Malgré lui, Trump redonne du souffle à la lutte contre le changement climatique 

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Donald Trump (Crédit : White House)

La décision confirmée hier par Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat provoque une déferlante de réactions dans le monde, unanimement défavorables. Bien malgré lui, le président climato-sceptique a ravivé la flamme de la Cop21. Un mal pour un bien ?

Détricotage systématique de la réglementation environnementale

Le maître américain de la « post-vérité » a excellé dans son style, hier jeudi 1er juin, avec un discours tout en exagérations et mensonges pour dénoncer l’accord de Paris, signé en décembre 2015 par près de 200 nations. Mais cette fois-ci, le Président n’a pas fait de bruit pour rien.

Tout d’abord sa décision, qui n’est pas une surprise puisqu’il s’agissait d’une promesse de campagne, permet de mettre en lumière l’application et la constance avec laquelle le Président s’est attelé à casser la réglementation américaine sur l’environnement depuis son arrivée à la Maison Blanche : suppression du Clean Power Act et de la directive qui exigeait des compagnies gazières et pétrolières la communication de données relatives à l’émission de méthane, suppression de l’encadrement du déversement dans les cours d’eau de déchets miniers, etc.

Contre-attaque internationale

Surtout, elle permet la montée en puissance d’un leadership sino-européen sur le sujet et remet la crise climatique au cœur de l’agenda politique dans beaucoup de pays à commencer par la France. Dans une déclaration jeudi soir, le président Macron a ainsi assuré que la « France se doit d’être plus ambitieuse encore. Nous prendrons des mesures fortes dans les prochains jours », a-t-il promis avant d’ajouter que la France proposera un plan d’actions concret afin « d’accroître son attractivité pour les chercheurs et les entreprises pour la transition écologique ».

Les États américains face à Donald Trump

Le Président américain élu, selon lui, « pour représenter le citoyen de Pittsburgh et non celui de Paris », est visiblement passé à côté des préoccupations de ses concitoyens sur ce point. Les plus récents sondage révèlent en effet que plus de 70 % des américains souhaitent rester dans l’accord, quand ils étaient moins de 50 % avant son élection.

Le monde économique uni dans l’adversité

Si Donald Trump a paradoxalement réveillé la conscience écologique de beaucoup de ses concitoyens – encore un mal pour un bien – le changement de l’opinion est aussi tout simplement lié à la pertinence économique de la transition énergétique. Raison pour laquelle pas moins de 1000 entreprises de tous les secteurs et une trentaine de PDG influents (dont ceux de Facebook, Google, Apple ou encore Tesla) avaient appelé publiquement Trump à ne pas sortir de l’accord de Paris. Même certains groupes pétroliers s’accrochaient au texte pour justifier l’exploitation du gaz naturel au niveau mondial, dont la combustion dégage deux fois moins d’émissions que le charbon, et dont les États-Unis regorgent…

Le PDG de General Electric, Jeffrey Immelt, a ainsi résumé la posture qui prévaut a présent dans le monde économique outre-Atlantique : «  L’industrie doit maintenant prendre la tête et ne plus dépendre du gouvernement ».

Les États en résistance

La résistance ne s’est pas fait attendre non plus parmi les élus : les maires de 75 villes représentant 42 millions d’habitants et les gouverneurs de 12 États abritant 102 millions d’Américains ont condamné la décision de Trump. Les États démocrates de New York, Californie et Washington ont même déclaré qu’ils allaient former une « alliance pour le climat » et s’engager, eux, à respecter les engagements de la Cop21. Dans un pays où la politique énergétique reste largement entre les mains des États fédéraux, voilà qui devrait peser plus lourd qu’une annonce finalement assez symbolique, et qui mettra quatre ans avant d’entrer en vigueur.

Trump seul face aux chiffres

Pour finir, Trump a les chiffres contre lui. Ceux de l’emploi notamment, qui démontrent que les énergies renouvelables, avec 770 000 emplois, pèsent dix fois plus que le secteur du charbon, et affichent une croissance insolente, sans aucune mesure avec le reste de l’économie américaine. Les chiffres issus de ce récent rapport de l’OCDE aussi, qui indiquent que le PIB des pays de la zone pourrait gagner entre 2,8 et 5 points de croissance d’ici 2050 grâce aux investissements contre le réchauffement climatique.

(DR)

Tous ces éléments n’éludent pas, bien-sûr, le risque de voir d’autres pays s’engouffrer dans la brèche ouverte par Trump, à commencer par l’Inde qui n’avait accepté de signer l’accord de Paris qu’après bien des hésitations et grâce à tout le poids mis par l’ancien président Obama. Sans oublier que Donald Trump, en privant le Fonds Vert de la contribution américaine, freine le financement de la transition énergétique dans les pays les plus vulnérables. Mais là aussi, l’engagement de Bloomberg Philanthropies de donner jusqu’à 15 millions de dollars pour financer la CCNUCC (dont le budget annuel est de 20 millions par an) redonne de l’optimisme. Make our planet great again : le slogan de la campagne de Trump, détourné par Emmanuel Macron, pourrait devenir un nouveau mot d’ordre mondial.