Offensive des Etats-Unis contre les panneaux solaires chinois

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La guerre est déclarée : le Département américain du Commerce vient de lancer une enquête sur les panneaux chinois, pour soupçons de vente à prix dumping et de subventions illégales du gouvernement chinois. Elle pourrait déboucher dans quelques mois seulement sur des droits de douanes considérables, ce qui soulagerait les fabricants américains en difficulté mais gênerait beaucoup les installateurs, grands consommateurs de modules chinois bon marché. Conséquence : la filière solaire américaine s’est divisée en deux camps.

Washington a emboîté le pas au groupe SolarWorld, filiale américaine du géant allemand des panneaux photovoltaïques SolarWorld, qui – avec six autres fabricants restés anonymes – avait porté plainte mi-octobre contre leurs concurrents chinois auprès du gouvernement fédéral.

Leur lobby, la Coalition for American Solar Manufacturing (CASM), réclame des droits de douane de plus de 100% sur les importations solaires chinoises. « Les fabricants du solaire américain peuvent rivaliser avec n’importe quel fabricant chinois, mais pas avec tout le gouvernement chinois », affirme dans un communiqué de presse Gordon Brinser, président de SolarWorld Industries America, qui a fermé récemment une usine de panneaux en Californie.

Leur lobbying a visiblement convaincu le gouvernement Obama, sous pression des Républicains pour ses généreuses subventions aux groupes solaires, dont Solyndra, qui a fait faillite. Barack Obama, qui avait fait de Solyndra un symbole du nouveau développement américain, a déclaré le 1er novembre que la Chine avait des « pratiques concurrentielles douteuses » dans le secteur des énergies vertes et que son administration lutterait contre ce genre d’action.

Il attend maintenant l’avis de la haute autorité américaine du commerce international (United States International Trade Commission) le 5 décembre. Si elle juge avéré que les fabricants américains ont été lésés, elle conseillera au gouvernement de donner suite. En ce cas, le Département du Commerce prendra des décisions préliminaires sur des taxes douanières dès janvier. Les importations américaines de panneaux chinois ont atteint 1,5 md $ en 2010 contre 640 M$ en 2009, selon Washington.

La Chine est déjà au banc des accusés aux Etats-Unis : l’ITC a approuvé ce même jour le principe de taxes douanières contre les lattes de parquets flottants chinois importés aux Etats-Unis.

Sa plainte ne concerne que les panneaux solaires importés de Chine mais la CASM veut l’élargir à tout panneau qui contiendrait des cellules solaires chinoises. Ce qui menacerait les petites assembleurs américains.

Un lobby américain pro-chinois

Mais à l’inverse, une coalition de 25 autres entreprises américaines s’opposent farouchement à des mesures anti-panneaux chinois, affirmant qu’elles nuiraient aux consommateurs et menaceraient 100.000 emplois en faisant chuter la demande d’installations photovoltaïques aux Etats-Unis.

Cette coalition, baptisée Coalition for Affordable Solar Energy (Coalition pour une énergie solaire abordable), réunit des installateurs solaires américains comme MEMC (maison mère du développeur SunEdison) et Solar City, ainsi que, logiquement, les filiales américaines des plus grands fabricants chinois de panneaux comme Suntech Power Holdings, Yingli Green Energy et Trina Solar.

« Nous ne devrions pas voir les panneaux solaires bon marché comme une menace mais plutôt comme une opportunité. Nous sommes en train de faire ce que nous sommes censés faire : rendre l’énergie solaire abordable », argumente Danny Kennedy, fondateur de Sungevity, société californienne qui fait partie de CASE.

La Chine, prête à conquérir le monde

Le soutien du gouvernement chinois à ses entreprises est indéniable. D’abord dans le solaire, et maintenant dans l’éolien, le pays veut faire de ses leaders des champions mondiaux des énergies vertes.

En 2010, la banque publique chinoise, China Development Bank, a accordé des crédits d’un total de 80 milliards de yuans (12 milliards de dollars) aux deux plus grands fabricants chinois et mondiaux de cellules et panneaux solaires, Suntech et Trina Solar, pour financer leur développement. En janvier dernier, la même banque octroie une ligne de crédit de 50 milliards de yuans sur 5 ans (7,6 milliards de dollars) au fabricant de panneaux bon marché Jinko Solar.

Dans l’éolien, les chinois Sinovel, Goldwind et Ming Yang disposent de plus de 20 milliards de dollars de crédits accordés par des banques publiques ces derniers mois. Et beaucoup d’autres sont dans les starting-blocks : huit autres fabricants chinois ont déposé des demandes de certification pour pourvoir vendre à l’étranger, selon Germanischer Lloyd Industrial Services.

Si la plainte de la CASM semble avoir les arguments nécessaires pour être reçue, il ne faut pas pour autant oublier que les Etats-Unis appliquent eux-mêmes des mesures visant à soutenir la croissance de leurs entreprises : via les prêts du Département de l’Energie, d’énormes aides économiques ont été attribuées à des sociétés. Le programme est pourtant menacé par l’éventuelle arrivée d’un républicain à la Maison Blanche.

Coup de frein… et d’accélérateur pour le solaire

Sur les 12 derniers mois, les prix des panneaux photovoltaïques ont encore chuté de 40%, selon l’indice des prix de vente au détail du cabinet américain Solarbuzz, passant de 3,51 dollars par watt en novembre 2010 à 2,49 dollar en novembre 2011 aux Etats-Unis, et de 3,19 à 2,33 euros en Europe.

Cette chute est due à l’explosion des capacités de production, notamment en Asie où les usines ont poussé comme des champignons depuis deux ans, alors même que la demande mondiale a ralenti cette année sous l’effet de la refonte des tarifs d’achat des plusieurs pays européens, dont l’Italie, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, les plus gros marchés. Ceci a pour résultat d’augmenter les stocks et de réduire les marges des fabricants au point de mettre en péril les plus fragiles.

Mais les installations profitent de la baisse des prix, qui compense la baisse des subventions publiques dans de nombreux pays. Elle devrait aussi permettre d’atteindre plus rapidement la parité réseau, qui est déjà une réalité dans les régions les plus ensoleillées, et qui est un impératif pour que l’énergie solaire gagne du terrain.