[Dossier EMR] L’Etat s’engage, les Régions aussi [1/3]

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Inauguration de la 2 ieme hydrolienne Edf -DCNS à Brest
Inauguration de la 2e hydrolienne EDF-DCNS à Brest

La ville de Biarritz accueille ce mardi les troisièmes Assises des énergies marines renouvelables (EMR) organisé par le Syndicat des énergies renouvelables (SER), suivies mercredi et jeudi de la quatrième édition de la convention Seanergy. A cette occasion, GreenUnivers publie une version mise à jour du dossier Énergies marines renouvelables de son Panorama des cleantech en France, publié le 7 avril 2016 en partenariat avec EY. Dans ce premier volet, gros plan sur la puissance publique, très engagée dans le soutien à cette jeune filière.

Le gouvernement s’engage

Au cours des cinq dernières années, le soutien de l’État aux énergies marines renouvelables est resté intact, malgré le changement de majorité politique. Le pays s’est même fixé pour la première fois des objectifs nationaux pour les EMR via la Programmation pluriannuelle de l’énergie – pour l’instant limitée aux renouvelables. Les objectifs EMR, rehaussés à la dernière minute, prévoient ainsi 100 MW installés (y compris éolien flottant) et 200 à 2 000 MW « engagés » d’ici à 2023.

Ségolène Royal veut accélérer le lancement des appels d’offres commerciaux

Un calendrier d’appel d’offres commerciaux intégré à l’arrêté PPI prévoit également qu’un appel d’offres hydrolien sera lancé au premier trimestre 2019 pour une attribution un an plus tard, au premier trimestre 2020. Pour l’éolien flottant, l’appel d’offres sera lancé au premier trimestre 2020 pour une attribution début 2021. La ministre de l’Environnement Ségolène Royal tient à accélérer le processus et a annoncé mi-mai le lancement immédiat des appels d’offres commerciaux. Pour autant, ni le cahier des charges, ni le zonage et encore moins le calendrier prévisionnel ne sont connus, même si le président de l’Ademe a apporté quelques précisions ce 31 mai.

Soutien accru à la R&D

En 2015, le soutien de l’État s’est également traduit par le lancement d’un troisième appel à projets dédié aux EMR dans le cadre du programme « Démonstrateurs pour la transition écologique et énergétique » des Investissements d’avenir, piloté par l’Ademe. Pour la première fois, un volet hydrolien fluvial y est intégré.

Une série d’appels à projets pilotés par l’institut de R&D France Énergie Marine et l’Agence nationale de la recherche doit permettre d’allouer 10 millions d’euros sur trois ans à des projets de recherche pour le développement des EMR. La première session, lancée en juillet 2015, a permis de distinguer dix projets lauréats, représentant un total de 4 millions d’euros d’investissement. La deuxième session, dotée d’un budget de 3 M€, s’est clôturée en avril 2016.

Enfin c’est aussi par appels d’offres que la France souhaite réveiller le potentiel de la petite hydroélectricité sur son territoire. La première édition a été lancée fin avril en vue de sélectionner 60 MW de projets.

Ça bouge en région

Le soutien aux énergies marines renouvelables passe de plus en plus par les Régions, qui développent de nombreux programmes et clusters pour faire émerger des compétences et structurer les filières en locales. Les collectivités aménagent par ailleurs leurs territoires pour accueillir les bases arrière de cette nouvelle industrie.

En Bretagne, par exemple, le port de Brest a prévu une enveloppe de 220 millions d’euros sur cinq ans (2015-2020) pour reconfigurer 40 hectares d’espaces dédiés aux EMR. La Région Bretagne a par ailleurs annoncé récemment la création d’un fonds EMR d’ici à 2017. Il aura vocation à investir tant dans les briques technologiques que les projets commerciaux.

A Cherbourg, en Normandie, c’est 100 M€ qui ont été apportés pour l’aménagement du Port en vue d’accueillir les bases arrière des filières éolien en mer et EMR. Le propriétaire et gestionnaire du port de Cherbourg, Ports Normands associés (PNA), vient par ailleurs de s’entendre avec DCNS-OpenHydro sur la réservation d’une emprise foncière de 25 hectares sur le port pour y construire une usine d’assemblage d’hydroliennes d’une capacité de 25 machines par an. L’atelier, d’une superficie de 5 500 m2, représente un investissement de 9 M€, financé par PNA avec le soutien de la Région (400 K€), de la Ville (225 K€) et du Département (225 K€). OpenHydro louera ensuite le bâtiment à partir de 2017. La filiale de DCNS compte y assembler les sept hydroliennes qui équiperont la ferme pilote du raz Blanchard, à horizon 2018.

Les Pays de la Loire sont également très mobilisés : la Région a inauguré à Nantes la plateforme de recherche collaborative Technocampus Océan et annoncé un campus « jumeau » pour 2018-2019. Il accueillera notamment le siège mondial EMR de GE/Alstom.

Enfin les territoires d’Outre-mer, véritables laboratoires du « mix énergétique national », offrent des conditions particulières d’expérimentations et une vitrine à l’export pour les acteurs français. Rien qu’à La Réunion, huit projets fondés sur l’exploitation de l’énergie marine ont été mis à l’étude.

Les sites d’essais « régionalisés »

La France compte par ailleurs trois sites d’essais dédiés aux énergies marines renouvelables (hors éolien flottant). D’abord coordonné par France Énergie Marine, leur pilotage a été « régionalisé » au cours de l’année 2015 à la demande de l’État.

Seeneoh, Bordeaux – Désormais piloté par le cabinet d’études Énergie de la Lune, avec le renfort de Ceneris, Valorem et la société d’économie mixte locale Route des Lasers, le site expérimental estuarien national pour l’essai et l’optimisation d’hydroliennes est sur le point d’entrer en service avec l’installation d’un raccordement terrestre de 250 kW. L’hydrolienne flottante H3 (60-80 kW) d’Hydrotube y est déjà installée (mais pas raccordée) depuis l’été et suit un programme de tests mécaniques concluant. Urabaïla (18 kW), l’hydrolienne développée par Bertin Technologies y est attendue pour 2017, suivie des machines du canadien Instream Energy Systems (25kW) et du grenoblois Hydroquest (40 kW-1 MW). La société Valemo, filiale de Valorem, proposera ses services d’exploitation et maintenance aux projets, présents pour des périodes de 6 à 24 mois.

Sem-Rev, Le Croisic – Développé par l’École Centrale de Nantes, rejointe par le CNRS, le Sem-Rev a vocation à caractériser des systèmes houlomoteurs, éoliens flottants et bientôt posés (autorisations en cours). Le site d’1 km2 a été inauguré en août 2015, grâce à 17 millions d’euros d’investissements publics. Le hub de raccordement comprend pas moins de 25 km de câbles sous-marins d’une puissance de 8 MW et trois prises (au lieu de 4 initialement prévues). L’une d’elles est réservée pour le projet éolien flottant Floatgen, piloté par Ideol depuis le retrait de Gamesa. Une autre pour le prototype houlomoteur MLiner développé par Geps Techno (voir volet 3 de notre dossier), attendu pour 2017. En tout, une dizaine de projets sont aujourd’hui en discussion pour des tests au Sem-Rev dont les projets houlomoteurs Seawec (Hydrocap) ou Waves Ruiz, qui a déjà mené des tests en bassin à l’École Centrale de Nantes.

Paimpol-Bréhat Le site d’essais hydrolien piloté par EDF (40 mètres de profondeur) a accueilli en janvier 2016 la 7è génération d’hydrolienne OpenHydro (filiale à 60% de DCNS). Une autre machine, assemblée dans la base navale de Brest, vient de compléter ce parc démonstrateur d’une puissance totale de 1 MW. Toutes deux seront reliées à un convertisseur sous-marin commun, conçu et fabriqué par General Electric. La précédente génération de cette machine avait été ressortie de l’eau en avril 2014 après 4 mois de tests sur le site. Par ailleurs, l’entreprise Hydroquest, associé à Constructions Mécaniques de Normandie, projette également d’y implanter un démonstrateur hydrolien marin de 1 MW d’ici à 2017. Le projet a été soumis à la troisième édition de l’appel à projets de l’Ademe dédié aux EMR.