Pionnier de l’éolien en mer, Nass&Wind revient sur terre

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Entretien avec Peter Nass, cofondateur de Nass&Wind –

Peter Nass
Peter Nass

Nass&Wind, société lorientaise fondée en 2001 par Nathalie Le Meur et Peter Nass, a réorienté sa stratégie et réduit ses ambitions dans l’éolien en mer, où elle n’intervient plus désormais que comme prestataire de services. Sur terre, elle renoue avec ses premières amours : bois-énergie, photovoltaïque et éolien. Le point sur ses projets avec Peter Nass, qui pilote aujourd’hui une équipe de 25 collaborateurs.

GreenUnivers : Alors que se structure bon an mal an une filière industrielle française dédiée à l’éolien en mer, on se souvient que Nass&Wind a été pionnier dans ce secteur en portant dès 2009 le projet de parc offshore posé de Saint-Nazaire, ou encore en montant, en 2008, le consortium Winacelles avec Vergnet et DCNS pour le développement d’un concept d’éolien flottant. Quelle est votre position aujourd’hui ?

Peter Nass : Nass&Wind s’est toujours vu comme un exploitant et un producteur d’énergies renouvelables. Après l’éolien terrestre, nous avons cru en l’éolien offshore mais la mise en place d’une politique d’appel d’offres par l’État nous a coupé dans notre élan. En 2012, nous avons cédé notre projet de Saint-Nazaire à EDF EN et avons intégré le consortium mené par Eolien Maritime France (EMF) dans un rôle d’assistance à maîtrise d’ouvrage jusqu’à ce que le dossier AODPM (autorisation d’occupation du domaine public maritime) ait abouti positivement.

Aujourd’hui nous ne sommes[am4show have=’g1;g2;g4′ user_error=’Please_Upgrade’ guest_error=’Please_Subscribe’] plus porteurs de projets dans les EMR. Nous centrons notre stratégie sur la fourniture de prestations qui valorisent le savoir-faire acquis. Par exemple, nous avons développé la bouée-Lidar M3EA (Marine Measurements for Meteorological and Environmental Assessment) pour réaliser in situ des campagnes de mesure de vent et des observations de l’avifaune en amont des projets éoliens offshore. Nous sommes également sollicités par des acteurs de l’éolien offshore pour des missions d’ingénierie et de design sur l’interface turbine/fondation pour l’éolien fixe et l’éolien flottant selon le type de plateforme choisie. Enfin, nous maîtrisons bien le développement de projets et notamment le processus des demandes d’autorisation de projets éoliens en mer.

GU: Vous vous concentrez à nouveau sur des activités terrestres après les avoir mises de côté (cf la vente de Nass&Wind Technologies, devenue Éole Génération, à GDF Suez en 2008). Quelle est votre stratégie ?

PN : Notre recentrage a d’abord porté sur le bois-énergie et le photovoltaïque. Dans le photovoltaïque, nous sommes passés par le rachat de projets autorisés ou lauréats d’appels d’offres que nous avons ensuite financés et construits plutôt que de faire le développement de A à Z. Nous exploitons aujourd’hui environ 12 MW correspondant à un montant d’investissement de 40 M€ environ; une capacité qui devrait doubler à court terme. Très implantés dans le Grand ouest, nous préférons passer par des partenariats de codéveloppement dans le sud plutôt que de déployer une équipe là-bas.

Dans le bois-énergie, nous avons commencé par l’acquisition de massifs forestiers détenus et gérés par Nass&Wind Bois Énergie; ils ont tous vocation à produire du bois d’œuvre ou du bois industrie. Le bois-énergie (bûches, plaquettes) issues de ces forêts ne constitue que les produits connexes de ces activités.

Nous avons ensuite pris une participation majoritaire dans la société Syl’ECO, spécialisée dans la mobilisation, la revalorisation, puis la commercialisation du bois. Ce positionnement, complémentaire à la gestion forestière, nous permet d’être présents sur l’amont de la fourniture d’énergie et de maîtriser les enjeux liés à la ressource en bois. Nous avons également constaté qu’il est stratégique dans ce secteur d’assurer soi-même la maintenance et l’opération des sites. C’est ce qui nous a mené à racheter la société rennaise Sogex en juin dernier, nous permettant de maîtriser l’aval de la filière. Ce faisant, nous avons récupéré la gestion, en tant que délégataire, des réseaux de chaleur de la Ville de Vézin-le-Coquet (1,2 MW, 8 km) et de Janzé (1,1 MW, 1,2 km), près de Rennes (35) et la société devrait également nous aider dans la qualification de nouveaux projets.

Nous sommes en mesure à ce stade d’assurer le financement, la construction, l’exploitation de chaufferies biomasse pour des collectivités et des industriels. Nous avons également une logique de partenariat avec des grands groupes comme Dalkia avec qui nous exploitons la chaufferie bois (2,8 MW) et le réseau de chaleur de 4 km de la ville d’Evron (53).

Nous avons une vingtaine de projets de ce genre dans le pipe, dont 2 soumis au dernier appel d’offres CRE sur la biomasse et un projet BCIAT désigné et retenu par le ministère de l’Environnement en août 2016 et faisant partie des 10 lauréats au niveau national.

Plus récemment, nous avons repris le développement de parcs éoliens terrestres, dans l’optique de diversifier notre portefeuille de production. Comme pour le bois-énergie, nous visons prioritairement le Grand Ouest même si nous ne nous interdisons pas d’aller au-delà.

GU : Nass&Wind est actionnaire du groupe Vergnet depuis 2011. Vous avez cédé récemment 9,6% de votre participation dans la société sur les 20,53% que vous possédiez. Est-ce le début d’un retrait définitif ? Quelle est la pertinence de votre présence au capital de Vergnet ?

PN : Il est vrai que, à l’époque où nous avons investi dans Vergnet, l’objectif était de nous rapprocher pour la poursuite de nos projets communs dans l’éolien flottant, ce qui aujourd’hui n’est plus d’actualité. Pour autant, nous ne comptons pas sortir du capital de Vergnet car nous croyons à la stratégie déployée par l’équipe de direction, désormais orientée vers les projets hybrides et le solaire, notamment en Afrique et dans les territoires non interconnectés. Pour nous, Vergnet est également une porte vers l’étranger. Rappelons aussi que l’entreprise a un partenariat commercial avec le turbinier chinois Sinovel qui pourrait nous intéresser à moyen terme pour le développement de nos projets. La récente cession de parts dans Vergnet était essentiellement liée à une volonté de dégager un peu de cash pour d’autres projets.

GU : On évoque souvent une prochaine concentration du marché des développeurs renouvelables, sur fond de réformes des modes de soutien aux EnR. Qu’en pensez-vous ? Quelle est la position de Nass&Wind dans ce contexte ?

PN : La modification des mécanismes de soutien fait porter un risque supplémentaire sur les projets. Le coût de développement risque d’être plus élevé et le taux de mortalité des projets aussi. La plus grande variabilité des revenus risque d’effrayer les banques qui demanderont certainement un taux de fonds propres plus élevé. Autant d’éléments auxquels Nass&Wind se prépare. Nous pourrons peut-être réduire nos ambitions ou chercher des partenaires financiers pour investir dans nos portefeuilles de projet. En revanche, la holding de tête restera détenue à 100% par les familles Nass et Le Meur.

La question de l’agrégation nous préoccupe également et nous espérons que le marché sera suffisamment concurrentiel pour maintenir des prix bas. Si ce n’est pas le cas, nous envisagerons une prise de participation dans un agrégateur ou bien la constitution d’un groupement d’entreprises pour mieux négocier. A ce jour, je n’ai pas de raison d’envisager l’un ou l’autre de ces scénarios mais il faudra rester vigilant.[/restrict-content]