La transition énergétique à la française ? Oui, mais pas trop vite (Rapport)

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A trois jours de la Conférence environnementale voulue par François Hollande et censée préparer le débat sur la transition énergétique à la française, le Centre d’analyse stratégique (CAS) publie aujourd’hui trois notes sur ces questions, à prendre comme une piqûre de rappel avant la grand-messe de ces 14 et 15 septembre.

Si le CAS insiste sur la nécessité de réduire rapidement la dépendance de la France au pétrole et de favoriser la transition énergétique, il tire un bilan plutôt mitigé du mouvement radical entamé en Allemagne depuis 2011.

Pétrole trop cher

La France ferait bien d’alléger rapidement sa consommation de pétrole, sinon c’est son porte-monnaie qui pourrait s’alléger, et de beaucoup. C’est en substance la conclusion de l’une des notes d’analyse publiées par le CAS, intitulée « Vers des prix du pétrole durablement élevés et de plus en plus volatils ». « Les prix du pétrole ont été multipliés par quatre en dix ans et tout porte à croire qu’ils resteront durablement élevés à l’avenir », a rappelé Vincent Chriqui, directeur général du CAS, lors d’une conférence de presse. En 2011, la courbe des prix a atteint des records historiques (en moyenne 111$ le baril pour le Brent). En France, la facture annuelle, qui s’est élevée à 49 milliards d’euros, sonne comme un avertissement.

Pour le CAS, la transition énergétique devrait concerner en premier lieu les transports, dépendant à 94% des produits pétroliers. Parmi les pistes évoquées : l’efficacité énergétique, notamment par l’amélioration des moteurs thermiques, le développement des biocarburants de deuxième et troisième générations ou encore les batteries pour véhicules électriques ou hybrides.

Le modèle allemand trop risqué ?

En termes de transition énergétique, le CAS a jeté un œil chez le voisin allemand en pleine mutation mais l’ « Energiewende » rencontre une appréciation plutôt mitigée. La note au titre provocateur, « La transition énergétique allemande est-elle soutenable ? », insiste notamment sur le coût d’une politique aussi radicale, tant pour l’État que pour les consommateurs.

Le double objectif poursuivi par l’Allemagne – sortir du nucléaire avant 2022 tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 80% d’ici à 2050 – risque en effet de coûter très cher. Le remplacement des 17 tranches nucléaires allemandes devrait atteindre, à lui seul, entre 200 et 400 milliards d’euros selon les estimations. Or, son financement est majoritairement assuré par une taxation sur le prix de l’électricité qui repose sur les consommateurs domestiques. En 2011, le consommateur allemand a payé sur sa facture d’électricité un surplus d’environ 8 milliards lié au seul photovoltaïque, ce qui pose la question de la montée de la précarité énergétique.

A plus long terme, le CAS souligne que la réussite de l’ « Energiewende » ne pourra se faire sans un certain nombre de ruptures technologiques, concernant le stockage de l’électricité notamment. Mais en cas de succès, le pays bénéficiera d’une avance non négligeable dans le domaine des énergies renouvelables et sera en position de force pour vendre ses technologies. Un pari ambitieux et risqué, que la France ne semble pas prête à engager tout de suite.

Pour aller plus loin : les trois notes d’analyse du CAS :

De Durban à Doha : l’Europe doit confirmer son retour dans les négociations climatiques

Vers des prix du pétrole durablement élevés et de plus en plus volatils

La transition énergétique allemande est-elle soutenable ?