Jean-Michel Germa crée deux nouvelles sociétés

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Pionnier en France dans l’éolien offshore, le fondateur (en 1989) de la Compagnie du Vent – aujourd’hui dans le giron de GDF Suez – se veut toujours visionnaire. Il crée deux nouvelles sociétés pour deux secteurs aussi cruciaux que prometteurs : les économies d’énergie dans l’industrie et le stockage massif d’énergie en mer. Sunti et MGH ont été baptisées ce mercredi au Forum Energaïa des énergies renouvelables à Montpellier.

Sunti pour Sunny times for industry

sunti MGH Opérationnelle dès ...

 aujourd’hui, Sunti – pour Sunny times for industry – cible le secteur de l’industrie – particulièrement énergivore et quasi imperméable aux énergies renouvelables – avec une offre clé en main financièrement indolore, censée lever les dernières réticences du secteur à se tourner vers des solutions plus durables.

Convertir l’industrie au solaire thermique

Celle choisie par Sunti est le solaire thermique, pour une raison bien précise expliquée par Jean-Michel Germa : « En 2013, environ 28 % de l’énergie mondiale finale est consommée par l’industrie, en grande partie sous forme de chaleur. Or seulement un millième de cette chaleur vient du solaire thermique, ce qui signifie que le secteur s’appuie quasi exclusivement sur les énergies fossiles ».

Selon Jean-Michel Germa, deux éléments freinent encore l’investissement des industriels dans le solaire thermique : le coût relativement bas des énergies fossiles et la complexité apparente de ces installations d’énergies renouvelables. Si le premier frein devrait s’évanouir à mesure que les ressources en énergies fossiles s’amenuisent, Sunti entend s’attaquer au second en proposant aux industriels une solution complète avec une prise de risque proche de zéro.

Tiers financement : risque zéro pour les clients

(Source : Sunti)
(Source : Sunti)

Par un système dit de tiers-financement, Sunti se propose de prendre en charge l’intégralité du chantier d’installation du système, des études de faisabilité à la maintenance en passant par le dimensionnement, etc. L’industriel s’engage à acheter la chaleur produite pendant 10 ans dans le cadre d’un contrat d’achat signé avec Sunti. Dans un premier temps, l’argent économisée sur la facture sera reversé à Sunti jusqu’au point de rentabilité de son système. « L’installation rapportera donc peu mais ne coûtera rien, concède Jean-Michel Germa. Ensuite l’industriel n’aura qu’à constater les économies réalisées ».

Associé à des mesures d’efficacité énergétique – également prises en charge par Sunti – le système pourrait permettre de faire baisser la facture d’énergie de ses clients jusqu’à 60%. A échéance du contrat d’achat, les clients auront la possibilité de racheter l’installation à un prix extrêmement décoté ou de poursuivre via un nouveau contrat avec Sunti.

Concernant la fourniture des installations solaires thermiques, Sunti a répertorié une dizaine de partenaires utilisant différentes technologies – capteurs plans, paraboliques, miroirs de Fresnel, etc – à qui elle passera commande, en fonction des projets.

Le sud en priorité

L’entreprise cible en priorité les pays d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord où les paramètres sont plus favorables au solaire thermique : énergie de plus en plus chère et ensoleillement fort. « C’est dans ces pays que nous avons nos premiers prospects », explique Jean-Michel Germa. Sunti emploie actuellement 3 personnes en équivalent temps plein et s’appuie sur une enveloppe de 8 millions d’euros pour investir dans les premières installations. « Par la suite, nous solliciterons des investisseurs ou du financement bancaire pour poursuivre l’aventure », explique Jean-Michel Germa.

MGH, pour une équipe de France du stockage en mer

MGHMGH – pour E = MGH – s’attaque à un sujet beaucoup plus prospectif : le stockage massif d’énergie en mer. Là encore, Jean-Michel Germa part d’un constat simple : « actuellement, mois de 3% de l’énergie produite dans le monde est stockée. Or l’expansion des énergies renouvelables intermittentes nécessitera un déploiement beaucoup plus important des solutions de stockage à l’horizon 2030-2050 ». Pour l’heure, les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) représentent 99% de l’énergie stockée dans le monde mais les zones favorables sont limitées et l’impact non négligeable de ces installations sur l’hydrologie et le paysage pénalisent encore plus leur acceptabilité auprès des riverains.

Des STEP en haute mer ?

MGh-schémaLa solution MGH, qui fait l’objet d’un dépôt de brevet aux États-Unis, se propose de reproduire la logique des STEP en haute mer, par au moins 3000 ou 4000 mètres de fond. Le concept se compose d’un flotteur équipé d’un moteur et auquel est attaché un (ou plusieurs) lest(s) en béton. Lors des creux de consommation, le surplus d’électricité servira à activer le moteur pour remonter les lests. En période de forte consommation, la chute des lests vers le fond activera une génératrice. Situés entre 40 et 100 km des cotes, ces flotteurs – d’un déplacement de 140 000 tonnes environ – seront raccordés à la terre par des câbles ensouillés pendant plusieurs kilomètres afin de ne pas gêner la navigation.

Fédérer un consortium

A terme, MGH a pour vocation de fédérer un consortium d’entreprises autour de ce concept. Et la France est plutôt bien doté en talents dans ce domaine : « nous avons de grands champions de l’oil&gas, de la construction navale et plus généralement une industrie maritime solide qui pourrait trouver un intérêt considérable et un relais de croissance dans ce marché », explique Jean-Michel Germa.

Un marché qu’il estime à quelque 130 milliards de dollars. « Nous avons répertorié les zones qui cumulaient à la fois une bathymétrie suffisante et un pôle de consommation important au large. Il y a un important potentiel sur la côte est des Amériques. Mais c’est un marché mondial », explique-t-il.

« Comme j’ai parié sur l’éolien offshore il y a 20 ans, je parie aujourd’hui sur le stockage en mer », poursuit Jean-Michel Germa, qui n’exclut pas de voir s’écouler quelques décennies avant la concrétisation – ou non – de son projet.