Revue de presse : Nicole Bricq, une fiscaliste pour l’écologie

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« Inattendue », une « surprise », voici la réaction générale de la presse sur la nomination de Nicole Bricq au ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie la semaine dernière. Première femme à avoir occupé le poste de rapporteur général du budget de la Commission des finances du Sénat, sénatrice de Seine-et-Marne, elle était pressentie plutôt au Budget. Elle pourra désormais mettre son expérience fiscale au service de l’environnement. Les médias et les organisations de défense de l’environnement ont plutôt bien accueilli ce choix.

« J’ai quand même de l’expérience sur ces sujets »

« Je suis un peu étonnée. Mais je suis un soldat« , a déclaré Mme Bricq après sa nomination. « J’étais peut-être programmée pour une autre chose », selon des commentaires rapportés par Le Monde. La sénatrice s’est intéressée à l’environnement : elle a rédigé un rapport sur la fiscalité écologique en 1998, s’est investie contre l’exploration du gaz de schiste et signé la motion « Pour un socialisme écologique » au congrès du Parti socialiste en 2008.

La nouvelle ministre explique dans une interview au Telegramme que si être désignée comme ministre du Budget « aurait été sans doute logique (…), le président avait besoin de quelqu’un qui tienne la route et qui respecte le cap fixé sur les dossiers qui sont désormais les miens. J’ai quand même de l’expérience sur ces sujets ».

Les médias y voient un atout. « Enfin, une ministre de l’Écologie qui ne sera pas un alibi pour une vision de l’écologie basée sur les petites fleurs et le patrimoine naturel. Enfin, on peut espérer une politique environnementale qui cherche à concilier les activités humaines et leurs liens avec la planète. Enfin, la volonté de croire que la fiscalité a un rôle crucial à jouer dans les politiques publiques », écrit  TerraEco.

Mediapart rappelle qu’en mars 2011, elle avait déposé une proposition de loi pour interdire l’exploration des gaz de schiste, « elle a aussi rédigé un rapport très critique sur l’évolution des prélèvements obligatoires sous le quinquennat Sarkozy, où elle dénonçait notamment les dépenses fiscales liées à la consommation d’énergies fossiles, dispendieuses et facteurs de dérèglement climatiques. »

« Un gage de sérieux pour l’environnement »

Moins connue du grand public que Cécile Duflot, Nicole Bricq est pourtant « une personnalité respectée au sein du Parti socialiste et au Sénat et proche du président de la République », estime l’avocat spécialisé Arnaud Gossement sur son blog.

Jean-Louis Bal, président du syndicat des énergies renouvelables, SER, s’est dit « très content » du choix de Nicole Bricq . Le SER lui proposera une série de mesures d’urgence, dans l’attente du débat énergétique annoncé pour l’automne: intégrer les énergies renouvelables dans le plan de rénovation des bâtiments, doubler la dotation du Fonds chaleur, stabiliser les coûts pour les producteurs d’électricité renouvelable (raccordement, fiscalité), relancer les filières solaire et éolienne outre-mer … Pour le solaire, le SER réclame à nouveau de doubler le volume cible, aujourd’hui de 450 MW, de l’appel d’offres photovoltaïque, revoir le mécanisme de baisse trimestrielle des tarifs et relever la puissance éligible au tarif d’achat à 250 kW contre 100 kW aujourd’hui.

Le WWF a aussi « salué » cette nomination qui, selon un communiqué, « représente un gage de sérieux et de crédibilité pour mieux intégrer l’environnement au cœur du budget et des politiques publiques ». Même son de cloche chez France Nature Environnement. « Mobilisée contre les gaz de schiste et à la pointe du combat contre les dispositifs fiscaux nuisibles à la biodiversité, Nicole Bricq a la légitimité pour piloter le ministère de l’Ecologie ». De son côté, le directeur général de Greenpeace, Jean-François Julliard, affirme, « ce qui nous intéresse particulièrement dans le profil de Nicole Bricq, c’est son profil de spécialiste des questions financières. (…) Elle va pouvoir faire le lien entre le monde économique et le monde écologique, un lien qui n’est pas souvent fait ».

Libération rappelle les nombreux dossiers qui attendent la nouvelle ministre. Dès la rentrée, elle devra coordonner un « grand débat citoyen sur le mix énergétique français », qui devra durer un an. Les Echos rapellent aussi qu’elle aura  » la lourde tâche de raviver les dossiers « verts » laissés à l’abandon après la censure de la taxe carbone et de résoudre le dossier épineux des prix de l’énergie ». Si le journal économique rappelle sa « longue carrière politique », il souligne qu’elle n’a « qu’une petite expérience gouvernementale : elle a été conseillère technique de Jean-Pierre Chevènement de 1988 à 1990, au ministère de la Défense, puis au cabinet de Ségolène Royal en 1992, au ministère de l’Environnement. »