EDF EN propose un nouveau futur à Futuren

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Sur le marché depuis plusieurs mois, le développeur et producteur éolien Futuren (ex-Théolia) choisit d’intégrer le groupe EDF Energies Nouvelles. L’offre de la filiale d’EDF a été préférée aux propositions des fonds d’investissement, certains étant spécialisés dans les infrastructures. Engie n’était pas sur les rangs, au moins pour le round final. Coté sur Euronext, Futuren est détenu par un groupement d’actionnaires entrés à la fin des années 2000, au premier rang desquels l’investisseur Boussard & Gavaudan.

Un deal de 320 M€

Le deal a été signé hier soir, après cinq mois de discussions. Formellement, il consiste pour les deux protagonistes à entrer en négociations exclusives. Après avoir consulté son comité d’entreprise, EDF EN fera d’abord une offre sur les deux tiers du capital, puis sur la totalité d’ici la fin de l’année. Ce qui devrait valoriser Futuren entre 315 et 320 M€, selon l’estimation donnée par Antoine Cahuzac, directeur général d’EDF EN.

Futuren devrait aussi se retirer du marché boursier Euronext. Avec un joli cadeau de départ, puisque le chèque signé par EDF EN offre une prime de 38% par rapport au cours du 24 avril. C’est une sortie par le haut pour une société qui ...

a frôlé la faillite à plusieurs reprises et a été redressée avec opiniâtreté depuis 2010, avec deux axes majeurs : le passage d’un modèle de développeur à une stratégie de producteur d’électricité, de manière à obtenir des revenus réguliers et prévisibles ; des cessions d’actifs (notamment l’allemand Breeze to Energy, 300 MW) pour réduire la dette.

Trois principales marques d’intérêt

Pourquoi cet achat ? EDF EN avoue un intérêt particulier pour trois aspects du portefeuille : 1) les 140 MW éoliens détenus et exploités en Allemagne, un pays où EDF EN n’est présent qu’à travers l’O&M. En outre, EDF EN ne veut pratiquer que l’éolien Outre-Rhin et Futuren ne fait que cela. 2) Les 50 MW au Maroc, où là aussi EDF veut grandir et travaille en ce moment sur un projet de 100 MW à Taza, près de Fès. 3) Le repowering, au Maroc et dans trois à quatre ans, en Allemagne, du fait de l’ancienneté du portefeuille de cette société créée en 1999. « Cela nous permettra de mieux connaître le repowering, qui va devenir un élément important de notre activité », explique Antoine Cahuzac. Les parcs d’EDF EN sont en effet plus récents que les toutes premières fermes installées par Théloia et vont donc servir de « cobayes » pour expérimenter la démarche et la reproduire un jour à l’échelle industrielle. Cela dit, cet impératif du repowering est aussi un risque du portefeuille  de Futuren : il faut réobtenir les autorisations et gagner les appels d’offres…

Selon EDF EN, Futuren bénéficierait par ailleurs d’un pipe non négligeable de 400 MW dont 120 MW en France, en majorité purgés de recours. Plus précisément, ce sont 68 MW qui sont purgés de recours en France et par ailleurs, le pipe comprend surtout 100 MW au Maroc, dont 50 MW de repowering justement. Le tout est quand même bon à prendre pour le groupe EDF, lequel veut doubler ses actifs renouvelables d’ici 2030.

La société avait de besoin de nouveaux moyens
Futuren exploite 745 MW éoliens dont 374 MW détenus en propre. Elle est présente en Allemagne, en France, au Maroc et en Italie. La société a réalisé un chiffre d’affaires de 56 M€ en 2016 (-4 %), une baisse attribuée au manque de vent, ce qui montre les limites de la complémentarité des régimes éoliens dans son portefeuille. Pour que Futuren accède à la classe des développeurs visant 1 GW, l’alternative était simple : ou bien les actionnaires majoritaires procédaient à une nouvelle augmentation de capital après celles de 2014 et 2016 – ils ne voulaient pas être dilués par un éventuel appel au marché – ou bien ils cédaient leurs parts.

Côté gestion, EDF EN a étudié son affaire et listé les synergies. Elles portent sur à peu près 10% de la valeur de Futuren, soit 30 M€. Les économies vont classiquement être menées sur les bureaux d’études, les contrats d’assurances, les achats – en particulier les turbines – mais aussi sur le financement : « nous avons un accès au marché meilleur que Futuren », précise Antoine Cahuzac. La société a eu tendance ces dernières années à externaliser pas mal de choses, notamment l’IT. Et côté effectifs, pas de casse annoncée : « Nous gardons la structure telle que, pour les deux ans à venir. »

Futuren emploie entre autres 30 collaborateurs en Allemagne et 45 dans le Sud de la France. Selon Antoine Cahuzac, ils devraient bien s’intégrer chez un acquéreur qui «  recrute 100 personnes par an » de toute façon. En revanche, il n’est pas certain que l’artisan du redressement de Futuren, Fady Khallouf, suive le mouvement : « il sera là jusqu’à la fin de l’offre publique de retrait », estime Antoine Cahuzac.

Heureux épilogue pour un survivant

Créée en 1999 par Jean-Marie Santander, Théolia s’est développée vigoureusement dans les années 2000, au point de devenir un challenger d’EDF EN justement, mais au prix d’un endettement mortifère. En 2008, l’entreprise affichait une perte nette de 200 M€ et un endettement proche de 500 M€. Les actionnaires majoritaires actuels, le fonds Boussard & Gavaudan et trois investisseurs individuels, Michel Meeus et Pierre et Brigitte Salik sont entrés à ce moment et ont recapitalisé la société à plusieurs reprises. Une première tentative de revente avait eu lieu en 2014, auprès de la banque spécialiste des infrastructures Macquarie et avait échoué sur le poteau. En 2015, Théolia rebaptisée Futuren a réalisé le premier exercice bénéficiaire de son histoire. L’année dernière, les actionnaires historiques se sont réunis en concert et ont augmenté leurs parts en alimentant une augmentation de capital de 15 M€.

En intégrant un industriel des énergies renouvelables et non un fonds d’investissement qui l’aurait à nouveau revendu un jour ou l’autre, le parcours mouvementé de ce développeur-producteur devrait trouver une forme d’épilogue.