Transition énergétique : quelles divergences entre les candidats à l’Elysée ?

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L’élection présidentielle ne se jouera pas sur les questions environnementales. Et encore moins sur la transition énergétique, car la réduction des énergies fossiles fait l’unanimité chez les cinq candidats favoris des sondages. Le débat est ailleurs et se loge dans quatre questions : les objectifs de développement des EnR, le nucléaire, la protection des filières françaises et l’encouragement concret à l’efficacité énergétique. Le point d’interrogation principal se trouve chez Les Républicains et porte sur la trajectoire réelle des EnR pendant le prochain quinquennat.

Objectifs EnR : Fillon dans le flou

François Fillon prévoit « une nouvelle loi de transition énergétique qui sera adoptée avec de nouveaux objectifs pour notre mix énergétique ». Ces objectifs ne sont pas chiffrés pour l’instant, en tous cas pas par écrit. Contacté par GreenUnivers, le député UDI Bertrand Pancher, en charge des questions environnementales dans l’équipe de François Fillon, souhaite maintenir « une production annuelle (de nouvelles capacités, NDLR) entre 1,5 et 2 GW par an », à comparer au 1,5 GW raccordé l’année dernière, selon les chiffres que retient le député. Il souhaite par ailleurs un programme pluriannuel privilégiant les appels d’offres.

« Pour atteindre les objectifs de 2023, la trajectoire suppose une puissance annuelle installée de 1,75 GW dans l’éolien et de 1,6 GW dans le solaire », rappelle Damien Mathon, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables, qui va demander de nouvelles précisions à l’équipe du prétendant. « François Fillon ne nie pas que les EnR ont un rôle à jouer. Il conserve néanmoins le flou sur ce qu’il va faire », estime de son côté Daniel Bour, président d’Enerplan qui va lui aussi recontacter Les Républicains pour en savoir plus.

D’autant que le programme du candidat des Républicains comporte une phrase assez sibylline sur « la suppression de l’obligation d’achat de la production pour les nouvelles installations ainsi qu’à l’échéance des contrats en cours pour les installations existantes ». Au pied de la lettre, cela signifie que les petites installations, dans toutes les filières, passent aux appels d’offres et à la vente sur le marché. Mais selon Bertrand Pancher, cette phrase signifie avant tout qu’il faut « passer du tarif d’achat à une généralisation des appels d’offres, comme le demande l’Union européenne. Nous allons soumettre des volumes de production d’EnR à des appels d’offres », mettant en avant la volonté de fournir de la visibilité aux différentes filières.

En Marche : un copié-collé de la PPE

Du côté d’En Marche, c’est plus simple : le programme est grosso modo un copié-collé de la Programmation pluriannuelle de l’énergie, en conservant du reste, la même ambiguïté quant à la part réelle du nucléaire : « d’ici à 2022, nous avons pour objectif de doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque », indique le candidat sur son site internet. Emmanuel Macron prévoit d’engager 15 Mds€ d’investissements, mais sans préciser s’il s’agit là d’argent 100% public.

Objectifs plus ambitieux pour Hamon et Mélenchon

Les objectifs les plus ambitieux se trouvent chez Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Le candidat de La France Insoumise veut « porter à 50% la part des énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2025 en favorisant la production décentralisée et citoyenne d’énergie, avec un objectif de 100% de l’énergie en 2050 ».

Le Front national compte pour sa part « développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois…) ». En revanche, il décrétera un moratoire immédiat sur l’éolien, considéré comme un totem « écolo-bobo ».

Nucléaire : deux camps, EM au milieu

François Fillon maintiendra la capacité nucléaire actuelle et prolongera les centrales autant que faire se peut. Son éventuelle loi de transition énergétique reviendrait à coup sûr sur la part du nucléaire dans le mix électrique, située à 50% en 2025 dans la loi de 2015. Quelles conséquences sur le soutien aux énergies renouvelables ? Selon un professionnel fin connaisseur du sujet, les positions sont antagonistes au sein même des Républicains. « Certains élus très pro-nucléaire veulent stopper tout soutien aux EnR. D’autres encouragent la poursuite du mouvement actuel. C’est un sujet conflictuel et François Fillon évite d’en dire trop là-dessus ».

Marine Le Pen prévoit, elle aussi, le maintien des capacités nucléaires actuelles. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon promettent de faire exactement l’inverse et de fermer les centrales de plus de 40 ans : 18 réacteurs (sur 58 en activité) vont franchir cette limite au cours du prochain quinquennat. La position d’Emmanuel Macron se situe à équidistance des uns et des autres. Elle correspond peu ou prou à la politique énoncée par François Hollande en 2012 : 50% de production nucléaire dans le mix électrique en 2025 donc et fermeture de Fessenheim. Mais la balle sera dans le camp de l’Autorité de sûreté nucléaire pour statuer sur le « grand carénage » du parc.

Efficacité énergétique : un silence et deux idées

A l’exception de François Fillon qui n’en parle à aucun moment, l’efficacité énergétique fait l’unanimité dans les programmes et se trouve fortement mise en avant dans celui du Front national. Deux initiatives d’Emmanuel Macron sont des plus concrètes. En Marche veut remplacer le Crédit d’impôt Transition énergétique (Cite) par une « prime immédiatement perceptible au moment des travaux et non l’année suivante ». Le candidat prévoit aussi la rénovation de la moitié des logements passoires des propriétaires les plus modestes dès 2022, via un fonds public doté de 4 Mds€ pour financer les travaux.

Comment sauver les filières françaises ?

Dernier clivage : la protection des fabricants. Le Front National et la France Insoumise veulent sauver les filières de production dans l’Hexagone. Jean-Luc Mélenchon adoptera ainsi « des mesures anti-dumping d’urgence sur les industries stratégiques (acier, photovoltaïque…) ». Lors du colloque du SER, Yannick Jadot (EELV), qui a depuis rejoint Benoît Hamon, exigeait que « nos filières soient protégées de la concurrence internationale ». Mais sa position n’a pas été reprise expressément dans le programme du PS. A noter que Jean-Luc Mélenchon prévoit de nationaliser Engie pour créer avec EDF « un pôle public de l’énergie en lien avec des coopératives locales de production et de consommation d’énergies renouvelables » et de faire de même pour les activités énergie d’Alstom rachetées par GE.

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