ...