Ecocert lance la certification biodiversité pour les entreprises

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Une prairie fleurie à Grigny (91). (Crédit : J-P Pié)

Existera-t-il un jour un « bilan biodiversité », à l’instar du bilan carbone ? C’est ce qu’espère la société Ecocert, leader de la certification en agriculture biologique – le fameux label AB. Ce groupe de 800 salariés vient de créer l’« engagement biodiversité », une certification destinée à « devenir l’Iso 14000 de la biodiversité, selon Laurent Croguennec, directeur général d’Ecocert. Le but consiste à valoriser les organisations qui réservent une place de choix, dans leur stratégie, à l’enjeu de la biodiversité. » On l’a compris, le but n’est pas d’exclure les responsables de la dégradation des milieux, mais de les inciter à moins le faire.

Des clients très exposés

De fait, parmi les six clients d’Ecocert qui se sont déjà pliés à l’exercice de la certification sur tout ou partie de leurs sites, certains sont fortement consommateurs de ressources et d’espaces naturels. Le groupe cimentier GSM possède des carrières de granulats, Sanef exploite des autoroutes et Bolloré Logistics est un opérateur de transport de taille mondiale. « Ces entreprises veulent mesurer leur empreinte naturelle et la réduire, petit à petit », affirme Laurent Croguennec. La démarche témoigne d’une prise de conscience, dans certaines entreprises, de leur dépendance à l’égard des écosystèmes ». Une démarche ...

volontaire sur laquelle s’appuie aussi la Stratégie nationale biodiversité (SNB) dont le label est décerné chaque année depuis 2012 par le ministère de l’Ecologie à plusieurs associations, entreprises et établissements publics engagés en la matière.

Le problème méthodologique ? A la différence des émissions de CO2, la pression exercée sur les écosystèmes ne se résume pas à un chiffre. « Nous n’avons pas de bilan carbone de la biodiversité. Il faut procéder autrement », fait remarquer Laurent Croguennec. Pour aboutir, ou non, à une certification, Ecocert demande d’abord au candidat une autoévaluation en fonction d’un référentiel prédéfini, mène ensuite un audit pour vérifier la conformité, attribue enfin le certificat pour trois ans, avec un suivi annuel.

La démarche prévoit des relevés minutieux

La question clé est évidemment la définition des référentiels. Une tâche qui incombe aux experts associés à Ecocert, comme le bureau d’étude Amplify Nature, membre du comité technique pour la certification. « Nous passons en revue tous les territoires occupés par les entreprises et mesurons leur degré d’artificialisation », explique Frank Derrien, fondateur d’Amplify Nature. Selon cet architecte-paysagiste, les entreprises ne connaissent pas bien leur foncier et encore moins celui de leurs sous-traitants. Amplify Nature établit une cartographie des sites – et pas seulement celui du siège social… – selon plusieurs critères : la qualité des échanges naturels, notamment la circulation de l’eau, celle des biotopes et de la flore, la densité des intrants industriels et le degré de fragmentation du territoire. Le tout débouche sur une notation qui, selon Frank Derrien, excède et de loin le simple inventaire naturaliste et permet de mesurer les éventuels progrès futurs. « L’inventaire naturaliste est une simple photographie, que l’industriel ne peut pas exploiter. La certification est pour sa part un outil de management », complète Laurent Croguennec

Plus ambitieux que les labels sectoriels

L’idée est de « mesurer le potentiel écologique du foncier puis de ‘’dédomestiquer’’ tout ce qui peut l’être, sans menacer l’activité économique » pour reprendre les termes de Frank Derrien. Le prix de cette prestation n’est pas dévoilé, car il varie en fonction du nombre de sites audités. «  Le coût correspond peu ou prou à une démarché de type Iso 14001 » se borne à indiquer Laurent Croguennec. Qui met en avant les atouts d’une démarche globale, « universelle », multi-sectorielle. Suivez son regard : cette certification va plus loin que des labels de filière tels que Biodivercity, créé par des acteurs du bâtiment et de l’immobilier réunis au sein de l’association Cibi. Plusieurs labels ou référentiels sont en effet disponibles pour évaluer la qualité des écosystèmes (notamment les espaces verts) qui subissent l‘influence humaine : EcoJardin de l’association Plante & Cité, la charte des Refuges LPO de la LPO ou le réseau Oasis Nature de l’association Humanité & biodiversité (ex Ligue Roc), entre autres.

Un projet de loi porteur

Le lancement de la certification Ecocert intervient au moment où le Parlement français débat de la loi sur la biodiversité. Celle-ci prévoit, à l’article 2 bis, que « toute personne qui cause un dommage à l’environnement est tenue de le réparer »; cette réparation du dommage à l’environnement s’effectuant prioritairement en nature et si c’est impossible, en argent. « L’émergence d’un préjudice écologique ne peut qu’encourager la démarche de certification », prévoit le directeur général d’Ecocert.