Les cleantech profitent-elles du dynamisme boursier ?

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Laurent Wilk
Laurent Wilk

Après un premier semestre et un été en fanfare, avec un CAC 40 passé de 3 600 à 4 100 points, la Bourse de Paris continue à bien se comporter alors que la menace d’une intervention en Syrie semble s’éloigner. Plusieurs sociétés françaises des cleantech ont d’ailleurs profité de ce contexte favorable pour lever des fonds sur NYSE Euronext Paris, comme Orège ou Global Bioenergies et bientôt Bolloré (Blue Solutions)*. Analyse des secteurs cleantech qui profitent de l’envolée boursière par Laurent Wilk et Louis Bazy, responsables du pôle cleantech de la société de Bourse Invest Securities.

GreenUnivers : La Bourse s’est montrée extrêmement dynamique depuis le début de l’année, quels sont, parmi les cleantechs, les secteurs les mieux placés pour en profiter  ?

LW et LB : Nous distinguons deux grandes catégories de cleantechs, d’une part les entreprises du recyclage et du traitement de déchets, d’autre part les producteurs d’énergie renouvelables.

Dans le recyclage de la ferraille et des métaux non ferreux, les sociétés souffrent de la conjoncture morose, qui génère une concurrence accrue sur les approvisionnements, et d’une pression à la baisse sur les prix, qui comprime leurs marges.

La situation s’améliore lentement, mais des valeurs comme Derichebourg ou Recylex sont en difficulté. Elles résistent et se battent sur les approvisionnements en attendant la reprise, mais on ne l’espère pas d’ici la fin de cette année. Dans ce secteur, certaines entreprises comme Aurea ont néanmoins adopté une stratégie plus rentable, en misant sur des marchés de niche dans le traitement de certains métaux comme le cuivre, qui offrent de meilleures marges. Grâce à son portefeuille d’activités diversifié et à sa petite taille, Aurea est une société dynamique et réactive, qui grandit par acquisitions externes très bien négociées.

Le secteur de la collecte et du traitement des déchets résiste mieux. Ainsi, Pizzorno  a poursuivi l’amélioration de sa rentabilité en 2012/2013. Séché est une belle valeur qui a malheureusement abandonné sa participation dans la Saur et son obligation convertible lors de la restructuration. Les derniers résultats montrent que le redressement des marges se fait attendre, on l’espère pour le second semestre.

GU : Quelles sont les perspectives dans le secteur des énergies renouvelables ?

LW et LB : C’est un secteur qui a connu une forte concentration. De nombreux parcs éoliens et solaires ont été rachetés par des acteurs historiques. EDF EN a été repris par sa maison mère, Voltalia par la famille Mulliez qui en a pris le contrôle total, et une OPA est actuellement en cours sur Theolia.

Albioma, anciennement Séchilienne Sidec, sera bientôt le seul acteur français non adossé. L’entreprise est parvenue à une taille critique en se développant sur ses fonds propres et peut rester autonome. Avec une capacité de 70 MW qui se sont développés grâce à des tarifs de rachat très intéressants,  notamment dans les DOM TOM, Albioma est positionnée sur des marchés de niche qui n’intéressent pas les grands acteurs.

Dans l’éolien, cela reste compliqué en France, en raison du problème persistant sur l’arrêté tarifaire. Les banquiers demeurent frileux en attendant l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne puis la décision du Conseil d’Etat (quant à la requalification du tarif de rachat en aide d’Etat, ndlr).

Louis Bazy -
Louis Bazy

Quant au solaire, il ne reste guère de fabricants français d’équipements qui pourraient souffrir de la concurrence asiatique.

Pour ce qui est des installations, le système actuel de révision trimestrielle des tarifs de rachat semble équilibré et a permis de revenir à un rythme d’installations supportable sur le plan économique. Quant aux installateurs eux-mêmes, avant la bulle du solaire, ils installaient des pompes à chaleur, demain ils installeront autre chose, c’est caractéristique des marchés qui dépendent essentiellement de la fiscalité.

GU : La période vous semble-t-elle favorable aux introductions en Bourse ?

LW et LB : A de rares exceptions près, il n’existe pas vraiment de mauvaise période. Fin juin, nous avons repousser l’introduction d’Orège d’une semaine mais à ce détail près, l’opération a été un succès.

Quant à Bolloré, qui a  annoncé vouloir introduire Blue Solutions en Bourse en  octobre, il n’y a pas de raison que cela se passe mal. D’ailleurs, il est moins attaché à la valorisation qu’à l’accueil réservé à son projet par les milieux financiers, dans la perspective de bâtir une filière.

* : sur ce sujet, GreenUnivers organise une conférence, le 15 octobre prochain, sur le thème : « La Bourse, une solution pour le financement des sociétés des cleantech ? »