Quels nouveaux investisseurs pour les cleantech ?

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(Intervenants : Raluca Vataseanu, Marc Claverie et Stéphanie Savel)
(Intervenants : Raluca Vataseanu, Marc Claverie et Stéphanie Savel)

Les fonds de private equity et les organismes publics de financement ne sont plus seuls à prendre des risques pour amorcer les start-up cleantech. « Le co-investissement a le vent en poupe et associe de nouveaux acteurs. Les fonds de corporate venture (Total , EDF, Safran…) se sont lancés depuis quelques années, apportant les compétences techniques et leur image de grands groupes. Aujourd’hui, de toutes nouvelles solutions apparaissent… », remarque Marc Claverie, associé en charge du secteur cleantech chez Grant Thornton, à l’occasion de la conférence organisée par GreenUnivers le 14 octobre 2015 au salon World Efficiency, à Paris.

Un coup de KIC et ça part

De nouvelles têtes pointent en effet, en passant par la fenêtre du financement participatif et de la communauté d’affaires, comme la plateforme WiSeed ou KIC InnoEnergy – KIC signifiant knowledge and innovation community, communauté européenne de connaissance et d’innovation. Entreprise européenne créée dès 2010, KIC InnoEnergy compte 27 associés tous spécialistes de l’énergie – industriels, centres de recherche et universités – et un réseau de 200 partenaires. «L’objectif est de faire émerger des profils porteurs d’un nouveau regard sur l’énergie. Nous investissons en early stage et en co-investissement dans les start-up du secteur, souvent avant les business angels », annonce Raluca Vataseanu, business création manager de la société. Sur quels critères ? La société se place du point de vue du client final et évalue les projets sous l’angle non seulement technologique mais aussi sous celui des services et des usages. Sur cette base et en trois ans, KIC InnoEnergy a misé 10 M€ sur 100 sociétés en Europe dont 2,5 M€ sur vingt jeunes pousses en France, dans l’efficacité énergétique et le stockage, notamment.

La plate-forme de crowdfunding généraliste WiSeed commence également à jouer un rôle notable dans le financement des jeunes cleantech, en fonds propres mais aussi en dette via un partenariat avec le Crédit coopératif. Depuis la création du site en 2008, 18 M€ ont été levés sur le segment cleantech, sur 133 M€ au total. « Et nous doublons chaque année », se réjouit Stéphanie Savel, présidente. Les 54 400 « wiseeders » ne sont pas nécessairement mus par l’appât du gain. Les particuliers se révèlent souvent sensibles aux enjeux énergétiques et de biodiversité. Ces motivations ont pour conséquence inattendue de fournir une autre grille d’analyse pour les projets : «  les wiseeders savent dépasser cette aversion au risque qui caractérise bon nombre d’investisseurs professionnels », formule malicieusement Stéphanie Savel.

Conférence nouveaux investisseurs 2015Cela dit, pas question de prendre les bailleurs de fonds pour des naïfs, bien au contraire. « Pour les porteurs de projets, WiSeed fournit un vrai pré-test de marché. La foule est souvent plus experte que les experts eux-mêmes, on s’en rend compte par la pertinence des questions posées et par les avis postés, souvent très riches ». Du coup, au-delà des sommes collectées, le passage à la moulinette de l’investissement participatif prend un tour stratégique. « Certains fonds de corporate venture ou de private equity co-investissent même avec nous justement pour obtenir ce pré-test de marché », affirme Stéphanie Savel.

Reporting 2.0

Cet avantage collatéral à l’apport en monétaire – le ticket moyen pour une cleantech chez WiSeed atteint 500 K€ – joue aussi chez KiC InnoEnergy : « les compétences complémentaires des vingt membres du comité d’investissement, souvent des industriels et des responsables de technopoles, améliorent fortement le processus de sélection », souligne Raluca Vataseanu, qui précise que le ticket moyen se situe entre 100 et 150 K€ au premier tour et entre 250 et 300 K€ au deuxième.

KIC InnoEnergy et WiSeed apportent aussi une touche bien particulière à l’accompagnement des entreprises. Non seulement leurs contributeurs peuvent se révéler de bons ambassadeurs sur le marché pour la jeune pousse – ils sont 450 en moyenne chez WiSeed, par projet financé -, mais en plus ils obligent à une grande transparence. Un reporting sur les résultats est publié chaque trimestre par WiSeed, qui propose aussi « une  météo du portefeuille que bien des FCPI pourraient nous envier », fait remarquer Stéphanie Savel. Quant aux processus de décision, ils sont des plus partagés, tant lors de la sélection que pendant l’accompagnement, via les blogs, chats et autres vidéos en ligne. On est assez loin, en l’espèce, des réunions traditionnelles de présentation et bilan de start-up auprès des business angels.

Cohabitation pas toujours paisible

Reste que ces structures participatives interviennent le plus souvent aux côtés des fonds d’investissement et prennent donc la place que ceux-ci veulent bien leur laisser. Du coup, la cohabitation n’est pas des plus paisibles. « Quand nos actionnaires sont regroupés en une holding, nous obtenons parfois un siège au conseil de surveillance, mais c’est loin d’être facile. L’alignement des intérêts n’est pas non plus optimum au plan financier : les fonds d’investissement bénéficient d’actions préférentielles, d’obligations convertibles. Rien de tel pour nos actionnaires. Du coup, les intérêts des fondateurs convergent parfois plus souvent avec les nôtres qu’avec ceux des fonds de private equity… », regrette Stéphanie Savel.

Cela dit, actionnaires classiques et nouveaux investisseurs sont sans doute bien partis pour faire un bout de chemin ensemble. Comme le formule Marc Claverie, «  les très beaux projets se caractérisent par la diversité de leurs investisseurs : publics privés, fonds d’investissements, crowdfunding… Lorsqu’une start-up parvient à jouer sur toute cette palette, elle est en général très bien orientée. »

  • Consulter la présentation de Marc Claverie, associé en charge des cleantech de Grant Thornton, ci-dessous ou ici (PDF)