[Focus Pays] Brésil : un marché compliqué mais porteur

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GreenUnivers poursuit sa série sur les marchés les plus porteurs à l’international avec l’aide des correspondants locaux de Business France. Après le Mexique, la rédaction s’intéresse au Brésil, un géant en train de vivre un véritable paradoxe économique. Annoncé comme le grand marché aux perspectives durables, le premier Etat d’Amérique du Sud traverse une double crise politique et économique. L’affaire Petrobras, le feuilleton sur la destitution de la présidente Dilma Rousseff, son éviction et enfin la formation d’un nouveau gouvernement ont profondément affecté le climat des affaires. Selon les dernières prévisions, le Brésil sera en 2016, pour la deuxième année consécutive, en récession (- 3,5 à 4%). De quoi sérieusement s’interroger sur l’opportunité d’investir dans le pays. Pour autant les perspectives et quelques belles réussites françaises incitent à l’optimisme. Le marché brésilien s’appuie sur des fondamentaux solides de croissance.

Un marché organisé

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Ensoleillement au Brésil

Les énergies renouvelables (EnR) ne sont pas inconnues au Brésil. L’hydroélectricité répond depuis des années à la majorité des besoins électriques du pays. Selon un rapport publié par le ministère brésilien de l’Energie en juin dernier, la part des EnR dans le mix énergétique a progressé de 39,4% en 2014 à 41,2% en 2015. Naturellement, l’éthanol/bagasse et l’hydroélectricité représentent à eux seuls près de 70% de la production d’énergie verte, l’éolien 1,5%.

Mais la crise énergétique de 2001 a fait prendre conscience des risques liés à un mix trop peu diversifié. Les énergies alternatives ont depuis fait l’objet d’un intérêt croissant. Pour les intégrer dans la matrice énergétique, le modèle est encore très dirigiste. Le ministère fixe les capacités additionnelles nécessaires et attribue les contrats aux meilleurs offrants par le biais d’un système d’enchères publiques annuelles.

« Le plan énergétique décennal élaboré par le ministère de l’Energie est révisé tous les ans ce qui donne une bonne visibilité aux investisseurs. Ainsi, si on se réfère à sa dernière actualisation (décembre 2015) consacrée à l’électricité, quelque 73 GW de capacités devront être installés d’ici les dix prochaines années, soit plus de la moitié du parc existant », explique Paul Vandebeuque, chargé de développement Energie à Business France Brésil. Elles seront majoritairement issus des EnR : 24 GW d’éolien, 20 GW de biomasse et 7 GW de solaire (grandes centrales au sol uniquement), le solde étant consacré à des centrales à gaz.

A noter enfin l’engagement pris par le pays dans le cadre de la Cop21 de réduire ses émissions  de gaz à effet de serre de 43% d’ici à 2030 (par rapport à 2005). Brazilia s’est également engagé à atteindre 45% d’EnR dans la consommation nationale d’énergie à l’horizon 2030, ce qui ne devrait pas constituer un grand défi.

Un système d’enchères bien rodé

Le système d’enchères mis en place par le ministère de l’Energie est ouvert à toute entreprise disposant d’une implantation dans le pays et des autorisations nécessaires (lire encadré ci-dessous). Les enchères sont non-discriminantes ce qui veut dire que toutes les technologies de production d’énergie sont admises.

 Les autorisations nécessaires

Les projets de production d’énergie sont soumis à des autorisations diverses principalement du ressort de l’Agence nationale de l’énergie électrique (Aneel) et de l’Institut Brésilien de l’Environnement (Ibama), autorité environnementale fédérale sous tutelle du ministère de l’Environnement. Parmi les exigences, les porteurs de projets supérieurs à 10 MW doivent réaliser une étude d’impact environnemental (EIA) et un rapport d’impact environnemental (Rima), pouvant être simplifié selon les cas.

A partir de ces études, il existe 3 types d’autorisations à obtenir de l’Ibama :

  • Licença Prévia (LP) : autorisation préalable
  • Licença de Instalação (LI) : autorisation d’implantation
  • Licença de Operação (LO) : autorisation de mise en service

En ce qui concerne les autorisations électriques :

  • Simple enregistrement pour des installations de faible puissance (< 3 MW) ;
  • Autorisations de concession pour les installations « octroyées » par décret du ministère ou résolution de l’Aneel ;
  • Autorisations de raccordement au réseau de distribution auprès du distributeur local et au réseau de transport auprès de l’ONS.

Le ministère brésilien de l’Energie a organisé, en 2009, une enchère spécifique à l’éolien terrestre attribuant quelque 1 800 MW répartis sur 71 parcs. Ces rounds spécifiques ont existé entre 2009 et 2013 pour l’éolien. Une réussite puisque depuis 2012, il est tout à fait compétitif et peut désormais concurrencer d’autres technologies matures lors des enchères générales. Plus récemment, en 2015, plus de 2,5 GW ont été attribués sur les deux appels d’offres EnR. « Le ministère va réitérer l’expérience d’appels d’offres spécifiques pour l’énergie solaire même si l’objectif à terme est qu’elle soit en concurrence avec les autres énergies », confirme Paul Vandebeuque.

Boom en vue pour la production solaire décentralisée

Le marché des petites installations diffuses devrait également exploser ces prochaines années grâce à l’adoption, en mai dernier, d’une nouvelle réglementation particulièrement favorable. Elle permet à chaque particulier de déduire de sa facture d’électricité la production générée par un ou des équipements EnR tel qu’un panneau solaire ou une mini-éolienne. Désormais, le principe s’étend à des groupes d’individus, ce qui permet la constitution de petites coopératives locales plus à même de financer ce genre de projets pouvant aller jusqu’à 5 MW. De plus, l’Agence nationale de l’énergie électrique (Aneel) a étendu le système même si les sites de production et consommation sont distincts (exemple type : maison de campagne/appartement en ville), à condition que le distributeur soit identique.

Rodrigo Sauaia, président exécutif de l’Association brésilienne d’énergie solaire photovoltaïque (Absolar), estime que « la révision de ces normes va permettre au Brésil de se positionner comme un référent international pour la promotion de l’énergie décentralisée, notamment solaire ». En effet, la courbe est exponentielle : entre 2014 et 2016, les connexions d’installations EnrR sont passées de 424 à 1 930, dont 90% photovoltaïques. Selon l’Aneel, les connexions devraient augmenter de 800% en 2016…

Financements coûteux

Potentiel éolien
Potentiel éolien

La principale problématique des investisseurs réside dans le financement des projets. Si les autorités n’ont pas imposé de « local content » (contrairement au secteur pétrolier), le système est fait de telle manière qu’il est néanmoins indispensable de justifier d’un contenu local pour bénéficier de financements publics de la Banque nationale de développement économique et social (BNDES), qui sont nettement meilleur marché et qui peuvent couvrir jusqu’à 70% du coût total du projet. Les taux pratiqué au Brésil n’ont en effet aucune commune mesure avec ceux du Vieux Continent : début juin, pour la septième fois consécutive, le Comité de politique monétaire (Copom) a maintenu le taux directeur de la banque centrale brésilienne à 14,25%…

« Dans ces conditions, la recherche de financements de long terme à coûts attractifs est devenu la marotte des investisseurs », indique Paul Vandebeuque. A l’exception notable d’Enel Green Power, qui a remporté en 2014 des projets éoliens et solaires cumulant 344 MW (dont 254 MW PV), et qui semble s’en dispenser. En effet, il n’existe pour l’instant aucun fabricant local de panneaux photovoltaïques capable de répondre à une telle demande. De fait, le groupe italien n’a pas pu bénéficier des financements de la BNDES et a dû trouver d’autres sources de financements, probablement en devises étrangères. Une stratégie risquée en cas de variation importante des taux de change.

A noter enfin un certain nombre de barrières douanières qui renchérissent le coût d’importation des équipements énergétiques.

Des acteurs déjà en place

Les acteurs français sont déjà présents et plutôt bien placés à l’image d’Engie, premier producteur d’énergie indépendant (sa filiale Solairedirect a remporté 200 MW en décembre dernier). A noter également les succès de Voltalia (présent depuis 2006), EDF EN (suite au rachat du portefeuille de projets de 800 MW de Sowitec l’année dernière), Albioma (3 projets signés), Vinci Energies, ou encore Schneider Electric.

Côté concurrence, l’Américain SunEdison (en faillite) a remporté en 2015 quatre projets (Juazeiro Solar I à IV) pour un total de 138 MW, et est entré au capital du Brésilien Renova, deuxième producteur d’EnR du pays. Autres acteurs étrangers à prendre en considération : les entreprises chinoises. Lors d’une conférence sur le secteur en mai dernier, Charles Tang, président de la Chambre de Commerce sino-brésilienne, a indiqué que des compagnies électriques et des fonds d’investissement chinois pourraient prendre des participations dans des projets existants cumulant 1,35 GW (750 MW éoliens et 600 PV). Les fabricants de modules et autres composants démarchent déjà les grands groupes industriels brésiliens (Renova, Electrobras, Odebrecht, etc).

Report du prochain appel d’offres

La crise politique brésilienne s’est traduite par la destitution de la Présidente Dilma Rousseff. Le ministre intérimaire de l’Energie, Fernando Coelho Filho, a annoncé début juillet le report de l’appel d’offres prévu pour août. Une décision justifiée par le nécessaire recalibrage de l’équation offre/demande. « L’offre d’énergie en 2016 (contractualisée par les distributeurs il y a plusieurs années par le biais d’appels d’offres) est en excédent par rapport à la demande (qui a chuté avec la crise) et cela créé des doutes par rapport au modèle des appels d’offres qui font reposer les risques sur les distributeurs », indique Paul Vandebeuque. Si le nouveau gouvernement est confirmé en août, il est probable qu’il engage une réforme profonde du système visant à équilibrer les risques. En les faisant porter également sur les producteurs ? Une option plus que crédible.

Accepter de perdre de l’argent à court terme

Pour autant, le ministre de centre-droit s’est montré pro-marché et a tenu à rassurer les investisseurs qui préparaient l’appel d’offres du mois prochain. Il sera, comme c’est souvent le cas au Brésil, couplé avec celui d’octobre.  « Les appels d’offres restent indispensables pour soutenir les filière EnR naissantes ou en développement et le ministre souhaite donc les maintenir », explique Paul Vandebeuque. Malgré ce climat d’incertitudes, l’ensemble des acteurs interrogés par la rédaction confirme leur intérêt pour le Brésil, même si les prochaines années vont être compliquées. « Il faut s’attendre à souffrir, voire à perdre de l’argent à court terme, mais c’est le prix à payer pour continuer à exister sur ce marché formidable », confiait récemment, sous couvert d’anonymat, un haut dirigeant d’un groupe espagnol implanté dans le pays.

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Paul Vandebeuque, chargé de développement – Energie – Business France Brésil

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