Avob attaque le smart grid avec le géant Cofely (GDF Suez) (Premium)

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Avob édite des logiciels pour réduire la consommation énergétique des parcs informatiques (green IT). Désormais, la start-up va utiliser l’informatique pour diminuer la consommation d’énergie des bâtiments (IT for green / smart grid). Une diversification stratégique majeure pour la société fondée en 2009, qui s’est taillée un nom sur son premier marché.

Le bâtiment intelligent et connecté, le cofondateur et président d’Avob y pensait depuis fin 2010, alors qu’il nous commentait son premier tour de table. Il sort de l’ombre aujourd’hui en signant un partenariat capital avec Cofely, la filiale de GDF Suez spécialiste des services en efficacité énergétique et environnementaux. Experte en software, Avob innove parallèlement sur le ...

hardware avec la conception d’un capteur multifonctions : « une petite station météo énergétique », note Pierre Duchesne.

Signer des partenariats structurants

Installée à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), la petite équipe d’Avob – une vingtaine de personnes en France, 30 au total – trouve un allié de poids. « Cofely, c’est 24 millions de m2 de bâti tertiaire sous gestion en France, et un leader d’envergure européenne sur le Facility Management« , souligne fièrement Pierre Duchesne. Cofely (3,6 Mds€ de chiffre d’affaires, 14.000 collaborateurs) conçoit, déploie et exploite des solutions permettant aux entreprises et aux collectivités de mieux gérer leur énergie, notamment dans les bâtiments. L’entreprise est une branche de GDF Suez Energie Services, géant des services multitechniques (14,2 Mds€ en 2011).

Le rapprochement concerne la France et n’est pas exclusif. Les deux acteurs ont co-développé une solution taillée pour Cofely. Avob Building (Alternative Vision Of Building) reste propriétaire de sa technologie baptisée Building Energy Viewer et vend en marque blanche son logiciel conçu pour réduire la facture énergétique des bâtiments tertiaires. « Notre objectif est de signer un ou deux gros partenariats par zone géographique. Nous cherchons les leaders de l’énergie pour les transformer en partenaires », commente Pierre Duchesne.

Le marché du tertiaire en priorité

Avec Cofely, Avob s’attaque au marché B2B de la gestion énergétique des bâtiments (Building Energy Management Services ou BEMS). Un marché dont la croissance est attendue autour de 14% par an sur la prochaine décennie, pour atteindre près de 6 milliards de dollars (4,8 Mds€) annuel dans le monde à l’horizon 2020, selon une étude de Pike Research de janvier dernier.

En spécialiste du software, Avob développe un modèle sur le smart grid qui rappelle celui de la start-up Ijenko sur le marché de la gestion énergétique de la maison (Home Energy Management Services ou HEMS). Ijenko a conçu une plateforme logicielle en marque blanche pour Bouygues Telecom, destinée à être commercialisée avec ses box Internet pour les particuliers. L’alliance entre Avob et Cofely suit la même logique : l’alliance entre une jeune société innovante sur une technologie de pointe avec un acteur traditionnel, puissant sur son métier historique. Seule différence : Avob s’est tournée vers un géant de l’énergie, Ijenko vers un géant des télécoms !

Widget utilisateur - Avob Building

Succès sur le green IT

Avob fonctionne déjà dans une logique partenariale sur le green IT, où elle a conçu une gamme logicielle, dite de PC Power Management, capable de moduler la puissance d’un ordinateur, et donc sa consommation d’électricité, en fonction de son utilisation réelle. La société travaille avec le leader mondial de la sécurité informatique McAfee (groupe Intel depuis 2010), dans le cadre d’un accord signé en octobre 2011. McAfee intègre les solutions Avob dans ses offres de gestion et de sécurité et aurait déjà permis au français de sécuriser une dizaine de millions d’euros de recettes à venir.

Résultat sur le green IT : un chiffre d’affaires qui décolle fortement, passant de 300.000 € en 2010 à 1 million en 2011 et 4 à 5 M€ de prévisionnel pour 2012. Une croissance rentable, en ligne avec le business plan présenté il y a un an et demi (10 M€ à l’horizon 2013). Avec une implantation dans une trentaine de pays, dont un bureau aux Etats-Unis, Avob compte comme clients les américains Disney et Pepsi, les français BPCE et Technip ou encore plusieurs collectivités comme la région Bretagne, la Mairie de Clermont-Ferrand ou encore le Conseil Général des Hauts-de-Seine qui a économisé 70% sur la facture énergétique annuelle (313.000 €) de son parc informatique de 6.000 ordinateurs.

En moins de trois ans, Avob est venu concurrencer des acteurs d’envergure mondiale comme les anglo-saxons Verdiem et 1E. Un succès à bon compte au regard des 500.000 € de fonds levés pour l’instant, en deux tours de tables depuis sa création, principalement auprès de business angels. Un troisième round est d’ailleurs programmé.

Réorganisation des activités avec le smart grid

Mais éviter le gaspillage énergétique des ordinateurs n’est pas suffisant pour le petit français, surtout à l’heure où les réseaux informatiques se marient avec les réseaux d’énergie. Sa diversification dans le smart grid est d’ailleurs cohérente avec son activité antérieure. « Notre solution pour les bâtiments est très proche de celle que nous avons développée pour gérer l’énergie des ordinateurs » précise Pierre Duchesne. Un bâtiment n’est pas utilisé en permanence à 100% et son énergie est modulable. Il peut aussi se mettre en « veille » la nuit. Et son bilan énergétique reste étroitement lié aux comportements de ses utilisateurs.

Pour attaquer cette activité, Avob s’est d’abord réorganisée avec la création d’une holding de tête et de deux filiales : Avob IT sur l’informatique verte et Avob Building sur les réseaux électriques intelligents dans le bâtiment. Demain, rien n’empêche l’entreprise de se lancer sur un troisième front mariant énergie et informatique (l’industrie, les énergies renouvelables, etc.). D’ailleurs, la start-up va annoncer dans les prochains jours un produit à destination des data centers, en partenariat étroit avec Intel.

Capteur Avob Building

Du software au hardware

« Nous souhaitons gérer 100% de la facture d’énergie des bâtiments », précise clairement Pierre Duchesne. L’idée est d’avoir une seule console de gestion énergétique dans le bâtiment, connectée à Internet, pour gérer le poste informatique, l’éclairage, le chauffage et le poste climatisation – ventilation. Comme sur le green IT, la méthode est d’abord de mesurer, puis d’agir pour réduire les coûts et l’empreinte environnementale.

Pour mesurer, Avob innove avec la création d’une « sonde USB » à brancher sur l’ordinateur des occupants du bâtiment. Le but est de disposer d’une myriade de sondes afin de réaliser un audit énergétique du bâtiment, puis d’avoir ensuite en continu une transmission d’informations, via Internet, sur l’environnement des occupants et sur leurs consommations. Gros avantage de cette approche : les capteurs se déploient facilement et mettent l’humain au coeur du dispositif.

Tableau de bord centralisé et pilotage

Fabriquée en Suisse, chaque sonde, de la taille d’un boîte d’allumettes, mesure quatre données principales : la température, la luminosité, l’hydrométrie et le taux de CO2. Une cinquième donnée est aussi scrutée : le ressenti du niveau de confort de l’utilisateur, via un widget accessible sur son ordinateur. Chaque occupant peut ainsi préciser s’il a trop froid ou trop chaud par exemple. « Un degré de chauffage en plus représente 7% d’augmentation de la facture énergétique », souligne Pierre Duchesne. Une fois agrégés, les résultats constituent un audit énergétique du bâtiment.

L’ensemble du dispositif est pilotable par le facility manager grâce à un tableau de bord centralisé. Une cartographie est possible en fonction de plusieurs critères. Dans un premier temps, il est possible de réaliser des actions correctives et de faire du préventif. En moyenne, 10% à 15% d’économies d’énergies sont ainsi réalisables simplement grâce aux comportements des utilisateurs. La deuxième phase d’actions est ensuite pro-actives, avec l’idée d’engager une gestion pointue des consommations d’énergie, en fonction de la vie du bâtiment connecté. Mais Avob reste encore discrète sur ce front, même si elle estime entre 20 et 35% les gains d’énergie réalisables grâce à cette politique.