Economie verte : Défier la crise et oser le long terme (Euler Hermes)

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Comment concilier croissance et réduction des émissions de CO2 en pleine période de crise économique ? « Il faut toujours accompagner un plan d’austérité par un plan de relance et l’économie verte représente une vraie opportunité de relance », affirme Ludovic Subran, Directeur de la recherche chez Euler Hermes, la société d’assurance-crédit filiale du groupe Allianz. Or, si le gouvernement a déjà annoncé des mesures d’austérité, les perspectives de relance de l’économie, notamment verte, ne sont pas très prometteuses…

Dans une étude publiée hier, Euler Hermes estime que l’Etat doit cibler son intervention sur les secteurs de l’économie verte qui dégageront la plus forte rentabilité : la construction, le transport, l’industrie chimique et l’industrie cimentière. « L’économie sera verte si elle est rentable. On ne peut pas soutenir tous les secteurs tout de suite, il faut des priorités »,  martèle Ludovic Subran.

La construction, grande consommatrice d’énergie

La construction et le bâtiment sont responsables de 30%  des émissions mondiales de CO2. En termes de volume d’activité, ce secteur représente un fort potentiel pour la réduction d’émissions de CO2 : l’urbanisation des pays émergents ne cesse de croître et il existe un besoin de rénovation des bâtiments dans des pays comme la France. « Le chantier est considérable. Nous évaluons le potentiel économique supplémentaire à réaliser à près de 20 milliards d’euros par an pour les vingt prochaines années. Ce secteur offre de réelles perspectives tant en amont pour la conception des matériaux que dans le domaine de la rénovation, par exemple l’isolation des baâtiments », poursuit Ludovic Subran.

A court terme, la construction d’un bâtiment « vert » représente une dépenses supérieure d’environ 10%  par rapport à un bâtiment traditionnel en Europe. Pourtant, selon Euler Hermes, un bâtiment mieux isolé « voire auto-suffisant en énergie » peut apporter un retour sur investissement en 10 ans.

La hausse du transport oblige à des efforts

Le secteur des transports (routier et aérien) est pour sa part responsable de 20% des émissions de CO2, et ce chiffre pourrait s’accroître dans les années à venir. En 2030, le parc automobile mondial pourrait doubler sous l’impulsion des pays émergents notamment et le transport aérien devrait aussi augmenter son activité à cause de la croissance démographique, l’élargissement des classes moyennes dans les pays émergents, la baisse régulière des prix… Résultat : le poids des transports va continuer d’augmenter dans les émissions globales de CO2.

C’est un secteur où il faut aussi oser parier sur des résultats positifs sur le long terme. Pour les transporteurs aériens, plus les prix des combustibles fossiles augmentent, plus les marges des entreprises se dégradent. Il est donc impératif de travailler davantage sur le développement de technologies moins carbonées. Comme l’indique Euler Hermes, dans le secteur aérien il y a une « convergence des intérêts économiques, stratégiques et environnementaux » qui lui permettent de se développer dans l’économie verte.

La chimie et le ciment portés par une forte demande

Le ciment est un secteur moins visible mais dont le développement a des répercussions dans de nombreux autres acteurs. Depuis 1990, les émissions de CO2 liées à la production du ciment sont en décroissance constante : moins 1% par an en moyenne. Pourtant, l’industrie cimentière représente encore 7% des émissions mondiales de CO2 : 2 Gt (gigatonnes) par an. Les producteurs du ciment, confrontés à « des coûts de production difficilement soutenables », ont dû développer des procédés qui nécessitent moins d’énergie pour un meilleur rendement.

La chimie est également en amont d’autres secteurs et de produits finis. Elle représente 5% des émissions de CO2 dans le monde et, selon le modèle réalisé par Euler Hermes, ce chiffre devrait augmenter dans le futur. Le problème réside dans le n iveau très élevé des investissements nécessaires pour atteindre un scénario idéal : 250 milliards d’euros seraient nécessaires pour réduire de 25% les émissions de CO2 du secteur entre 2010 et 2020. « Il faut fixer de vrais objectifs atteignables et les rendre réalisables. Au-delà d’un certain seuil, investir dans la réduction d’émissions CO2 apparaît trop couteux », insiste Ludovic Subran.

Lutter contre la myopie régnante

« On peut concilier croissance économique et réduction des émissions de carbone, mais il faut s’inscrire dans le long terme », reconnaît Ludovic Subran. Les actions engagées aujourd’hui par les entreprises, l’Etat et même les consommateurs n’auront pas de retour immédiat. Si pour les petites entreprises, se projeter à dix ans est difficile, les moyennes et grandes entreprises doivent continuer à investir dans la recherche et le développement de technologies vertes, insiste Euler Hermes.

Un message certes évident mais pas forcément audible dans le contexte actuel et à la veille de l’élection présidentielle où l’effet d’une relance économique est attendu pour demain, et non dans dix ans.