Compte-rendu de la soirée spéciale start-up des cleantech

Print Friendly, PDF & Email

GreenUnivers a organisé mardi 3 mars une soirée spéciale start-up des cleantech, en partenariat avec le réseau de business angels DDIDF et l’association Cleantuesday. Outre les résultats de la quatrième édition de notre Observatoire des start-up des cleantech – réalisé avec le soutien de KIC InnoEnergy, Emertec, Demeter Partners et DDIDF, plus de 200 participants ont assisté aux présentations d’investisseurs, de start-up innovantes et de belles ETI. Compte-rendu en texte et en photos.

De gauche à droite : Stéphanie Savel (DDIDF), David Dornbusch (Cleantuesday), Patricia Laurent (GreenUnivers)
De gauche à droite : Stéphanie Savel (DDIDF), David Dornbusch (Cleantuesday), Patricia Laurent (GreenUnivers)

 

KIC InnoEnergy et ses incubateurs européens

Fréderique Pedreno, KIC InnoEnergy
Fréderique Pedreno, KIC InnoEnergy

Frédérique Pedreno, Business Creation Officer, KIC InnoEnergy France a présenté son entreprise, créée sous l’impulsion de l’Institut Européen des Technologies (IET) et dont l’ambition est de devenir le chef de file de l’innovation et de l’entrepreneuriat dans le domaine de l’énergie durable.

Pour aider les très jeunes entreprises, KIC InnoEnergy dispose d’incubateurs dans huit pays européens, dont la France (Grenoble). Pour l’heure, elle compte 80 sociétés incubées en Europe dont 17 en France. L’objectif est d’intégrer 8 à 10 nouvelles entreprises par an. Les candidats sont sélectionnés à un stade précoce – avant leur création ou peu après – en fonction du caractère innovant de leur proposition. « Sur 200 entrepreneurs rencontrés, KIC InnoEnery France en a retenu seulement 17 » , prévient Frédérique Pedreno, qui insiste sur la sélectivité. « Une fois intégrées, les start-up bénéficient d’un accompagnement de type business coaching, d’une expertise technologique, de moyens financiers, de la mise à disposition d’un réseau d’acteurs », poursuit-elle. « Nous essayons de leur faire rencontrer assez tôt leurs futurs clients pour mieux orienter l’entreprise ». Dans un second temps, KIC InnoEnergy devient également actionnaire des sociétés incubées.

Repère : KIC InnoEnergy : 10 fonds et des milliards pour les cleantech européennes – mars 2014

 

« Emertec a de l’argent à investir… ! »

Eric-Marty
Eric Marty, Emertec Gestion

Eric Marty, membre du directoire, Emertec, a fait le bilan d’une année 2014 très fructueuse pour le fonds spécialisé dans l’amorçage. Il a investi 11 millions d’euros dans de nouvelles sociétés telles que Ynsect, Qualisteo ou Ionwatt et a remis au capital de Olygose ou Lineazen. « Nous avons également eu deux belles introduction en Bourse – Fermentalg et McPhy – et la clôture du fonds Emertec 5, doté de 50 millions d’euros », a rappelé Eric Marty. Pour les années à venir, l’investisseur voit des opportunités de rupture dans la chimie du végétal, l’agriculture connectée, la décentralisation des énergies et le stockage.

« Nous avons de l’argent à investir… ! » , a insisté Eric Marty. Les critères de sélection du fonds reposent en particulier sur une création de valeur importante, la possibilité d’internationaliser rapidement l’entreprise et surtout une équipe dynamique et ambitieuse : « Il faut qu’on partage des valeurs communes avec l’équipe, le patron. On traverse systématiquement des périodes difficiles ensemble, il faut donc que le relationnel soit au point […] Nous ne faisons pas de business de niche et ne souhaitons pas financer de la R&D mais bel et bien de la croissance, de la commercialisation », a averti l’investisseur.

 

Demeter : « le crowfunding, pourquoi pas… »

Benjamin Wainstain, Demeter 3 Amorçage
Benjamin Wainstain, Demeter 3 Amorçage

Benjamin Wainstain, le directeur du fonds Demeter 3 Amorçage, a également passé une année 2014 riche avec « huit nouveaux investissements et 14 refinancements, alors que notre rythme classique est plutôt de 4-5 investissements par an », a-t-il expliqué. Le fonds a par ailleurs été rejoint par un nouveau sponsor, le promoteur immobilier Nexity.

Ce jeune investisseur est également optimiste pour l’année 2015 : « il y a de la matière en France, des investisseurs étrangers qui s’intéressent à nos start-up, ce qui est un bon signal ». Les secteurs prometteurs à ses yeux sont le traitement de l’eau, des déchets, de la propreté, du bâtiment mais aussi des datas appliquées aux cleantech, « un secteur dans lequel la France à les talents qu’il faut », remarque Benjamin Wainstain.

Interrogé sur la démocratisation du crowdfunding, Benjamin Wainstain a expliqué que certaines incertitudes restaient encore à lever, notamment concernant la confidentialité des données des entreprises en recherche de fonds, mais qu’il s’y intéresse. « Nous sommes concernés par le risque « d’uberisation », donc nous y réfléchissons bien sûr. Par ailleurs, j’ai déjà conseillé à des entreprises que je suis de procéder à du crowdfunding pour trouver des fonds », a-t-il expliqué.

Repère : Le financement participatif intéresse de plus en plus les acteurs traditionnels – Décembre 2014
Présentation des résultats du quatrième observatoire des start-up des cleantech par Patricia Laurent
Présentation des résultats du quatrième observatoire des start-up des cleantech par Patricia Laurent

 

« Il y a quand même des inquiétudes »

Stéphanie Savel, DDIDF/Wiseed
Stéphanie Savel, DDIDF

Contrastant avec le discours des précédents intervenants, Stéphanie Savel, présidente de DDIDF, s’est inquiétée du nombre toujours important de start-up des cleantech – 47% des sociétés interrogées – qui font moins de 100 000 euros de chiffre d’affaires, selon l’Observatoire 2015 de GreenUnivers. Une faiblesse économique qui contraste avec leur bonne intégration dans des organisations de types clusters. « On est fort, en France, pour la création de start-up mais ensuite on bloque leur développement », a ainsi résumé Stéphanie Savel. « C’est très bien les pôles de compétitivité mais il faut que les petites entreprises puissent faire du business, elles ont besoin de clients », a-t-elle insisté.

« Heureusement la COP21 va permettre d’insister sur tous les enjeux cleantech », estime Stéphanie Savel. Et d’ailleurs 65% des start-up interrogées par GreenUnivers considèrent la tenue de la COP21 en décembre à Paris comme une opportunité.

Côté recherche de fonds, la nouvelle PDG de la plateforme d’equity crowdfunding Wiseed, a incité les start-up a se tourner vers le financement participatif : « les particuliers français représentent 4000 milliards d’euros d’épargne et ils ont un vrai désir de financer des projets eco-friendly ».

Repère : Dossier cleantech et crowdfunding – Septembre 2014
Plus de 200 personnes sont venus assister à la soirée spéciale start-up des cleantech, dans les locaux de Bpifrance
Plus de 200 personnes ont assisté à la soirée spéciale start-up des cleantech, dans les locaux de Bpifrance

 

Les clés du succès

Eric Scotto : « savoir transformer une crise en une opportunité » 

Eric Scotto, Akuo Energy
Eric Scotto, Akuo Energy

Invité à dévoiler quelques clés qui ont fait le succès de son entreprise, Eric Scotto, cofondateur et président d’Akuo Energy, a insisté sur plusieurs points, à commercer par la faculté à aller vite quitte à prendre des risques, et à rebondir pour faire d’une crise une opportunité.

Fondé en 2007, Akuo Energy a failli disparaître en même temps que de nombreux concurrents dont le business plan a été réduit à néant par le moratoire solaire de 2010-2011. « On a décidé de sauver 10 projets solaires. Pour cela, nous avons été chercher 280 millions d’euros de fonds propres sans banques, on s’est mis caution personnelle. On en est sorti grandi après une très grande prise de risque », se rappelle Eric Scotto. Aujourd’hui Akuo Energy est le premier producteur français indépendant d’énergies renouvelables (au coude à coude avec Neoen), compte 170 collaborateurs, huit filiales et une présence géographique dans 30 pays.

Le groupe a jusqu’ici refusé de s’introduire en Bourse pour conserver de la flexibilité. « L’IPO nous semble trop compliquée car cela demande trop de communication, trop de complexité. Nous aimons pouvoir signer un deal sur un coin de table sans avoir a en référer à un conseil d’administration », a-t-il expliqué.

Eric Scotto insiste également sur la nécessité d’aller vite pour s’installer sur un marché : « en 2004 Perfect Wind (société originelle d’Akuo) a pris 30% du marché français avec une ferme éolienne de 59 MW, la plus grande du pays à l’époque. Les banques françaises ont d’abord refusé de nous aider alors nous sommes allés jusqu’au Canada chercher un fonds prêt à nous financer. Ensuite nous avons installé 600 MW en trois ans », de quoi s’assurer une vraie crédibilité à domicile et à l’étranger. Akuo a d’ailleurs rapidement misé sur l’international, partant du constat que « la France est le pays le plus difficile pour développer des EnR ». Le groupe, détenu à 80% par ses fondateurs, a également monté sa propre société de gestion pour accompagner son développement face à la frilosité des banques/fonds tricolores.

Repère : Les grands projets d’Akuo Energy – Novembre 2014

 

Frédéric Rodriguez : « ne pas avoir peur des acquisitions » 

Frédéric Rodriguez, Greenflex
Frédéric Rodriguez, Greenflex

Le président de Greenflex a fondé l’entreprise, spécialisée dans les services en développement durable, en 2009. Parti seul avec son argent personnel et un peu de love money, Frédéric Rodriguez pilote aujourd’hui une équipe de 130 personnes (bientôt 180) répartie dans 10 bureaux en Europe. La société s’est beaucoup développée par croissance externe, rachetant pas moins de huit entreprise en six ans : Altadev, Solofi, Actirent, Ethicity, Terranova Energy, Eveïo BeCitizen et Bnext Energy. « Il ne faut pas avoir peur des acquisitions, des rapprochements pour se transformer plus vite », a insisté Frédéric Rodriguez. « De même qu’il faut ouvrir son capital pour financer l’accélération de la croissance ». Greenflex prépare actuellement une deuxième levée de fonds, deux ans après avoir cédé 24% de son capital au fonds Nextstage au cours d’un tour de table de 5,7 millions d’euros.

 

Corinne Lepage : « pour des synergies entre les acteurs du Nouveau Monde »

Corinne Lepage
Corinne Lepage

Ancienne ministre de l’Environnement sous la présidence de Jacques Chirac, Corinne Lepage est aujourd’hui chargée d’une mission sur la « transition économique pour les acteurs du Nouveau Monde » par Ségolène Royal. Dans ce cadre, elle souhaite favoriser les synergies entre les acteurs du « nouveau monde », « faire une force commune » pour entrer dans une nouvelle économie « qui représentera des milliards d’euros et des centaines de milliers d’emplois ». Pour cela, elle a appelé les représentants des cleantech a lui faire part de leurs propositions : « Il y a beaucoup de secteurs concernés par les enjeux environnementaux. Il faut donc mettre ensemble tous ceux qui s’inscrivent dans ce Nouveau Monde. Dites moi ce qui est nécessaire pour y arriver et je l’intégrerai dans mon rapport », a-t-elle lancé à l’assemblée.

Place au networking dans la palmeraie de Bpifrance
Place au networking dans la palmeraie de Bpifrance