Conférence environnementale (2) : que veulent les investisseurs du green business ?

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Voici le deuxième volet de notre enquête sur les attentes des professionnels à la veille de la conférence environnementale voulue par François Hollande, qui démarre vendredi 14 septembre à Paris. Que faut-il attendre de cette grand-messe ?

Voici l’avis des financiers spécialisés dans le green business interrogés par GreenUnivers : le Club Cleantech de l’Afic (Association française des investisseurs pour la croissance), le fonds Demeter Partners et l’association de business angels du développement durable DDIDF :

Sophie Paturle, présidente du Club Cleantech de l’Afic (Association française des investisseurs pour la croissance) et associée de Demeter Partners :

« Renforcer le financement des eco-entreprises »

« Nous espérons que la question du financement des PME sera abordée lors de la Conférence environnementale. Les ressources financières en fonds propres sont cruciales pour la croissance. Le capital-investissement est un maillon essentiel de la chaine de financement et contribue déjà largement à la croissance des éco-entreprises françaises. Il leur a apporté plus de 610 M€ de fonds propres entre 2009 et 2011 (*), de l’amorçage au capital développement. Mais il faut aller plus loin en faisant évoluer certains dispositifs, car depuis 3 ans, le capital investissement investi plus qu’il ne lève de fonds. L’épargne réglementée (Livret de développement durable et Livret A) constitue un volant important de fonds privés dont la destination est soit très encadrée, soit sans lien avec le développement durable.

Le Club Cleantech de l’Afic propose qu’une partie de cette épargne puisse être investie dans des fonds de capital-investissement qui contribuent à la croissance verte. Cette proposition s’inscrit dans le cadre d’une mesure figurant au Livre blanc de l’Afic, qui demande que 5% des ressources collectés auprès du public et non affectés permettent de financer les fonds propres des entreprises. Le renouvellement des dispositifs FIP et FCPI participe également au renforcement du financement des éco-industries innovantes. Enfin, nous souhaitons que la future Banque publique de l’investissement travaille avec l’écosystème déjà en place plutôt que d’essayer de créer des équipes et des compétences déjà existantes.

Nous proposons également de créer un partenariat public-privé pour financer la croissance verte. La ressource financière publique est rare et son usage doit être encadré et optimisé : les mécanismes de financement et de soutien publics doivent être orientés vers les endroits ou leur efficacité est maximale tant du point de vue de la gestion que d’éventuels effets de levier. L’intervention des acteurs du capital investissement apporterait un effet de levier sur des fonds publics : pour 1€ d’argent public, 2€ d’argent privé seraient mobilisés et investis. Ceci permettrait de tripler l’impact de la politique publique.

Enfin, l’amélioration de l’accès aux commandes publiques est capitale pour les PME « vertes ». La demande publique arrive bien souvent aux PME en sous-traitance de grands groupes. Nous souhaitons une discrimination positive dans les appels d’offre publics à travers des montants de commandes directes réservés pour les PME. Un pourcentage annuel fixe devrait leur être concédé. »

* : Résultats du Baromètre des levées de fonds du Club Cleantech Afic, réalisé à partir des données de GreenUnivers

 

Stéphanie Savel, présidente de l’association de business angels du développement durable DDIDF :

« Rendre obligatoires les achats de produits et services éco-innovants »

« La transition vers un mode de développement soutenable appelle à agir vite et fort. Trois mesures n’y suffiront pas mais je me livre à l’exercice avec ma « casquette » de présidente d’un réseau d’investisseurs de proximité dans de jeunes et très jeunes entreprises dont le cœur de métier est le développement durable.

Je suis frappée à la fois par le foisonnement des innovations écoresponsables et par l’inertie du marché dans l’adoption de ces produits et services. Dans le contexte socio-économique actuel, c’est un immense gâchis. Face aux enjeux écologiques, c’est un suicide !

Pour inciter à produire et consommer autrement, je suggère que les acteurs de la conférence environnementale agissent résolument dans 3 directions :

  1. Remplacer les subventions publiques par des achats obligatoires de produits et services éco-innovants

Nos jeunes entreprises éco-innovantes ont davantage besoin de clients que de subventions : transférons donc les subventions nationales/régionales/départementales/locales en budgets effectifs affectés à l’achat de produits et services qui contribuent à la transition énergétique, à la protection des ressources naturelles, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, à une meilleure répartition des fruits de la croissance.

2. Propager l’idée d’empreinte écologique via des mesures cohérentes et lisibles

Les réglementations sont nombreuses, parfois contradictoires et manquent souvent de lisibilité. L’idée est ici double : d’abord élaborer et imposer la diffusion d’un indicateur environnemental global et ensuite rendre cohérents et compléter les textes existants par des incitations impactant directement les comportements : étiquetage environnemental, écotaxe sérieuse, systèmes de consignes pour inciter au recyclage…

3. Faciliter la mobilisation de l’épargne des particuliers vers le soutien à la création d’entreprises de l’économie circulaire, de fonctionnalité et de proximité

Les particuliers et épargnants français veulent aujourd’hui donner du sens à leur épargne en soutenant effectivement la création d’entreprises qui contribuent réellement à la transition écologique de l’économie et au développement économique local. Cette aspiration sociale se traduit dans de nouveaux paradigmes : consommation collaborative, crowd funding, épargne solidaire…. Il faut faire évoluer la législation qui bloque ces nouvelles tendances, dès lors qu’elles permettent le financement de la transition écologique de l’économie. »