Panneaux solaires : marche arrière toute !

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Les leaders mondiaux du solaire – les chinois Suntech et JA Solar et l’américain First Solar — freinent tous leur expansion, renversant la vapeur après plusieurs années de course effrénée aux nouvelles usines. Les prix des panneaux ont baissé si vite que même les plus gros fabricants ne résistent plus à la fonte de leurs marges, alors que la demande et les subventions chutent en Europe, leur principal marché.

De grands acteurs européens ont déjà pris des décisions en ce sens : les allemands Conergy, Solarworld et Solon, et plus encore le norvégien REC, ont fermé des usines. En France, un groupe comme Photowatt est en sursis.

Il n’est que temps : l’institut IMS Research a révélé cette semaine que la capacité mondiale de production de panneaux PV est désormais deux fois supérieure à la demande. Elle atteindra fin 2011 environ 50 GW, pour une demande mondiale estimée cette année à 23 GW.

Recul en Chine

Les géants JA Solar et Suntech vont tous deux ralentir leur production afin d’écouler leurs stocks, rapporte Reuters. Ils n’ont visiblement plus l’espoir, jusqu’ici affiché, d’un rebond de la demande mondiale au 4ème trimestre.

Le directeur commercial de Suntech, Andrew Beebe, a expliqué que le groupe ne voulait plus augmenter sa capacité de production, qui se situe au premier rang mondial avec 2,2 GW, et il a prédit que « dans les deux prochains trimestres beaucoup de sociétés cesseront d’accroître leur capacité de production ».

« Nous ralentissons le rythme d’expansion car nous estimons avoir suffisamment de capacité pour répondre à la demande », a commenté de son côté le vice-président de JA Solar Liu Yong en marge d’une conférence.

Chez les plus grands fabricants, le taux d’utilisation de certaines usines a été ramené à 75%, et chez les acteurs de taille moyenne, ce taux est tombé sous les 50% et beaucoup de petites sociétés chinoises ont fait faillite.

« Les prix baissent, nous subissons trop de pertes. Tous les acteurs du secteur y perdent », a admis JianHua Zhao, directeur technique du groupe chinois Sunergy. « Si les conditions de marché empirent, nous pourrions devoir réviser nos plans ».

Les analystes s’attendent à un 4ème trimestre plus mauvais que prévu, voire pire que le 3ème, entraînant un ralentissement plus marqué de la production, avec une révision à la baisse des objectifs annuels dans le Top 10 du secteur.

La baisse brutale des subventions au secteur solaire un peu partout en Europe, et tout dernièrement en Allemagne et en Grande-Bretagne, combinée à la course à la production, ont fait chuter les prix des panneaux de 30% à 40% cette année, poussant de nombreux groupes à fermer, comme les américains Solyndra et Spectrawatt, entre autres, mais aussi une kyrielle de petits fabricants chinois.

Seule solution pour le secteur, freiner la production pour faire remonter les prix, mais l’effet de la surproduction actuelle pèsera sur les prix pendant encore plusieurs trimestres, au moins jusqu’à mi-2012.

« La chute des prix, jusqu’à la mi-2012, sur toute la chaîne de valeur, va rogner les marges et réduire les bénéfices chez tous les acteurs », a estimé l’analyste de Piper Jaffray Ahmar Zaman, citant Suntech parmi les groupes dont les marges risquent d’être les plus atteintes. Il estime que le prix des panneaux pourrait tomber à 0,90$ par watt. La crise en Europe, qui représente 90% des ventes des fabricants chinois, ne peut qu’aggraver les choses.

First Solar aussi en pause

Même sentiment pour le leader américain First Solar, qui a décidé de suspendre la construction d’une nouvelle usine au Vietnam. « La société va reporter la mise en place de son usine au Vietnam jusqu’à ce que la dynamique du marché puisse supporter des capacités de production additionnelles », a expliqué First Solar.

Cette usine devait produire 250 MW par an à partir de fin 2011 et faisait partie d’une programme global de doublement de la capacité de production du groupe d’ici 2012. L’arrêt du projet met en relief le changement de stratégie chez First Solar, qui avait récemment doublé sa capacité de production en Allemagne, en la portant de 250 à 500 MW.

Le nouveau patron de First Solar, Mike Ahearn, PDG par intérim après le départ surprise de Rob Gillette, a expliqué que le principal objectif du groupe n’était plus de construire de nouvelles usines mais d’envoyer davantage de personnes dans les marchés émergents pour mieux connaître leurs besoins et leurs politiques énergétiques.

Le groupe américain va en revanche continuer la construction de son usine de Mesa, en Arizona, qui doit fournir des panneaux pour ses futures centrales photovoltaïques dans l’ouest américain, d’un total de 2,7 GW, dont les projets d’Agua Caliente, de Desert Sunlight, d’Antelope Valley Solar Ranch et Topaz.

First Solar précise par ailleurs avoir réussi pour ses panneaux (en couches minces, au tellurure de cadmium) à atteindre en laboratoire un rendement de 17,3%, et un rendement moyen pour les produits vendus de 12,4%, contre 11,8% au 3ème trimestre.

GE à contre-temps ?

Étonnamment à contre-temps, General Electric a confirmé mi-octobre le coup d’envoi de la construction d’une grande usine de panneaux en couches minces, annoncée en avril, d’une capacité de 400 MW, qui sera la plus grande des Etats-Unis et sera installée dans le Colorado. GE compte investir 300 millions de dollars dans cette usine, qui adoptera la même technologie que First Solar, malgré la concurrence des panneaux au silicium que privilégient les groupes chinois.

GE promet que ses panneaux auront un rendement de 13%, supérieur à ceux de First Solar, et son PDG Jeffrey Immelt s’est dit convaincu que ses ventes de panneaux solaires dépasseront 1 milliard de dollars d’ici 2020.