Pourquoi les investisseurs misent sur le stockage hydrogène

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Copyright : AREVA , HELION
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McPhy Energy, Electro Power Systems, Ergosup, Powidian… Les levées de fonds se multiplient dans le jeune secteur du stockage hydrogène. Il faut dire que les perspectives de marché sont alléchantes : les technologies de stockage électrique, par voie hydrogène ou électrochimique (batteries), pourraient représenter un chiffre d’affaires global de 30 Mds€ par an à l’horizon 2030, selon le dernier rapport d’activités sur l’hydrogène et les piles à combustible de l’Afhypac*. Pourquoi cette technologie séduit ? Quelles applications intéressent le plus les investisseurs ? Où sont les risques ? A l’occasion du congrès HyVolution, les 4 et 5 février dernier à Paris, GreenUnivers a réuni deux investisseurs pour évoquer ces questions : Olivier Bordelanne, directeur d’investissement chez Emertec, actionnaire de McPhy, et Alexandre Héraud, directeur d’investissement de Xerys, au capital de Powidian. Regards croisés sur un secteur prometteur.

GreenUnivers : Pourquoi la technologie de l’hydrogène vous intéresse-t-elle ?

Olivier Bordelanne (DR)
Olivier Bordelanne (DR)

Olivier Bordelanne : Pour [am4show have=’g1;g2;g4′ user_error=’Please_Upgrade’ guest_error=’Please_Subscribe’>]un fonds cleantech comme Emertec, ne pas s’intéresser à l’hydrogène serait une erreur. Demain, il y aura une multitude de solutions de stockage et l’hydrogène en fera partie. Après une période un peu compliquée, cette technologie revient très fortement dans la course depuis deux à trois ans avec des démonstrateurs dans le monde entier. Aux Etats-Unis notamment, le Department of Energy soutient de nombreux programmes. Des start-up se positionnent et de grands industriels s’y intéressent, comme Total ou Air Liquide.

Alexandre Heraud : Nous pensons également que l’hydrogène trouvera sa place à côté d’autres technologies comme les batteries. Et par ailleurs, la taille du marché s’annonce très importante, ce qui constitue un argument de poids pour un investisseur.

GU : Quelles sont les applications les plus prometteuses à vos yeux ?

OB : Il y a deux sujets prioritaires pour nous. D’une part, l’usage de l’hydrogène dans les bâtiments (Bepos notamment), où cette solution offre des puissances importantes et une flexibilité intéressante. Au Japon, il y a déjà des démonstrateurs dans des immeubles habités avec de l’hydrogène à tous les étages. Les technologies de piles à combustible, d’électrolyse sont au point. On va vers des combinaisons de solutions : production, stockage, effacement… D’autre part, l’électronique embarquée : l’outillage électro-portatif fonctionne avec des batteries, mais l’hydrogène a aussi un avenir dans ce domaine. Ce n’est pas un hasard si Apple a déposé des brevets sur l’alimentation de ses appareils via une PAC hydrogène. A côté de ces domaines, il peut y avoir des opportunités pour des solutions de back-up, de fourniture d’appoint, par exemple dans les hôpitaux ou dans l’aviation.

AH : Via notre investissement dans Powidian, nous sommes surtout intéressés par l’alimentation des sites isolés, des villages, de petites communautés, des mines… Sur des puissances de quelques centaines de kW, il y a un vrai intérêt à recourir à l’hydrogène pour remplacer des groupes électrogènes. Cela permet de réduire les émissions de CO2 mais aussi les nuisances sonores.

GU : Quels sont les principaux risques qui pèsent sur ce marché émergent ?

OB : Le modèle économique de la filière n’est pas évident, surtout avec la baisse du prix des hydrocarbures. Sur le plan technologique, les risques sont maîtrisés même s’il peut toujours se produire un accident – au niveau d’un véhicule ou autre – qui bouleverse la donne. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de produire un hydrogène de plus en plus vert : c’est le challenge à venir.

Alexandre Heraud (DR)
Alexandre Heraud (DR)

AH : Outre le facteur prix, j’identifie un risque au niveau de la supply chain. La filière hydrogène est constituée de nombreux sous-traitants, pour la fabrication des électrolyseurs notamment : ce n’est pas une filière consolidée, on manque de maturité et de fiabilité à ce niveau.

GU : Avez-vous repéré des innovations technologiques à suivre ?

OB : Nous surveillons les technologies de production de l’hydrogène innovantes. Des laboratoires travaillent sur l’utilisation du biomimétisme ou de la photocatalyse. En termes de rendement, c’est encore faible, on tourne autour de 5 – 6% alors que l’électrolyse affiche des résultats de l’ordre de 50 à 60%. Nous pensons qu’il existe aussi des pistes d’amélioration sur la qualité des réservoirs. On perd parfois 1% de l’énergie stockée, ce qui est beaucoup. Les travaux sur la compacité des systèmes, que ce soit la pile à combustible ou le stockage, sont également prometteurs.

AH : Nous estimons aussi que l’on peut améliorer la miniaturisation des systèmes et leur fiabilisation, notamment de l’électrolyse.

* : Rapport d’activités de la France sur l’hydrogène et les piles à combustible, par l’association française pour l’hydrogène et les piles à combustible.
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