Spécial Cop22 : le Maroc prépare un premier green bond, accélère dans le solaire [Entretien exclusif]

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logo-cop22-919x650Le Maroc accueille la prochaine conférence internationale sur le climat de l’ONU, du 7 au 18 novembre à Marrakech. A un peu plus de deux semaines de l’ouverture de cette Cop22, GreenUnivers publie une série d’articles sur ce pays en pleine transition énergétique, dont les marchés sont très convoités par les entreprises françaises –

Ce premier volet fait le point sur le déploiement des énergies renouvelables avec Mustapha Bakkoury, président du directoire de Masen, l’agence publique dont les prérogatives ont été récemment élargies et qui pilote désormais l’ensemble des énergies solaire, éolienne et hydraulique, et toute autre énergie renouvelable susceptible d’être développée dans le Royaume. Il évoque pour GreenUnivers les conditions des prochains appels d’offres, les financements et la préparation d’un premier green bond par le pays. Propos recueillis par Christelle Marot, à Casablanca.

GreenUnivers : Quel est ...

l’état d’avancement de la politique d’énergie renouvelable au Maroc ?

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Mustapha Bakkoury (Crédit : Masen)

Mustapha Bakkoury : Les objectifs annoncés en 2009, à savoir atteindre 42% du mix énergétique en énergie renouvelable à l’horizon 2020, grâce au solaire, à l’éolien et à l’hydraulique (2000 MW chacun), seront atteints. Voire dépassés concernant l’éolien. Nous nous concentrons déjà sur l’objectif de 2030, annoncé lors de la Cop21, qui est de parvenir à 52% du mix énergétique.

Nous avons besoin d’énergie pour faire de la croissance et assurer une compétitivité durable. Notre premier souci est de nous assurer que cette énergie est disponible, compétitive et accessible à la fois aux ménages et aux acteurs économiques. Cette dimension est importante dans un pays comme le Maroc qui a longtemps connu une dépendance quasi totale vis-à-vis de l’extérieur, difficile à gérer en raison de la volatilité des cours du pétrole.

Aujourd’hui, la centrale solaire CSP Noor I est opérationnelle. Noor II et III, en construction, seront prêtes fin 2017-début 2018. Nous allons boucler le closing juridique et financier de Noor IV à l’occasion de la COP 22. Quatre centrales qui font partie du complexe de Ouarzazate.

GU : Quels seront les prochains appels d’offres dans la filière solaire ?

MB : Nous avons un second complexe en préparation, Midelt, d’une puissance de 800 MW (2×400). La préqualification est en cours, nous recevrons les offres en novembre avant la Cop22, puis les appels d’offres seront lancés en 2017. Midelt va marier les technologies CSP et photovoltaïque dans le même projet, pour avoir une courbe de production la plus étalée possible, au delà du coucher du soleil.

Le complexe photovoltaïque de Laâyoune, avec ses 80 MW, va être lancé, lui, début 2017, puis il y aura Boujdour et ses 20 MW. Un autre grand complexe, dans la région de Tata, viendra par la suite, il entrera dans les objectifs de 2030 : un travail de qualification du site se fait en ce moment. Une fois ce travail terminé, nous pourrons arrêter une configuration technologique pour challenger le marché.

GU : Les premiers grands appels d’offres dans le solaire ont été remportés par le groupe saoudien Acwa Power, en consortium. Ce n’est pas un peu risqué de recourir au même développeur ? Qu’en sera-t-il pour Midelt ?

MB : Oui, c’est risqué et nous serons attentifs au risque de contrepartie. Tout dépend à quel stade en sera le complexe solaire de Ouarzazate. Nous avons fait en sorte que les développeurs aient une bonne visibilité, un cahier des charges le plus clair possible. Nous mobilisons le foncier, construisons les infrastructures hydriques, de télécommunications, les routes. Ce qui permet d’optimiser grandement la marge générale des projets. Ce qui doit susciter un large intérêt de la part des développeurs.

GU : Les financements suivent ?

MB : Oui. Non seulement, ils suivent mais les offres financières ont été plus importantes que nos besoins. Ce qui est un signe encourageant au regard de l’ampleur des projets à venir. Ce sont des prêts des grands bailleurs essentiellement, mais nous allons commencer à innover et nous ouvrir sur le marché commercial. Nous projetons de lancer un green bond d’un peu plus de 100 millions d’euros dans les prochaines semaines, pour financer le complexe photovoltaïque de Laâyoune. S’il y a suffisamment d’appétit national, nous nous en contenterons car cela permettrait d’éviter les risques de change. C’est une émission que nous comptons faire labelliser par un organisme international.