Conférence environnementale (3) : que veulent les entreprises du green business ?

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Voici le troisième volet de notre enquête sur les attentes des professionnels à la veille de la conférence environnementale voulue par François Hollande, qui démarre vendredi 14 septembre à Paris. Que faut-il attendre de cette grand-messe qui s’ouvrira par un discours du Président de la République et se terminera par une intervention du Premier ministre ?

Voici les avis d’entrepreneurs du secteur : le groupe d’ingénierie Technip , le producteur d’énergies renouvelables Neoen ainsi que CertiNergy, spécialiste des certificats d’économie d’énergie :

Stéphane His, vice-président Renewable Energies de Technip, groupe d’ingénierie actif sur les énergies renouvelables et la chimie verte

« Ouvrir un véritable débat sur l’énergie »

« Pour Technip, les enjeux de cette conférence sur l’environnement se situent surtout sur la partie « énergie ». Cet événement ouvre de fait le débat sur la transition énergétique. Tout d’abord, ce que j’espère c’est que la réflexion menée sur cette transition énergétique ne traitera pas uniquement de la question nucléaire, comme c’est parfois le cas en France. Les débats autour de l’énergie nucléaire sont bien entendu légitimes mais n’oublions pas que cette forme d’énergie n’est pas dominante au niveau national : elle ne représente qu’un peu moins de 20 % de la consommation finale d’énergie.

En second lieu, Technip a développé depuis maintenant presque deux ans une stratégie ambitieuse de développement dans l’éolien offshore. En conséquence, nous espérons que l’effort fait sur le premier appel d’offres français sera renforcé par un second, voir un troisième appel d’offres qui permettra d’atteindre l’objectif des 6 GW d’éolien en mer prévus en 2020.

Enfin, ce débat sur la transition énergétique devrait également, de manière presque paradoxale compte-tenu de l’intitulé même de l’événement, ouvrir la discussion sur la production d’hydrocarbures sur le sol national (gaz de schistes, offshore profond en Guyane, révision du code minier). Ce dernier sujet a longtemps été absent des débats sur l’énergie en France car jugé, à raison, non-pertinent. Il s’agira donc, en quelque sorte, d’une première ! »

Xavier Barbaro, président directeur général de Neoen, producteur d’énergies à partir de sources renouvelables (filiale à 40% de Direct Energie) :

« Encourager et valoriser les entreprises qui s’engagent sur le long terme »

« En tant qu’acteur indépendant sur les énergies renouvelables, nous fondons beaucoup d’espoir sur les mesures concernant l’énergie et la transition énergétique. Parmi les mesures prioritaires à engager, trois nous semblent particulièrement importantes :

1. La régionalisation des tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque :

L’énergie solaire gagnerait beaucoup à être mieux décentralisée (plutôt que de se concentrer dans le sud de la France, où elle génère pression foncière et lassitude des populations). Une situation qui participerait ainsi à la fois à l’aménagement du territoire (retombées économiques pour les collectivités locales) et à la sécurisation du réseau électrique (multiples points d’injection de la production, répartis sur tout le territoire).

Par comparaison, un tel dispositif régional ne peut malheureusement pas s’étendre à l’éolien, car chaque département a ses sous-zones propices ou défavorables à l’éolien, et un micro-zonage tarifaire est un exercice impossible.

2. L’obligation pour les porteurs de projets (photovoltaïques, éoliens, biomasse…) de conserver leurs centrales plusieurs années (trois ans minimum) après leur mise en service :

Cette règle mettrait un terme à la spéculation qui a tant nui à l’image du secteur, et qui a tant nui à la qualité-même des projets. Les développeurs auraient désormais à tenir eux-mêmes les engagements qu’ils prennent pour l’instant à la légère auprès des riverains, des collectivités locales, des associations, etc.

3. Un pilotage actif du financement des investissements :

Aujourd’hui, le financement des investissements est un facteur de distorsion de concurrence, et de mauvaise sélectivité des projets.

Les anciens monopoles EDF et GDF ont accès à des financements à coût très bas (obligations, prêts de la Banque Européenne d’Investissement) simplement en raison de leur taille et la stabilité de leurs activités régulées, ce qui conduit à des rentabilités très élevées (indues… ?) des projets portés par ces acteurs. Par ailleurs, des investisseurs étrangers (allemands par exemple) ont accès des financements nationaux très compétitifs, ce qui leur permet de rendre rentables des projets pourtant médiocres qu’il aurait été sain de laisser s’éteindre. Cette situation ne permet donc pas aux meilleurs projets d’émerger, ni aux acteurs les plus dynamiques d’être encouragés.

Une manière de résoudre ce problème pourrait être, par exemple, d’offrir un accès privilégié à des financements de qualité (Banque Publique d’Investissement, Livret A, Banque Européenne d’Investissement…) aux projets lauréats d’appels d’offres nationaux, ou aux entreprises s’engageant à conserver leurs projets à long terme.

Frédéric Utzmann, fondateur et président de CertiNergy, spécialiste des certificats d’économie d’énergie (26 M€ de CA, 120 salariés) :

« Agir sur les gisements dans les économies d’énergie »

« Comme beaucoup d’entrepreneurs du Green Business, je fonde de grands espoirs sur la conférence qui démarre. Je ne crois pas qu’elle débouchera immédiatement sur des mesures concrètes, mais plutôt à ce qu’elle marquera le début d’une période de concertation en posant d’abord les questions clés sur lesquelles nous devons, collectivement, trouver des réponses.

Comment rendre acceptable une énergie plus chère?

En effet, le pouvoir politique s’est toujours battu pour contenir le prix des énergies et carburants, et ne sait en expliquer les hausses, surtout celles dues à la CSPE, taxe carbone et autres systèmes de répercussion de coûts environnementaux. Les problèmes de précarité énergétique et de compétitivité doivent être pris en compte et traités, mais ils ne doivent pas masquer la réalité économique du prix de l’énergie.

Economies d’Energie ou Energies Renouvelables : quelles priorités d’actions ?

Force est de constater que les années passées ont plutôt mis en avant les EnR, avant d’en casser la dynamique.

Je vois tous les jours des gisements colossaux d’économies d’énergie très rentables dans le bâtiment ou l’industrie… les premiers 20% de gains de consommation sont faciles à réaliser ! Il me semble que nous devrions commencer en priorité par ce qui est simple et prouvé, avant de s’attaquer au plus complexe ou au plus cher pour la collectivité. Par ailleurs, les EE sont d’abord une industrie de services de proximité et donc plus fortement génératrice d’emplois.

Comment favoriser l’émergence et assurer une stabilité réglementaire aux PME et start-up de la filière verte ?

Les entrepreneurs de l’économie verte constatent tous les jours les spécifiés de leurs sociétés : des acteurs historiques qui sont des géants, des marchés locaux peu accessibles aux jeunes acteurs, une forte dépendance réglementaire, des besoins de financement importants en BFR ou sur le long terme, une forte accélération de l’innovation aux quatre coins de la planète… J’espère que cette concertation posera les bases d’une réflexion visant à stimuler et accompagner la croissance de nos entreprises. »

Quand au patron de Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar, il a déclaré à l’Usine Nouvelle qu’il « propose que les pouvoirs publics promeuvent le ravalement thermique en le rendant obligatoire. Pourquoi serait-ce moins légitime que la loi Malraux par exemple ? Les pouvoirs publics doivent aussi encourager la rénovation des logements sociaux ». (La loi Malraux a offert un avantage fiscal aux propriétaires d’immeubles anciens qui les louent après restauration)