Upowa, nouvel acteur sur le marché en ébullition de l’électrification de l’Afrique

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(Crédit : Upowa)
(Crédit : Upowa)

Après Ausar Energy, Sunna Design (lire ci-dessous) ou encore Station Energy, une autre start-up française vise le marché émergent de l’électrification des zones rurales en Afrique : Upowa, fondée fin 2014. Cette société de Grenoble a déjà réussi à attirer l’attention. Orange ...

vient de lui décerner cette semaine le 2e prix de son challenge « African Social Venture Prize 2015 » et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche lui remettra le 7 décembre le prix Pépite – Tremplin pour l’entrepreneuriat étudiant 2015.

Des besoins très importants

Des premiers pas encourageants pour l’entreprise cofondée par deux jeunes ingénieurs, Kilien de Renty et Caroline Frontigny. Désireux de monter un projet qui ne soit pas seulement économique mais aussi sociétal et environnemental, ils se sont intéressés aux communautés rurales africaines privées d’accès à l’électricité, qui se débrouillent souvent avec des groupes électrogènes très polluants. « Les besoins sont énormes : dans un pays comme le Cameroun, la moitié des 20 millions d’habitants n’ont pas accès à l’électricité », explique Kilien de Renty.

Ils ont développé un dispositif simple composé de panneaux solaires et d’une batterie au lithium pour stocker l’énergie. « Nous sommes un intégrateur de technologies sur étagère, nous avons juste ajouté une couche d’intelligence via un boîtier électronique », poursuit le jeune dirigeant. Leur solution, de petite puissance, est destinée uniquement à fournir de l’éclairage et à recharger les téléphones mobiles (pour l’instant). Pour quelle autonomie ? Jusqu’à trois jours pour 5 à 10 lampes avec une utilisation moyenne. Le système, installé par Upowa, n’a pas besoin d’un mini-réseau, ce qui facilite l’exécution.

Paiement par téléphone

Côté business model, la société assure gratuitement l’installation et propose aux clients un système de prépaiement par téléphone mobile, sur le modèle des Mobicartes. Une fois le paiement effectué, le consommateur reçoit un code par sms lui permettant d’activer le dispositif. L’entreprise reste discrète sur les tarifs et le retour sur investissement.

Comme premier pays, Upowa a choisi le Cameroun où elle a installé un prototype en avril dernier. « Cela nous a permis de valider la pertinence du dispositif et surtout du business model », indique le dirigeant. 10 systèmes ont été déployés pour une première phase de validation, plusieurs dizaines d’autres vont l’être dans les prochaines semaines. « Nous nous appuyons beaucoup sur les autorités locales pour nous faire connaître », observe Kilien de Renty.

En quête de plus d’1 M€

Pour passer à la vitesse supérieure et au déploiement commercial, la société va lancer une levée de fonds et espère glaner plus d’1 M€ d’ici à juin 2016. Pour l’instant, elle s’est financée sur fonds propres, et avec des soutiens de KIC InnoEnergy, Bpifrance, des prêts d’honneur et les prix remportés dans différents concours.

Upowa s’appuie sur une équipe de trois personnes à Grenoble (dont une seule est rémunérée) et une dizaine de collaborateurs au Cameroun, des commerciaux et des techniciens. Est-ce que la société ne craint pas la concurrence, alors que le marché attire de nombreux acteurs ? « Le territoire à couvrir est tellement grand que ce n’est pas un problème », assure son fondateur qui échange d’ailleurs avec d’autres entreprises comme Sunna Design.

Crowdfunding et prépaiement : business models privilégiés des petits projets d’électrification

sunnaEn Afrique, les petits projets d’électrification en zone rurale butent souvent sur la question du financement. Comme Upowa, de nombreuses entreprises misent sur le système de prépaiement ou « pay as you go » qui permet aux utilisateurs de payer à l’avance via l’achat de crédits sur leur téléphone mobile. La start-up girondine Sunna Design s’est, par exemple, associée à l’entreprise Sisteer pour mettre en place ce mécanisme au Sénégal et au Bénin, où elle commercialise des solutions solaires comprenant un lampadaire et jusqu’à quatre Sunna Box permettant l’éclairage et la recharge d’appareils électroniques dans les maisons alentours. Les Sunna Box peuvent être remboursées en moyenne au bout de trois ans, à raison de 20 centimes par jour d’utilisation et par foyer (environ 200€). Les usagers peuvent acheter du crédit pour un jour, une semaine ou un mois selon leur budget. Une carte SIM installée à l’intérieur du lampadaire déclenche ou éteint l’éclairage dans les foyers en fonction des montants crédités.

Plusieurs start-up en appellent également au crowdfunding pour mobiliser les citoyens européens. C’est le cas notamment de Station Energy, qui a lancé sa propre plateforme de financement participatif, baptisée Suncities. Total compte s’y essayer également en partenariat avec Babyloan. Sunna Design vient pour sa part de lancer une campagne de prêt sur Lendosphere, pour récolter entre 100 000 et 500 000 euros.

Pour l’heure limité, le système des crédit carbone représente également une source potentielle de financement des projets dans le cas où les installations solaires ou à base d’énergies renouvelables remplacent des générateurs diesel ou des lampes à kérosène, par exemple.