Smart grids (5) : Les stratégies de cinq nouveaux venus (Premium)

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Smart-Grid-IT-SystemsDe nouveaux entrants arrivent dans les smart grids, signe que le marché attire au-delà des pionniers. Mais entre les groupes des télécoms et de l’énergie, les intégrateurs et les spécialistes de l’ingénierie, sans compter les start-up lancées depuis plusieurs années, où se positionner ? Comment naviguer sur un marché aussi vaste que protéiforme ? Exemples à l’appui, GreenUnivers décrypte les stratégies des nouveaux-venus.

C’est le cinquième volet de notre dossier sur les réseaux électriques intelligents (*), après les tendances du marché, la complexité de la chaîne de valeur, les enjeux de rentabilité, et la montée en puissance des quelques start-up pionnières. Ce nouvel opus passe au crible ...

cinq entreprises arrivées sur le marché depuis 2010.

1 – SmartSide : Cibler des niches

SmartSide

Date de création : 2011

Localité : Paris

Effectif : 8 personnes

CA estimé 2014 : 850 000 €

Fondateurs : Yann Mouchel, Romain Vacher, Elie Zgheib, David Dhénaux.

SmartSide cherche à s’appuyer sur une bonne maîtrise de son environnement concurrentiel pour faire la différence : « Nous visons dans un premier temps les 5% de fournisseurs d’électricité indépendants en France, afin de leur proposer d’assurer la communication entre les compteurs communicants de leurs clients et leurs systèmes d’information », explique Yann Mouchel, co-fondateur et directeur des opérations de l’entreprise.

Concrètement, l’interface logicielle développée par les 4 jeunes fondateurs permet d’assurer des services comme la facturation, l’automatisation des opérations à distance, la gestion et la maintenance du matériel communicant ou encore la supervision de la consommation en temps réel et la génération de statistiques.

Une offre personnalisée

« Une fois notre modèle économique éprouvé au niveau français, nous visons des marchés internationaux notamment en Suisse, Belgique, Allemagne et Autriche, où les marchés de distribution de l’électricité sont très fragmentés, ce qui nous permettra de nous y installer progressivement », affirme Yann Mouchel. Adaptée à un marché où des compteurs intelligents sont déjà déployés, l’offre de SmartSide mise sur une approche personnalisée : « Nous ne développons pas de modèle clone de notre solution. Grâce à la méthode Agile, nous collaborons en permanence avec nos clients pour être au plus près de leurs besoins », explique le dirigeant.

Des fondateurs issus des télécoms

Trois des quatre fondateurs sont issus de Télécoms ParisTech, l’école d’ingénieurs spécialisée dans les télécoms, et ont travaillé pour des opérateurs d’énergie (EDF, GRDF et ERDF). Un passé idéal pour attaquer le monde des smart grids. « Grâce aux projets sur lesquels nous avons travaillé lorsque nous étions salariés chez de grands énergéticiens français, nous avons acquis des compétences et une vision du marché que nous mettons en œuvre aujourd’hui », note Yann Mouchel.

Crédits : SmartSide
Crédits : SmartSide

2 – Qualisteo : Etre compétitif

Qualisteo

Date de création : 2010

Localisation : Nice

Effectif : 10 personnes

CA : NC

Fondateur : Jean-Christophe Robillard

Qualisteo cherche à se différencier des solutions proposées par de grands équipementiers de l’énergie, comme Schneider Electric. Son maître mot est compétitivité sur le marché des audits énergétiques et du conseil. Pour mesurer les consommations des équipements de bâtiments tertiaires ou industriels, il faut souvent un dispositif de sous-comptage qui se matérialise par un boîtier de mesure par équipement. Qualisteo propose un boîtier unique afin de réduire le coût d’un audit, qui varie entre 5 000 et 20 000 € en fonction du site et de la demande. Une solution exportable que l’entreprise diffuse déjà à l’international auprès d’une dizaine de clients.

Un boîtier unique

« Grâce à l’algorithme que nous avons développé pendant plus d’un an, nous pouvons avec un seul boîtier connecté près du compteur électrique (voir schéma ci-dessous) déterminer à quel type d’appareil correspond une consommation électrique et si celle-ci est optimale ou non », explique Nicolas Dard, ingénieur chargé d’affaires chez Qualisteo. L’entreprise a été fondée par Jean-Christophe Robillard, après une expérience d’une vingtaine d’années dans l’industrie high-tech nord-américaine.

Deux types de services

La solution de Qualisteo, dénommée Wattseeker, permet d’offrir 2 types de service : un audit ponctuel (entre 2 et 4 semaines) et un audit permanent. « En fonction du profil de nos clients, dont les factures annuelles atteignent au minimum 20 000 à 30 000 €, nous adaptons notre service en axant notre analyse sur l’élaboration de propositions « gratuites » c’est-à-dire surtout de la re-programmation et de l’optimisation », ajoute Nicolas Dard.

Crédits : Qualisteo / Wattseeker
Crédits : Qualisteo / Wattseeker

3 – GreenPriz : Viser l’autonomie et la simplicité

GreenPriz

Date de création : 2011

Localité : La Colle sur Loup

Effectif : 4 personnes (2015 : 12 employés)

CA estimé 2014 : 2 M€ (2017 : 10 M€)

Fondateur et PDG : Eric Sgarroni

« GreenPriz compte se démarquer en proposant des produits moins chers que les automates GTB [gestion technique du bâtiment], moins complexes que les systèmes connectés à internet et plus adaptés aux environnements tertiaires, grâce à une gamme complète de produits, à la différence des modèles monoproduits de nos concurrents », lâche clairement Eric Sgarroni, fondateur et PDG de l’entreprise. Sur son marché, les concurrents sont des sociétés comme le suisse Geroco et son pack Ecowizz ou encore le néerlandais Plugwise, partenaire du groupe Legrand.

« Le principe est simple : après une configuration initiale, un système de boîtier maître doté d’un logiciel embarqué communique, en autonomie et sans connexion internet nécessaire, avec des modules esclaves (multiprises, prises murales, etc.) afin de rationaliser la consommation électrique, explique le dirigeant. Grâce à notre solution, pas besoin d’abonnement, de site web ou encore d’appareils en veille pour faire du monitoring ».

Un réseau de distribution à portée de main

Issu du monde de l’informatique de gros, Eric Sgarroni compte s’appuyer sur son ancien réseau commercial formé par des grossistes en matériel informatique : « Nos produits seront diffusés sur le réseau de distribution informatique Ingram Micro mais également grâce à des distributeurs locaux comme Balitrand en région Paca ». La commercialisation est prévue pour septembre-octobre 2013. Il faudra compter en moyenne 300 € pour un boîtier maître et environ 60 € pour un module avec un objectif médian de 25% d’économies d’énergie.

Levée de fonds

Pour financer son développement industriel et commercial, la société a ouvert son capital avec un apport de plus de 130 000 € émanant d’investisseurs privés. Et elle cherche 300 000 à 500 000 € supplémentaires. Un tour de table qu’elle espère boucler d’ici le troisième trimestre 2013. GreenPriz compte exporter dès 2014 ses produits grâce à des contacts avancés avec Bachmann GmbH, une entreprise spécialisée dans l’électronique, dans les pays germanophones (Allemagne, Autriche, Suisse). En ligne de mire également, des pays comme la Russie, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

greenpriz
Crédits : GreenPriz

4 – Qos Energy : Attaquer plusieurs fronts

Qos Energy

Date de création : 2010

Localité : La Chapelle sur Erdre (Loire-Atlantique)

Effectif : 12 personnes

CA estimé 2013 : 750 000 €

Directeur général : Jean-Yves Bellet

Conceptrice d’une plateforme de gestion de la performance énergétique, Qos Energy n’est pas une start-up créée ex nihilo mais une filiale lancée en 2010 par le groupe Astelia, créé en 2001. L’entreprise, dont l’acronyme signifie « Quality of service », propose une solution logicielle de monitoring appelée Qantum. Elle s’appuie sur l’expertise dans les télécoms de sa société soeur Qos Telecom.

Diversifier ses positions

Pour être moins exposée sur un marché très concurrentiel, Qos Energy multiplie ses positions : « Nous sommes présents sur trois segments de marché, le bâtiment, les EnR et le smart metering, et nous disposons de compétences et de portefeuilles clients variés », explique Jean-Yves Bellet, directeur général de l’entreprise. Son marché est formé principalement par des bureaux d’études dans le bâtiment et d’exploitants de centrales EnR. La société vise par ailleurs des partenariats avec de grands consortiums dont l’identité est encore confidentielle.

Via la plateforme internet de Qos Energy, les clients peuvent surveiller leur consommation ou leur production d’électricité et l’optimiser. Le modèle économique de la société est basé sur un système d’abonnement de 3 années en moyenne, une période sur laquelle elle loue sa solution logicielle. Une manière de fidéliser son portefeuille clients et de sécuriser des recettes récurrentes.

Un environnement concurrentiel dense

« Sur le secteur des EnR, nous sommes en concurrence avec des belges comme 3E et des allemands comme MeteoControl », souligne le dirigeant. En octobre 2012, l’entreprise s’est associée avec le français Metnext, spécialiste des prévisions météorologiques. Sur le front du smart grid et du bâtiment, ses concurrents sont des entreprises comme Ubigreen (une start-up de Haute-Garonne), Dapesco (une PME belge) et surtout le français Actility qu’elle surveille de près. Qos Energy s’est aussi trouvé un allié sur ce segment avec la société francilienne Greengest, un intégrateur de solutions de gestion énergétique.

Une quarantaine de clients

En trois ans, l’entreprise a accumulé de sérieuses références : « Sur la quarantaine de clients que nous avons, il y a de grands industriels comme HomeRider System, une filiale de Veolia [qui conçoit et déploie des réseaux radio pour les applications environnementales et énergétiques]ou encore Quille Construction, une filiale de Bouygues », précise le dirigeant.

Impressions d'écran - Plateforme Qantum
Impressions d’écran – Plateforme Qantum (cliquez pour agrandir)

5 – Avob : Utiliser son ingénierie en informatique

Avob

Date de création : 2009

Localité : Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)

Effectif : 20 personnes

CA : NC

Co-fondateur et Président : Pierre Duchesne

Avob (Alternative Vision Of Business) est née en 2009, se positionnant pour lutter contre le gaspillage énergétique des parcs informatiques, grâce à un logiciel capable d’optimiser la consommation électrique en fonction de l’utilisation réelle. Son lancement sur les réseaux électriques intelligents s’est fait plus récemment, en 2012, via un partenariat avec Cofely Ineo (GDF Suez). Une diversification majeure qui s’appuie sur son expertise en ingénierie informatique, où son logiciel anti-gaspillage tient la dragée haute à des acteurs d’envergure mondiale comme les anglo-saxons Verdiem et 1E.

Sur le smart grid, Avob se place sur la gestion et l’optimisation énergétique des bâtiments tertiaires (informatique, éclairage, chauffage, climatisation, ventilation, etc.). Avec une plateforme logicielle et un capteur multifonctions – une petite station météo énergétique –  à installer dans les différentes pièces d’un immeuble, l’entreprise propose une offre en marque blanche pour gérer 100% de la facture d’énergie des bâtiments tertiaires (smart building). Sa solution réinvente les systèmes de GTB (gestion technique du bâtiment), de manière simple et à un coût compétitif.

L’entreprise a déjà bouclé trois tours de table cumulant 3 M€, dont le dernier en septembre 2012 auprès du fonds d’investissement CapHorn Invest. Et début 2013, elle a officialisé un accord commercial avec Toshiba.

Avob
Crédits : Avob

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(*) Entreprises consultées entre le 4 et 24 juin 2013 : Actility, Alstom Grid, Avob, Capgemini, Embix, Eveler, Freescale, Greengest, GreenPriz, Grid Pocket, Home Technology, Ijenko, Kerling, Ondeo Systems, Qualisteo, QosEnergy, Schneider Electric, SmartSide.