Nucléaire + EnR, le cocktail énergie du gouvernement britannique

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Doper à la fois le nucléaire et les énergies renouvelables : c’est la solution choisie par le gouvernement britannique pour sécuriser l’approvisionnement en électricité du pays sur les 10 prochaines années. Cette vaste réforme du marché de l’énergie était attendue depuis des mois. Elle intervient outre-Manche dans un contexte énergétique européen plutôt tumultueux, comme en France ou en Allemagne.

Le projet de loi britannique offre un nouveau cadre, qui, espère le gouvernement, devrait pousser les compagnies d’électricité à investir 110 milliards de livres (137 Mds €) dans de nouvelles centrales nucléaires et des parcs éoliens offshore, et dans la rénovation du réseau électrique, afin d’assurer au pays une énergie suffisante tout en réduisant ses émissions de CO2.

La question devient urgente car la moitié des centrales à charbon et cinq des neuf centrales nucléaires du pays doivent fermer dans les 10 ans. De quoi priver la Grande-Bretagne de 20% de sa production d’électricité, alors que la demande est en hausse constante et que le gaz et le pétrole importés deviennent plus cher.

Pas question donc de suivre le choix de l’Allemagne, qui a décidé de bannir le nucléaire d’ici 2022. Le choix du nucléaire fait l’objet d’un certain consensus entre conservateurs et travaillistes, qui s’inquiètent plutôt de la hausse de la facture pour les ménages. Mais il a provoqué la colère des associations de défense de l’environnement pour qui le nucléaire est favorisé par rapport aux EnR.

En France, avec un parc nucléaire couvrant 75% environ des besoins énergétiques, la question n’est pas encore tranchée entre une opposition ou une complémentarité du nucléaire et des énergies renouvelables. Un grand débat national sur la transition énergétique doit être lancé dans les prochains mois par le nouveau gouvernement socialiste et doit aboutir à une loi votée en 2013. Mais François Hollande s’est déjà engagé à réduire la part du nucléaire à 50% du mix énergétique d’ici à 2025. Sa position pourrait être renforcée, ou fragilisée, avec les élections législatives de juin prochain.

Des contrats à long terme pour garantir les prix

Concrètement, le projet de loi britannique, qui ne sera probablement voté que fin 2013, prévoit la mise en place de contrats à long terme pour les producteurs d’énergies renouvelables et pour les opérateurs nucléaires, leur garantissant le prix de l’électricité sur plusieurs dizaines d’années. C’est le schéma contractuel en vigueur aux États-Unis, et qui commence aussi à émerger en France, à l’opposé des tarifs d’achat garantis qui coûtent trop chers aux États.

Il prévoit aussi de récompenser financièrement les compagnies qui s’engageront à démarrer des centrales d’appoint lorsque les énergies renouvelables — notamment les parcs éoliens offshore – s’arrêteront faute de vent.

Le texte vise également à pousser les compagnies à rénover le réseau de transmission électrique (super grid), pour qu’il puisse intégrer les parcs éoliens offshore. Il compte enfin fixer un objectif national de baisse des émissions de CO2.

Le nucléaire britannique fragilisé

Les projets nucléaires en Grande-Bretagne ont reçu un coup d’arrêt en mars dernier lorsque les compagnies d’énergies allemandes E.ON et RWE ont décidé de se retirer de leur joint-venture britannique qui prévoyait de construire deux nouvelles centrales atomiques. Et en septembre, la compagnie britannique SSE a annoncé qu’elle allait quitter une joint-venture dans le nucléaire avec GDF Suez et Iberdrola pour se recentrer sur les renouvelables.

« Nous avons mis en place l’environnement le plus favorable au monde pour les nouvelles centrales nucléaires, mais nous aurons besoin des investissements internationaux et il nous faut donc le cadre réglementaire adéquat », a expliqué le Secrétaire à l’Energie Charles Hendry. Mais RWE a déjà averti que ces propositions risquaient de ne pas suffire à sécuriser les investissements, selon un communiqué du patron de RWE Npower Volker Beckers

Selon une étude de Citigroup, le prix de l’électricité devrait être fixé à 166 livres par MWh (206 €/MWh), trois fois le niveau actuel, pour justifier la dépense nécessaire pour construire un nouveau réacteur, qui coûterait environ 7 Mds de livres (8,7 Mds €).

EDF, premier opérateur de centrales nucléaires en Grande-Bretagne doit bientôt décider de prolonger ou non la durée d’opérations de deux centrales et éventuellement de construire quatre nouveaux réacteurs. L’énergéticien français lorgne aussi sur le développement de fermes éoliennes en mer britannique.

Une hausse des factures de 100 livres par an?

La principale crainte de l’opposition est une forte hausse des factures d’énergie des ménages, qui selon une étude de Deutsche Bank pourraient être quadruplées en 2020 par rapport à 2000, alors que le gouvernement affirme qu’elles seront 4% plus basses que sans cette réforme. Le patronat estime lui que ces propositions ne sont pas encore assez précises tandis que les travaillistes jugent que les Big 6 (les 6 plus grandes compagnies d’énergie) restent trop favorisées.

Le gouvernement estime que d’ici 2030, les factures d’électricité augmenteront d’environ 100 livres par an si sa réforme estappliquée, mais auraient augmenté de 200 livres par an sans cette réforme. Une facture standard passrait ainsi de 573 livres en 2011-2015 à 785 livres en 2026-2030.