Economie circulaire : la transformation de Suez Environnement [2/3]

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Hélène Valade, directeur du développement durable, Suez Environnement. (Crédit : Anne-Claire Poirier)
Hélène Valade, directeur du développement durable, Suez Environnement. (Crédit : Anne-Claire Poirier)

Epuisement des ressources, changement climatique, crise économique… L’économie circulaire, qui vise à transformer les déchets en ressources, sera-t-elle notre voie de secours pour refaire passer ces voyants au vert ? Mettre les vieilles recettes à la poubelle n’est pas si simple, notamment pour les entreprises, prises en étau entre compétitivité et durabilité.

Hier, mercredi 2 juillet, le cycle de conférences GreenUnivers s’est arrêté sur les nouveaux business models de l’économie circulaire. Le panel d’invités réunissait des acteurs de l’économie traditionnelle concernés à divers titres par ce mouvement de fond (Suez Environnement, La Poste, Orange, Sita) et de véritable pure players des cleantech (Enogia et iNex).

Premier constat, avec l’intervention d’Hélène Valade (Suez Environnement) : les acteurs du recyclage traditionnel ont déjà entamé leur mutation vers ce nouveau modèle économique.

Hélène Valade, directeur de développement durable chez Suez Environnement

Hélène Valade, directeur de développement durable chez Suez Environnement, a tenu à rappeler les finalités de ce modèle économique: « On en vient à l’oublier mais l’économie circulaire est liée tout d’abord au réchauffement climatique et à la nécessité de limiter les émissions de gaz à effet de serre. L’autre défi, c’est la raréfaction des ressources naturelles, qu’il faut protéger. Les acteurs comme Suez Environnement ont d’ailleurs un rôle d’éducation et de sensibilisation à jouer sur le besoin de passer à un autre modèle. »

La vision de ce qu’est l’économie circulaire s’est également modifiée : « Nous sommes passés d’un sujet très lié à la matière et aux déchets à la volonté d’examiner le cycle de vie d’un produit et l’interdépendance des étapes – la production, la commercialisation, l’usage – « , précise Hélène Valade. Elle distingue trois niveaux de coopération entre les acteurs : entre les industries et leur territoire, entre les partenaires industriels et entre les entreprises de taille importante et les start-up  des cleantech.

Valorisation des déchets en énergie et en matière

(Crédit : Anne-Claire Poirier)
(Crédit : Anne-Claire Poirier)

Chez Suez Environnement, dont les métiers sont la gestion des déchets et de l’eau, « la prise de conscience que ces métiers sont impactés par le réchauffement climatique a conduit à changer en profondeur un certain nombre de politiques et notre modèle dans le sens de l »économie circulaire », affirme Hélène Valade. Elle pointe l’exemple de Sita, la filière déchets, qui s’est tournée vers leur valorisation sur le plan matière et énergie.

« La valorisation en énergie se fait à partir du stockage de déchets, du captage de biogaz. C’est une boucle industrielle locale, dans les villes ou à leur lisière. Elle permet de chauffer ou d’alimenter en électricité des îlots d’habitations, précise Hélène Valade. Cela donne lieu à des partenariats avec d’autres industries, et va parfois jusqu’à permettre d’externaliser la production d’énergie comme c’est le cas pour l’usine Mars de Haguenau. »

Un tri optique sophistiqué du verre 

Usine de tri de verre. (Crédit : Suez Environnement)
Tri de verre dans une usine de recyclage. (Crédit : Suez Environnement)

La valorisation de la matière devient de plus en plus un métier de transformation des matières secondaires. « Nous devons avoir une matière secondaire d’une qualité telle qu’elle permette la réutilisation. Nous avons ainsi un partenariat avec l’usine de recyclage de verre Sibelco, [dont le siège est à Anvers, en Belgique], cite Hélène Valade. Elle a pour particularité d’avoir mis en place un système de tri optique permettant de séparer le verre en quatre qualités et d’en sophistiquer le réemploi. Dans la valorisation de la matière, il va donc s’agir désormais d’organiser des filières de réutilisation. »

Maximiser les usages de l’eau avant qu’elle ne soit rejetée

« L’activité Eau de Suez Environnement s’inscrit presque naturellement dans le cycle de l’économie circulaire : il y a de l’énergie dans l’eau et notamment dans les eaux usées, car il suffit d’aller en capter la chaleur, comme cela se fait à l’Elysée, donne en exemple Hélène Valade. Il faut maximiser les usages de l’eau avant qu’elle ne soit rejetée dans le milieu naturel. »

La question de l’accès à l’eau sera fondamentale dans les années à venir: « 47% de la population mondiale sera en stress hydrique d’ici 2030 ». Face à cette problématique, la réutilisation des eaux usées (pour l’agriculture, l’industrie, la réalimentation des nappes souterraines, comme cela se fait déjà en Californie) devient un enjeu important. « Il faut donc révolutionner la nature de ces métiers et créer de nouveaux modes de partenariats ».

« Donner un prix aux externalités »

« Toutes ces nouvelles activités aboutissent à la question des modèles économiques mais cela s’inscrit dans un cadre compliqué, reconnaît Hélène Valade. Le prix de la matière première ne prend pas en compte tous les risques liés à la sécurité de l’approvisionnement. Celui du produit de sortie lui-même ne prend pas en compte les externalités positives. Nous testons un certain nombre de modèles qui rémunèrent l’opérateur en fonction de son impact environnemental. Mais nous avons besoin d’entrer dans cette économie qui donne un prix aux externalités. Cela peut même devenir un avantage compétitif international, espère Hélène Valade. Beaucoup de pays se sont dotés de plans de régulation : la Chine, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Japon. Cela incite à travailler davantage sur ces modèles économiques innovants. »