La forêt méditerranéenne a-t-elle assez d’énergie pour les grandes centrales biomasse ?

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Crédit : ONF

« La demande croissante en bois énergie est une occasion historique pour remettre la sylviculture en marche », formule Daniel Luccioni, président de Fransylva Corse. Représentant des propriétaires forestiers privés, Fransylva (ex-Forêt Privée Française) est l’un des commanditaires d’une étude* sur la forêt méditerranéenne présentée a semaine dernière et consultable ci-dessous. Son but ? Mieux caractériser cet ensemble forestier qui va de Menton à Perpignan en passant par Valence et Bonifacio. Et surtout, décrire les usages actuels et futurs d’un milieu fragile, à croissance lente, exposé à la sécheresse et aux incendies.

Avis antagonistes

Les auteurs s’intéressent notamment au bois énergie et à l’impact des deux méga-centrales ...

de cogénération biomasse aujourd’hui en service en Paca. En l’occurrence à Brignoles (Var, 12 MW, opérée par Inova Var) et surtout Gardanne (Bouches-du Rhône) : d’une puissance de 150 MW,  cette ancienne centrale à charbon est opérée par Uniper – qui  a aussi financé l’étude. En régime de croisière, 855 000 tonnes de combustible y seront brûlées, dont 55% de provenance locale. Le reste sera importé – du Brésil, à l’heure actuelle.

Quel sera l’impact de ces grands générateurs sur la forêt méditerranéenne ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que les avis sont partagés. Ce n’est d’ailleurs pas le moindre mérite de l’étude que de mettre en évidence des antagonismes étayés. Pour résumer : 1) la forêt méditerranéenne apparaît aujourd’hui comme un réservoir sous-exploité de bois énergie : « seul un tiers de l’accroissement naturel est utilisé », affirme Olivier Picard, responsable de l’Institut de développement forestier. 2) Une partie du bois est en fait inexploitable, car inaccessible (montagnes, territoires protégés, zones touristiques…) ; Paul Fortunato, président du Syndicat des exploitants- forestiers scieurs de Lozère et du Gard, estime que la capacité de la forêt à répondre aux besoins est déjà dépassée, car les nouveaux acteurs du bois énergie s’approvisionnent sur un bassin en fait restreint. 3) L’influence des centrales géantes sur les petites chaufferies est difficile à appréhender, en particulier sur le prix du bois.

« Les industriels sont nos alliés »

Pour leur part, Fransylva et ses partenaires affirment souhaiter une forêt diversifiée, riche en biodiversité, valorisée par des projets multifonctionnels (loisirs et exploitation forestière) et s’adaptant au changement climatique. Pour ce faire, il faut de nouveaux débouchés, au premier rang desquels figure le bois énergie. Mais dans quelles conditions et pour quels volumes ? « Les industriels n’ont aucun intérêt à une gestion non durable de la forêt, argumente Antoine d’Amécourt, président de Fransylva. Ils sont nos alliés ».

*Regards croisés sur la forêt méditerranéenne, novembre 2016, pilotée par l’Initiative Forêt Méditerranéenne (Association Forêt Méditerranéenne, Centres régionaux de la propriété forestière, Communes forestières d’Occitanie, DRAAF Occitanie, Fransylva, ONF Méditerranée et RMT Aforce).

  • Consulter l’étude Regards croisés sur la forêt méditerranéenne ci-dessous (ou ici en PDF) :