Seuls quelques grands groupes gèrent vraiment leur eau

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Seule une toute petite minorité des grands groupes gèrent activement leur consommation d’eau : c’est la conclusion d’une étude (*) présentée par Deloitte sur la gestion de l’eau dans 68 grandes entreprises (surtout françaises) de tous les secteurs (agro-alimentaire, chimie, électricité, industries, services à l’environnement…), à une semaine du 6ème Forum mondial de l’eau à Marseille.

L’étude scrute les démarches volontaires pour réduire les risques liés à la consommation d’eau : physique, règlementaire ou lié à leur réputation. Sur les 68 entreprises du panel, 65 communiquent sur des initiatives menées ponctuellement et des innovations technologiques (95%), 28 formulent des engagements en faveur d’une gestion responsable, et seulement 8 mettent réellement en place des politiques spécifiques de gestion de l’eau.

Conclusion : un désintérêt colossal pour l’eau. Selon une étude Ifop commanditée par la société Hydrelis, en 2011, moins d’un dirigeant interrogé sur deux connaissait l’ordre de grandeur de la facture en eau de sa société. « Les solutions technologiques pour améliorer l’approvisionnement en eau et réduire les besoins sont souvent coûteuses et par conséquent difficiles à justifier sur la seule base du temps de retour sur investissement », explique l’étude.

Mesurer l’empreinte eau

Pourtant, les entreprises souhaitent s’équiper pour gérer de manière plus transparente leur consommation. Une façon de se protéger, chiffres en main, d’éventuels litiges au niveau local, a expliqué Claire Tutenuit, déléguée générale de l’association EpE (Entreprises pour l’environnement). Ces questions se posent en grande majorité en Asie, en Afrique et en Amérique Latine.

Les entreprises disposent aujourd’hui de trois méthodes, proposées par divers organismes internationaux, pour mesurer la contrainte et l’empreinte eau. Le Water Sustainability Tool (de GEMI, Global environmental management initiative) analyse l’entreprise pour fournir ensuite une politique générale à adopter par rapport à l’eau. Le Water Footprinting (du WFN, Water footprint network) calcule le volume total d’eau utilisé pour la production de l’entreprise. Enfin, le Global Water Tool (du WBCSD, World business council for sustainable development) est un inventaire, mis a disposition des entreprises pour vérifier les utilisations en eau sur leurs sites situées en zones de stress hydrique.

Deloitte félicite les bons élèves. Par exemple, Saint-Gobain qui a développé en 2011 une grille d’évaluation pour cartographier l’ensemble de ses risques locaux afin d’établir les exigences minimales futures des sites. Suez Environnement, quant à lui, est en train de mettre au point une méthodologie de calcul de l’empreinte eau pour déterminer notamment combien de mètres cubes d’eau sont nécessaires à la production et l’assainissement d’un mètre cube d’eau.

L’eau comme opportunité de marché

Les entreprises les plus avancées ont donc mis en place une analyse du coût global d’usage de l’eau. C’est le cas de Vallourec qui calcule les coûts complets liés à l’usage de l’eau sur chacun de ses sites. Certaines entreprises travaillent sur le développement de nouvelles technologies. Par exemple, GDF Suez, qui développe des unités de production combinée d’eau dessalée et d’électricité au Moyen-Orient.

Quelques entreprises, en dehors de celles dont l’eau est le coeur de métier, ont détecté des opportunités : Alcatel Lucent utilise ses micro chips dans la gestion intelligente de l’eau des bâtiments, Bouygues pense à bâtir des immeubles intelligents pour le cycle de l’eau, Vinci propose des solutions de mesure de fuites dans les réseaux de distribution de l’eau…

*« L’entreprise et l’eau : vers une gestion responsable », Deloitte/Entreprises pour l’Environnement