Waga Energy met les gaz dans le biométhane de décharge

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L’installation de Waga Energy à Duchy (Crédit : JPP)

Reportage au site d’enfouissement de Coved à Duchy (Yonne)* –

Après l’agriculture et les stations d’épuration, le biométhane vient de trouver un nouveau gisement : les décharges ou sites d’enfouissement, baptisés officiellement Installations de stockage de déchets non dangereux (ISDND). On en répertorie 238 en France et chacune dégage un peu ou beaucoup de gaz, en fonction de la teneur en matière organique des déchets accumulés. Quand le dégazage est volumineux, ces décharges sont équipées de systèmes de captage et de valorisation, en général une cogénération électricité et chaleur. Mais la nouvelle politique publique d’encouragement au biométhane est venue changer la donne et un nouvel arrêté tarifaire encore plus intéressant est imminent. C’est ce qu’a bien compris Waga Energy, une spin off fondée en 2015 par des anciens d’Air Liquide pour épurer ce biogaz très sale et l’injecter dans les réseaux de distribution ou de transport.

18 mois pour industrialiser 

Le moins que l’on puisse dire : Waga Energy, basée à Meylan (Isère), a mis les bouchées doubles en 18 mois. Cette start-up de neuf personnes a en effet présenté jeudi 20 avril à Duchy (Yonne) et sur le site d’une décharge de Coved la toute première installation de purification de biogaz de décharge en France et même dans le monde. Le gaz purifié est ensuite récupéré par GRDF, qui a tiré à cette fin 2 km de canalisations et investi ...

0,5 M€ dans le projet. Le gaz est consommé par les habitants de Saint Florentin, la commune la plus proche de la décharge. A raison de 160 m3 de biométhane par heure, la production correspond aux besoins annuels de 3 000 foyers.

Un biométhane pas comme les autres
Issue de travaux de recherche longtemps menés par Air Liquide, la mini-raffinerie de Waga Energy sert à purifier un biogaz particulièrement chargé en impuretés. Plus précisément, le gaz des décharges est riche en oxygène, en azote et en CO2 (et diffère à ce titre des émanations agricoles et des stations d’épuration) et le biométhane doit en être complètement débarrassé. Ce qui se fait par épuration membranaire classique et surtout par cryogénisation (-160 C°), pour débarrasser le méthane des molécules d’air. Le procédé de Waga a bénéficié d’un fort intérêt de l’Ademe. L’agence a accordé une avance remboursable de 2,3 M€.

Waga Energy a investi 3 M€ dans cette centrale, faisant d’un projet pilote un projet déjà industriel, ce qui n’est quand même pas banal. Et reproductible évidemment. C’est d’ailleurs déjà le cas à Saint-Maximin dans l’Oise, sur une déchargé gérée par Suez, pour l’instant en phase de démarrage et inaugurée en juin prochain. « Une dizaine de projets seront développés cette année, annonce Mathieu Lefebvre, président et cofondateur de Waga Energy. A partir de 2018, nous comptons ouvrir un projet chaque mois ». Parallèlement, la puissance des unités de production devrait doubler. Le modèle économique ? Simple et audacieux : Waga Energy ne vend pas sa technologie mais achète le gaz à l’exploitant de la décharge, le nettoie, le revend. Alternative : la société peut facturer une prestation du service d’épuration du biogaz.

Nouveaux investisseurs  et visée internationale

Selon Mathieu Lefebvre, la filière représenterait un potentiel d’environ 1 TWh de biométhane injectable dans le réseau de distribution sur une cinquantaine de décharges. Ce qui n’est pas négligeable. En 2023, la Programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit 8 TWh par an de biométhane toutes filières confondues. Pour surfer sur la vague, Waga Energy va avoir besoin de nouveaux moyens. Actuellement soutenue par ses trois actionnaires Aliad (fonds corporate d’Air Liquide), Ovive et Starquest, la société va inviter de nouveaux investisseurs et créer des sociétés de projets pour ses installations.

Surtout, Waga Energy compte se trouver rapidement de gros débouchés à l’international, ce qui est en fait une nécessité vitale à long terme. En France, le gaz de décharge est un gisement à durée limitée, non seulement parce que les pouvoirs publics essaient de réduire le nombre des ISDND mais parce qu’en 2025, le tri à la source est censé y supprimer complètement les déchets organiques. Donc, dans les années 2030, il n’y aura théoriquement plus de biogaz de décharge en France, si le coûteux tri à la source est un succès. « Nous travaillons déjà sur des projets aux Etats-Unis et à Taïwan, anticipe Mathieu Lefebvre. La jeune société vise 100 installations en 2025, ce qui représenterait seulement 1% du marché mondial.

Les bonnes fées de Waga
« En France, nous avons un environnement incroyablement favorable à l’entrepreneuriat et à l’innovation », affirmait Mathieu Lefebvre lors de l’inauguration de sa centrale, encore tout étonné de la quantité de soutiens reçus par sa start-up. « Dans quel autre pays des entrepreneurs peuvent-ils bénéficier à la fois de l’Ademe et du Programme des investissements d’avenir, du prêt à l’innovation Bpifrance, du congé pour création d’entreprise, d’un tarif d’achat pour le biométhane garanti 15 ans , du statut de la Jeune entreprise innovante et des exonérations de charges attenantes et j’en passe ? » Un optimisme réjouissant en ces temps de joutes électorales sur fond de déclinisme.

* GreenUnivers a été convié par le groupe Paprec, nouveau propriétaire de Coved, à un voyage de presse le 21 avril 2017