PV : la fin des tarifs d’achat va accentuer la consolidation de l’aval de la filière [Étude]

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Le cabinet de conseil en stratégie Sia Partners a publié une analyse de la filière photovoltaïque dans laquelle il prévoit une accentuation de la course à la taille de l’aval de la filière, déjà entamée en 2015. « A l’aube du changement des mécanismes de soutien, tous les ingrédients pour une consolidation du secteur semblent être réunis », annonce le cabinet.

Hétérogène et fragmenté

Malgré de nombreux rapprochements (et disparitions), l’aval de la filière photovoltaïque reste profondément fragmenté et hétérogène en France. Le marché compte plusieurs dizaines d’acteurs présents sur un ou plusieurs segments, du développement à la maintenance en passant par la construction et/ou l’exploitation. Pour preuve, Engie, qui est ...

devenu le leader du marché en termes de capacité installée (600 MW de capacité brute) depuis le rachat de Solairedirect ne possède qu’une part comprise entre 10% et 15%. La puissance cumulée des six plus grandes entreprises de ce secteur – Engie, EDF EN, Neoen, Akuo Energy, Quadran et Fonroche – représente moins de 30% de la capacité photovoltaïque installée en France à fin 2015, soit environ 1 800 MW sur les 6 500 MW installés en France à la même date.

Ceci est dû évidemment à la nature de l’activité qui nécessite un ancrage local mais les tarifs d’achat mis en place depuis le début des années 2000 ont également permis à des petits acteurs comme des bureaux d’études ou des cabinets d’ingénierie de se développer en tant que producteurs d’énergie renouvelable, souligne Sia Partners. Pour autant, la réforme des modes de soutien aux EnR devrait chambouler le paysage, selon le cabinet. « Le modèle économique de la production d’électricité d’origine solaire photovoltaïque vit de profonds bouleversements qui favorisent une logique de croissance pour ses entreprises », peut-on lire dans le rapport.

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Vents contraires sur le marché

La suppression des tarifs d’achat pour les installations solaires de plus de 100 kW et le passage au complément de rémunération conjugué à l’attribution par appel d’offres est défavorable aux acteurs de petite taille. « En effet, la fin des tarifs d’achat induit une diminution de la visibilité des revenus et a pour conséquence l’augmentation du coût du capital pour les porteurs de projet », souligne Sia Partners. « Dans ce contexte, la logique de consolidation est importante afin d’assurer une solidité financière par la génération de flux de trésorerie suffisants qui permettent à la fois d’investir dans des nouveaux projets et de répondre efficacement aux appels d’offres ». Les petites installations, pour lesquelles les tarifs d’achat sont maintenus, subissent une pression sur les marges d’exploitation à cause d’une baisse continue de ces tarifs.

Sia Partners note cependant la persistance de paramètres qui freinent encore la consolidation du marché : le morcellement géographique qui limite les économies d’échelle d’une part, et la faiblesse des barrières à l’entrée d’autre part. « Les dépenses R&D et d’investissement nécessaires sont relativement faibles comparées à des unités de production d’énergie conventionnelle car il est possible de générer rapidement des flux de trésorerie y compris pour des petites unités de production », souligne Sia Partners qui ajoute que « la baisse vertigineuse et ininterrompue des coûts de production d’électricité solaire renforce et approfondit cette tendance ».

« Quelle sera l’évolution du panorama concurrentiel pour cette filière ? », interroge le cabinet. « Il est possible de s’attendre à une consolidation relative du secteur avec l’émergence de nombreux acteurs de taille intermédiaire, mais où aucun n’a une position majoritaire. Pour cela, il sera nécessaire que les mouvements de fusions et acquisitions se poursuivent dans les années à venir entraînant la disparition des très petits acteurs spécialisés »

Quelles stratégies de croissance ?

Sia Partners identifie trois stratégies de croissance qui peuvent être adoptées par les acteurs français du photovoltaïque : 1) une intégration horizontale par la convergence vers des modèles multi-EnR afin de diversifier les sources d’énergie. 2) Une plus forte intégration verticale afin de maîtriser au mieux la chaîne de production et de diversifier les sources de revenu avec les activités de construction, financement, opération et maintenance. Le rachat de l’entreprise de construction de centrales solaires Senergies par Global EcoPower illustre cette logique. 3) Par ailleurs, il est envisageable que cette intégration se fasse encore plus haut dans la chaîne de valeur avec des constructeurs de panneaux ou des équipementiers décidant de construire et d’exploiter des actifs de production d’énergie à l’instar des nord-américains SunPower, First Solar ou Canadian Solar (sino-canadien).

Enfin, une logique de build-up d’infrastructures pour générer des revenus importants et des gains financiers (plus-values de cession, optimisation du refinancement…) est également envisagée. « Ce type d’évolution est possible pour des acteurs désirant croître rapidement comme Tenergie ou Cap Vert Energie, mais elle est aussi pertinente pour les acteurs financiers », note Sia Partners. Dans tous les cas, trouver des relais de croissance à l’international reste une nécessité.illus2gfr