Dossier EnR en Europe centrale (3) : opportunités réduites en République tchèque (Premium)

Print Friendly, PDF & Email
Copyright NuclearVacuum

Suite de notre dossier sur les énergies renouvelables en Europe centrale. Après la Pologne et la Bulgarie, GreenUnivers présente un troisième volet sur la République Tchèque. Cet article a été réalisé avec l’aide du Bureau Ubifrance de Prague.

Après une euphorie en 2008-2010, le marché tchèque des énergies renouvelables fait grise mise, le président Vaclav Klaus boudant les énergies vertes. Pour preuve : aucun programme thématique répondant aux enjeux de l’environnement n’est prévu pour la prochaine période budgétaire 2014-2020 ! Seule la production de chaleur s’en sort bien et peut attirer des investisseurs étrangers.

En 2011, ...

le solaire et l’éolien tchèque ont connu une véritable famine, avec respectivement seulement 6,2 MW et 2 MW de nouvelles installations. La croissance solaire du pays a été stoppée nette en 2010 et les installations dans ce secteur ne devraient pas dépasser 2,22 GW en 2021, selon le Business monitor international (BMI).

Seule la production de chaleur est encore soutenue dans le pays, constituant un marché de niche pour les investisseurs français intéressés.

Biomasse et hydroélectricité rescapées de la vague anti-EnR

En République tchèque, les EnR ne sont plus soutenues depuis 2010. Après 3 ans de « sur-subventionnement » de l’énergie solaire, le gouvernement a décidé de ne plus financer les nouvelles installations, dont le prix jugé « exagérément important » se répercutait sur la facture du consommateur. La filière EnR n’est donc plus très populaire dans le pays sauf pour deux rescapés : la biomasse et l’hydroélectricité. Ces énergies bénéficient en effet encore de plusieurs avantages, au niveau de l’obtention des autorisations, des permis de construire et d’exploitation et de fonds européens (programmes régionaux).

Sans soutien politique, les EnR ont peu d’avenir

Les EnR n’ont pas énormément d’avenir sans aide de l’administration et des grandes institutions locales. Le président de la République, Vaclav Klaus, y est farouchement opposé et leur préfère largement l’énergie nucléaire.

« Il n’y a malheureusement aucune politique publique mise en œuvre pour soutenir les EnR » explique Ewen Extier, chef de pôle Industrie, transport, infrastructure du bureau Ubifrance à Prague. Et selon les prédictions du ministère du Développement régional, aucun programme suivant la thématique « environnement » n’est prévu pour la prochaine période budgétaire (fonds européens, 2014-2020).

« Seule la production de chaleur soutenue par l’Etat a un avenir », poursuit Ewen Extier. La production de 3% en 2010 pourrait atteindre 20-22% en 2035 avec un développement de la biomasse et de la géothermie.

Selon Ubifrance, la politique de valorisation énergétique des déchets, qui encourage la construction d’incinérateurs dans chaque région pour générer de la chaleur à partir de la crémation de déchets, représente une niche pouvant attirer des entreprises françaises. Dalkia, filiale de Veolia Environnement et EDF, et n°1 de la valorisation de la bagasse (résidu de la canne à sucre), est notamment associé à certains projets.

Des tarifs d’achat solaire à la peine depuis 2012

Côté solaire, les tarifs d’achat sont intéressants seulement pour les centrales installées avant la fin de 2010 : l’année du boom photovoltaïque. Ils augmentent chaque année. En 2011, ils ont atteint 12,5 CZK/kWh (0,51 €) pour les centrales en dessous de 30 kW et 12,4 CZK/kWh (0,50 €) pour les centrales au dessus de 30 kW. En 2012, ces prix ont augmenté respectivement à 12,75 CZK/kWh (0,52 €) et 12,64 CZK/kWh (0,52 €).

Le tarif d’achat le plus élevé – 14,96 CZK/kWh (0,61 €) – concerne les centrales installées entre 2006 et 2007.

Après 2012, en revanche, les tarifs sont beaucoup moins attractifs. Seules les centrales de puissance inférieure à 30 kW sont subventionnées et le prix de l’électricité est 6,16 CZK/kWh (0,25 €).

Selon l’Epia (association européenne de l’industrie photovoltaïque), le marché pourrait encore repartir sur le segment des toitures solaires résidentielles, qui sont mieux tolérées par les consommateurs et n’encombrent pas trop le réseau de transmission les jours de fort ensoleillement ou de creux de consommation.

2011 : une hécatombe pour le solaire et l’éolien

Côté solaire, malgré un potentiel de 4 GW à l’horizon 2020, le pays n’a atteint que 1 959 MW en 2011, soit seulement  6,2 MW de nouvelles installations contre 1,5 GW en 2010. Selon l’Epia, « après deux ans très dynamiques, le marché photovoltaïque tchèque était moribond en 2011 ». Pour atteindre son potentiel, la République tchèque devrait, chaque année, installer 227 MW supplémentaires. Pour l’instant, les acteurs du solaire sont encore loin du compte.

Et le score n’est pas plus glorieux concernant l’éolien. La République tchèque a installé 2 MW supplémentaires au cours de 2011, selon l’Ewea (European wind energy association). Le pays détient maintenant 217 MW soit 0,7 % de sa production d’électricité globale.

En cause : les exploitants du réseau électrique tchèque qui ont interrompu les raccordements (solaire et éolien) depuis février 2010, annonçant que la limite du réseau était presque atteinte. A partir de 2012, le réseau n’est plus gelé, mais l’opérateur tchèque du réseau à haute tension, CEPS, a imposé une limite de 65 MW de nouvelles installations solaires et éoliennes en 2012, et les nouveaux projets sont évalués au cas par cas.

16% d’EnR… d’ici 2040

La production d’électricité à partir d’EnR représentait 6,5% de production totale en 2010, elle doit atteindre 15 à 16% d’ici à 2040. La part du photovoltaïque y sera faible et le développement des installations solaires ne sera imputable qu’aux installations privées financées par des particuliers. L’hydroélectricité conservera une part stable.

Côté solaire, la capacité installée doit croître annuellement de 1,25% entre 2012 et 2021, selon le Business Monitor International (BMI). Entre 2010 et 2016, elle doit progresser de 1,9 GW à 2,09 GW pour enfin atteindre 2,22 GW en 2021, représentant 1,53% de la production globale d’énergie du pays.

Dans l’éolien, la République tchèque atteindrait 1,5 GW d’installations en 2020, selon la Czech Wind Energy Association. D’ici là, en 2016, les capacités installées doivent atteindre 450 MW.

Pour la biomasse et la valorisation de déchets, BMI prévoit 2,24 TWh en 2016 et 2,41 TWh en 2021 soit une croissance de 1,5% par an environ. En 2010, la biomasse représentait 70% de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables (hors hydroéléctricité), une part qui tomberait à 57,15% en 2016.

CEZ cherche des opportunités à l’étranger

L’électricien national CEZ, plus grande entreprise du pays, détenue majoritairement par l’Etat, n’investit plus dans les EnR. Aujourd’hui, CEZ ne produit que 2% d’énergie d’origine renouvelable alors que l’objectif en 2011 était déjà de 8%.

En République tchèque, CEZ possède 2 fermes éoliennes (5MW) et une photovoltaïque (10 MW, à Trnavka), mais également 35 centrales hydrauliques.

Depuis 2011, son objectif est de porter sa part d’énergie éolienne à 3 GW de puissance installée en Europe centrale en 2016. Ce programme ne peut reposer sur une croissance en République tchèque seulement, compte-tenu de son environnement défavorable. CEZ développe donc des projets de parcs éoliens ailleurs en Europe : en Roumanie et en Bulgarie.

  • La Roumanie constitue la locomotive de CEZ. L’électricien a installé 300 MW sur la côte est (Fontanele – Cogealac) et doit en installer 300 autres à la fin de 2012. Il a investi 1,1 Md€ dans le projet de Dobrogea, plus grande ferme en Europe, 1,5 GW.
  • En Pologne, CEZ est déjà implanté dans la biomasse et développe actuellement des projets éoliens. Il a racheté en janvier 2012, 67% du polonais Eco-Wind Construction, soit environ 24 projets de fermes éoliennes d’une puissance totale de 889 MW.

Conditions d’accueil pour les entreprises françaises

En complément d’Ubifrance, Czech Invest et de nombreux cabinets de conseils privés proposent des prestations d’accompagnement. Czech Invest est en charge de l’installation et des investissements des entreprises en République tchèque.

Les conditions d’accueil et d’accompagnement sont très bonnes. Il n’existe pas vraiment de frein à l’installation d’entreprises étrangères, notamment françaises. L’accès aux appels d’offres publics est difficile à cause de la langue et du manque de transparence. Les avantages dépendent du secteur : Ubifrance (focus : étude de marché, test sur offre, prospection, détection des réseaux porteurs et accompagnement sectoriel) et Czech Invest (Focus : possibilité d’aides, subventions et financement local) travaillent ensemble pour favoriser les implantations.

Contacts utiles :

Ubifrance : Ewen Extier, chef de pôle Industrie, transport, infrastructure (tél : +420 234 711 835)

Service économique : Benoît Lemonnier, relations institutionnelles secteur transport, infrastructure et énergies,

Clusters :

Solartec (solaire)

Envicrack (dirigé par M. Petr Nemeth).