Groupes et transition énergétique : la SNCF met le turbo dans les nouvelles mobilités [4/4]

Print Friendly, PDF & Email

tgv

Dernier volet de notre dossier « 4 grands groupes face au défi de la transition énergétique et écologique » : la SNCF et l’écomobilité –

Le train français perd de la vitesse ces dernières années alors que les offres concurrentes ne cessent de se développer : l’avion devenu low cost, le bus libéralisé, mais aussi les nouvelles formes de mobilité partagée, en pleine ébullition. La SNCF s’est faite dépasser par de jeunes acteurs audacieux qu’elle n’a pas vu venir, dont la star du covoiturage BlaBlaCar, en passe de signer une nouvelle levée de fonds record. Alors qu’elle devra lâcher son monopole sur le rail à partir de 2019, l’entreprise publique n’a plus le choix : elle met les bouchées doubles pour se positionner à son tour sur les nouvelles façons de voyager. Objectif : devenir « connecteur de mobilité ».

Un concurrent peut en cacher un autre

Après 15 années de forte hausse, le trafic ferroviaire s’érode en France depuis 2011, et les comptes de la SNCF avec. En 2014, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 27,2 milliards d’euros, pour 7,4 milliards de dette. Le nombre de voyageurs a baissé de 1,1%, entraînant 155 millions d’euros de recettes en moins. Et dans son rapport financier, elle pointe clairement du doigt « la stagnation économique persistante et l’intensification d’offres concurrentes (covoiturage et low-cost aérien notamment) ».

trsp

« Le concurrent majeur, c’est la voiture particulière »

Face à la concurrence de l’aérien ou du bus, la SNCF s’est jusqu’ici contentée de rendre coups pour coups, en lançant sa filiale IDBus ou son service TGV Air (combiné train+avion), par exemple. Mais « le concurrent majeur, c’est la voiture particulière », concède Barbara Dalibard, la directrice générale Voyageurs du groupe. Celle-ci représente déjà plus de 80% des déplacements intérieurs en France et son utilisation ne fait que progresser. Sans compter qu’elle est le support privilégié des nouvelles formes de mobilité telles que le covoiturage ou l’autopartage, ce qui la rend encore plus séduisante… au détriment du train.

Le covoiturage : un manque à gagner de 80 millions d’euros

Selon la SNCF, le covoiturage lui aurait déjà fait perdre un million de voyageurs, soit un manque à gagner de 80 millions d’euros. Comparé à ses 135 millions de voyageurs annuels, le chiffre est plutôt faible. Mais quand on table – comme le cabinet Roland Berger dans une étude d’octobre 2014 – sur une croissance annuelle du covoiturage de 35% par an jusqu’en 2020, le chiffre est inquiétant.

Résultat : c’est sur ce terrain là que la SNCF a décidé de se battre bec et ongles, en faisant du « porte-à-porte » son crédo et des « trajets du quotidien » sa « priorité absolue », comme on peut le lire dans son plan stratégique Excellence 2020, dévoilé en 2013. D’ici la fin de la décennie, l’entreprise souhaite devenir un « connecteur de mobilité », selon l’expression de son président Guillaume Pépy, pour accompagner les clients de leur domicile à leur destination, et pas seulement d’une gare à l’autre. « Pour cela, il faut devenir aussi simple que la voiture », martèle Barbara Dalibard.

comparatif_train_avion_2

Tester toutes les nouveautés

L’une des facettes de la stratégie de la SNCF consiste à racheter des start-up innovantes pour se faire à son tour une place sur les nouveaux marchés de l’écomobilité. Dès 2009, elle a commencé à prendre des participations au capital de plusieurs d’entre elles à travers son fonds Eco-Mobilité Partenaires qui a depuis donné naissance à Ecomobilité Ventures (en partenariat avec Total, Orange, Air Liquide et Michelin).

Mais depuis 2013 et l’officialisation du plan Excellence 2020, les rachats se sont enchaînés.

Dans le covoiturage d’abord avec l’acquisition, à quelques mois d’intervalle, d’Ecolutis (éditeur du site Easycovoiturage) puis de Green Cove (123envoiture). Ecolutis poursuit aujourd’hui la création de sites en marque blanche pour plus d’une centaine de clients (dont Disney, Bolloré ou le Crédit Agricole) tandis que la plateforme de covoiturage grand public IDvroom affiche aujourd’hui 900 000 membres.

Plus récemment, la SNCF a mis un pied dans la location de véhicules entre particuliers en s’emparant du n°2 français OuiCar (400 000 membres). Enfin, elle a pris, il y a quelques semaines, une participation au capital de Wattmobile, une start-up spécialisée dans l’autopartage électrique en gare, avec qui elle collaborait déjà.

Wattmobile permet de louer des véhicules électriques au départ de 13 gares en France
Wattmobile permet de louer des véhicules électriques au départ de 13 gares en France

Omniprésence

« L’idée est de tester toutes les nouvelles formes de mobilités », résume Barbara Dalibard. « Nous ne voulons pas d’obtenir d’exclusivité. On est dans un éco-système ouvert et la SNCF ne peut pas faire tout toute seule », ajoute-t-elle, lucide. Malgré se taille, la SNCF est de toute façon distancée par les jeunes champions de l’écomobilité que sont BlaBlaCar ou Drivy.

Connecter les mobilités

Une autre facette, beaucoup plus diffuse mais qui doit permettre au tableau de prendre forme, consiste à développer de nouveaux services de mobilité, en insistant sur l’intermodalité. En avril 2015, le groupe a annoncé un budget de 120 millions d’euros sur trois ans pour ce seul chantier. L’objectif est ainsi de doubler la part des transports collectifs dans la mobilité globale d’ici quinze ans, de 15% aujourd’hui à 30% en 2030. « Le rail doit rester la colonne vertébrale du transport collectif, en particulier dans les zones denses ou pour les longues distances, insiste Barbara Dalibard. Mais nous voulons aussi cibler les derniers kilomètres ou les zones peu denses avec des offres complémentaires. L’objectif est bien de couvrir l’ensemble du territoire. »

GARE
(Crédit : SNCF)

Déjà des premières pierres

L’une des premières concrétisations de cette stratégie a été le lancement cet été d’IDpass : une application mobile « qui complète le voyage en train » en permettant aux abonnés, dans 15 grandes villes françaises, de composer leur voyage en recourant aux offres de transport développées par la SNCF et/ou ses partenaires : autopartage avec Zipcar et Wattmobile, vélos en libre service, covoiturage, etc…

D’ici la fin de l’année, la SNCF compte également déployer un forfait mensuel multimodal à destination des étudiants, déjà testé auprès de jeunes rennais. Et d’autres services seront encore développés pour retrouver les faveurs des voyageurs. Reste que, au-delà de la « simplicité » recherchée à tout prix par la SNCF, le combat se jouera aussi sur les prix.

Logo_SNCFChiffres clés 2014 : 

  • CA : 27,25 Mds€
  • Résultat net : 605 M€
  • Effectif : 245 763

cheque-cadeauCet article est en accès gratuit !
Si vous n’êtes pas abonné(e), découvrez nos offres et accédez à l’ensemble de notre contenu…