Grâce au stockage, le réseau réunionnais va tolérer 32% d’électricité solaire en 2016

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Levy
Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF

En tournée à La Réunion les 1er et 2 février, Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, en a profité pour annoncer que l’île allait franchir pour la première fois en 2016 le seuil de 30% d’injection instantanée d’électricité intermittente, issue de la production photovoltaïque pour l’essentiel. C’est aussi une première sur le territoire français : les gestionnaires de réseau – Systèmes électriques insulaires (SEI) à La Réunion – limitent toujours à 30% la quantité d’électricité intermittente acceptée, en application de l’arrêté du 23 avril 2008.

Halte au gâchis

Cette exception réunionnaise doit tout à ...

la présence depuis 2010 d’une batterie de stockage de 1 MW (fabricant NGK, sodium soufre) installée à Saint-André et pleinement opérationnelle aujourd’hui. Elle est associée à un système prédictif de la météo baptisé Pegase;  il sécurise l’utilisation du réseau en anticipant de quelques dizaines de minutes sur la production photovoltaïque. Le coût de la batterie serait de 3,5 M€, avec une subvention de l’Ademe de 1,2 M€ selon le site EcCO2.

Ce nouveau seuil de 32% est tout sauf neutre pour la production d’énergies renouvelables (EnR) sur l’île. «  A chaque fois que le seuil de 30% risquait d’être dépassé, SEI devait débrancher les centrales ; 2015 a ainsi compté 67 jours de déconnexion, indique un porte-parole d’EDF. La batterie et Pegase permettent de diviser par trois le nombre de jours de déconnexion et par cinq l’énergie perdue ».

Stockage par hydrogène dans le Parc national

Le plafond devrait être porté à 35% dans les années qui viennent, sans doute autour de 2018, pour répondre aux objectifs gouvernementaux de développement des EnR ultramarines. Pour y contribuer, EDF prévoit d’installer 5 MW de stockage sur batterie supplémentaires. Les choix technologiques devraient être effectués dans les prochains mois.

Les nouveautés du stockage ne s’arrêtent pas là à La Réunion. L’opérateur public d’électricité installe au coeur de l’île, dans le Cirque de Mafate, là où le réseau électrique et même routier est inexistant, une station autonome en énergie conçue et fabriquée par la jeune pousse Powidian. Destinée à alimenter 300 familles en électricité 24/7, cette station stocke le courant photovoltaïque excédentaire en fabriquant de l’hydrogène. Le dispositif remplace les actuels groupes électrogènes au diesel. Ce premier micro-réseau 100% solaire allié au stockage est expérimental mais « EDF a l’intention d’en fournir plusieurs autres à La Réunion » annonce le porte-parole.

50% d’EnR dans quatre ans

EDF n’est pas seul à développer le stockage sur l’Île de l’océan indien. Le développeur-producteur Akuo a passé un contrat avec le fabricant de batteries Saft pour équiper une centrale solaire de 9 MW d’une capacité de stockage de 9 MWh, dans le cadre du projet Bardzour.

L’électricité réunionnaise est composée à 36% d’énergies renouvelables, contre 33% en 2014, dont 17,1% pour l’hydroélectricité, 9,3% pour la biomasse à base de bagasse et 9,1% pour les énergies intermittentes. Le parc photovoltaïque y a augmenté de 44% entre 2011 et 2015 et représente 8,5% du mix électrique.

La loi sur la transition énergétique et le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE Réunion) prévoient de porter la part des énergies renouvelables à 50% d’ici à 2020, puis à 100% en 2030 sur l’île.

Un appel d’offres a été lancé par le ministère de l’Ecologie (MEDDE) en mai 2015 et clos en novembre dernier pour des installations solaires entre 100 kW et 50 MW avec stockage dans les DOM et en Corse.