Photovoltaïque : les victimes de la crise font de la résistance

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Superwatt

N’ayant plus rien à perdre, de nombreux acteurs de la filière photovoltaïque française, regroupés dans des collectifs (Touche pas à mon panneau solaire ou le plus récent Superwatt) ou de manière individuelle (Franck Le Borgne d’One Network Energies), multiplient les coups d’éclat et les actions coordonnées via les réseaux sociaux pour tenter d’interpeler les pouvoirs publics. Grève de la faim, manifestations, flashmob, lettre ouvertes… la mobilisation s’amplifie à quelques jours de l’ouverture d’Energaïa, le salon international des énergies renouvelables, à Montpellier et sur fond de débat politique sur le futur énergétique de la France.

Le moratoire du 9 décembre 2010 a porté un coup brutal à l’industrie photovoltaïque française. Et la nouvelle réglementation n’a pas arrangé la situation. De nombreuses jeunes sociétés ont fait faillite : Aehlios, Atlasol, Source Solaire ou encore SunGlad. D’autres sont en redressement judiciaire, comme Sun’R ou Photowatt, ancien fleuron du solaire « made in France » dont les salariés redoutent la disparition.

Lutter contre l’indifférence par la sympathie

« Photowatt a été mis en redressement judiciaire dans le silence et l’indifférence totale », explique Julien Hostache, salarié de la société et membre du collectif Superwatt, à GreenUnivers. Certains salariés ont décidé de constituer une association apolitique et ouverte à tous ceux qui veulent défendre la filière photovoltaïque. Leur objectif est double : sauver Photowatt et sensibiliser le public sur la destruction de ce secteur.

« Nous souhaitons faire parler de nous, inspirer la sympathie et en finir avec les mensonges sur notre filière », poursuit Julien Hostache. Le collectif a trouvé un symbole, Superwatt, « un héros envoyé directement depuis la planète EN-R par son père Dave Lopemendurable ». Le collectif organise pour ce premier week-end de décembre deux flashmobs : samedi dans le centre ville de Bourgoin-Jallieu (Isère) et dimanche à Lyon, si la météo le permet.

Le collectif a par ailleurs obtenu un premier succès symbolique mardi dernier : Xavier Bertrand, ministre du Travail et de l’Emploi, est venu sur place suite à une demande des salariés. « On a réussi à sensibiliser quelqu’un qui occupe une place prépondérante. Il a posé beaucoup de questions, il voulait vraiment connaître et comprendre notre situation », précise le salarié. Le collectif souhaite multiplier les visites de personnalités pour augmenter sa visibilité et profiter d’un calendrier politique favorable. « Les candidats à la présidentielle ne peuvent pas ignorer la situation de Photowatt et de la filière solaire en général, cela fait partie de l’avenir énergétique de notre pays ».

Grève de la faim et lettres ouvertes

Les actions de Frank Le Borgne sont moins collectives mais tout aussi désespérées. En juillet, le gérant d’One Network Energies (Ploemeur, Morbihan) commence une grève de la faim et s’installe sur le site de Saint-Alouestre (Morbihan) où sa société a réalisé un investissement de 1,5 million d’euros pour un projet photovoltaïque qui ne sera jamais raccordé au réseau.

Sa dernière action en date est une lettre ouverte à la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, intitulée « Acte de décès » et publiée en début de semaine après l’annonce de la liquidation judiciaire de sa société (dont l’activité peut continuer  jusqu’au 16 décembre). Dans sa lettre, le dirigeant breton dénonce les actions du gouvernement qui, selon lui, savait, des mois avant le moratoire, que celui-ci serait nécessaire et a tout de même permis la création de sociétés dont l’avenir était déjà compromis.

« Quoiqu’il en soit, de part vos actes déloyaux et scandaleux, dépourvus de toute morale et d’honnêteté, de part vos mensonges et discrédits portés à l’encontre de la filière photovoltaïque auprès de l’ensemble des Français depuis maintenant 18 mois, nous sommes maintenant des centaines de chefs d’entreprises et de salariés à avoir un peu de temps libre et pour cause, vous avez pulvérisé nos outils de travail et l’ensemble de nos investissements humains et financiers », écrit-il.

Enjeu pour la présidentielle

« Cette année, après la catastrophe nucléaire de Fukushima, on doit se poser les bonnes questions. Notre politique énergétique doit être tournée vers l’avenir, vers les énergies renouvelables et les candidats à la présidentielle doivent se saisir de cette question », insiste de son côté Julien Hostache.

François Hollande a déjà clarifié sa position. Sans souhaiter une sortie totale du nucléaire comme Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie les Verts (EELV), il annonce, dans un billet publié par Le Monde, « un scénario volontariste et pragmatique. Il consiste à réduire à l’horizon 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% et à faire monter celle des énergies renouvelables, tout en maîtrisant notre consommation ».

Nicolas Sarkozy, probable candidat UMP, soutient le développement des énergies renouvelables « complémentaires » au nucléaire, qui, a rappelé il y a quelques jours le président, est source d’emplois et permet au pays de profiter d’un prix bas pour l’énergie. Lors de sa visite au site nucléaire du Tricastin (Drôme), il a expliqué sa vision du mix énergétique futur du pays.  « Au demeurant, ceux qui promettent le remplacement du nucléaire par des énergies renouvelables, mentent, ils mentent aux Français. (…) Le développement des énergies renouvelables ne peut et ne doit se faire qu’à un rythme soutenable. En somme, à contrario des objectifs idéologiques. Notre objectif est de développer les renouvelables. Cette stratégie implique de conforter la filière nucléaire et de développer la filière renouvelable ».