Une conférence GreenUnivers pour faire le point sur l’efficacité énergétique

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L’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas : en cette période de crise, rien n’est plus séduisant que le secteur de l’efficacité énergétique, en particulier pour les entreprises, puisque les bâtiments et les sites industriels sont parmi les plus gros dévoreurs d’énergie. D’où le choix du gouvernement de lancer cet été une table ronde nationale sur l’efficacité énergétique, qui doit édicter une série de recommandations en décembre.

Pour comprendre « l’efficacité de l’efficacité », les perspectives de ce marché, tirer les leçons des meilleurs exemples, évaluer l’impact des aides publiques et plus globalement calculer les économies concrètes que des choix judicieux peuvent — ou non — réaliser, GreenUnivers organise jeudi 13 octobre à Paris, dans l’Auditorium de NYSE Euronext, une conférence intitulée « Efficacité énergétique dans l’entreprise : les efforts sont-ils payants ? ».

Nous aurons le plaisir de réunir en une matinée des acteurs clés du secteur : Frédéric Abbal, président de Schneider Electric France, Marc Claverie, associé Transaction Advisory Services et responsable Cleantech chez Grant Thornton, Sylvie Padilla, responsable du service entreprises et éco-technologies de l’ADEME, Robert Moore, VP Design & services techniques d’Accor, Christian Grellier, directeur innovation et développement durable de Bouygues Immobilier, Philippe Guinot, directeur industriel et commercial de Rhodia Energy Services, et Philippe Rosier, président de Rhodia Energy Services. (inscription par mail à [email protected])

Les dirigeants de Rhodia Energy Services et de Bouygues Immobilier nous expliqueront notamment tous deux comment, après avoir appliqué des recettes d’efficacité à leur propre entreprise, leur groupe les a transformées en offre commerciale, susceptible de devenir un nouveau relai de croissance. Accor nous exposera sa stratégie mondiale pour améliorer l’efficacité énergétique de l’ensemble de ses hôtels dans le monde. L’expert du cabinet Grant Thornton brossera un tableau du marché et de ses acteurs. La spécialiste des entreprises de l’Ademe nous exposera les politiques publiques et ce qu’il faut attendre de la table ronde sur l’efficacité énergétique lancée par le gouvernement. Et notre « key speaker », le patron de la branche française de Schneider Electric, l’un des leaders mondiaux des solutions d’efficacité énergétique pour les entreprises, nous dressera le panorama de ce marché en France, ses succès et les obstacles qu’il rencontre pour se diffuser.

La France, élève médiocre

La facture énergétique de la France s’est élevée à 46,2 milliards d’euros en 2010, en hausse de 20% en un an, mais inférieure aux 58 milliards d’euros de 2008. Elle a représenté  2,4 % du PIB en 2010 après 2,0 % en 2009 et 3% en 2008, contre 1 % pendant les années 1990. La consommation d’énergie finale a été de 158 Mtep en 2010, selon les derniers chiffres officiels.

Le secteur du bâtiment représente 43% de l’énergie finale de la France et 25% de ses émissions de CO2, les transports 31,9 % de la consommation et 26 % des émissions et l’industrie 21% de la consommation et 20 % du total des émissions. Les industries les plus consommatrices, au niveau national, sont la chimie, la transformation de minéraux non métalliques, la sidérurgie, les industries agroalimentaires (IAA) et le papier carton.

Les entreprises comptent pour près de 57% de l’énergie finale totale consommée en France. Si les grands groupes ont déjà commencé à faire des efforts, il faudrait y inciter les 2,5 millions de petites entreprises, tant côté matériels via l’acquisition d’équipements performants (moteurs, pompage, production d’air comprimé ou de froid, éclairage…), la réalisation de travaux dans les bâtiments ou la production d’énergies renouvelables, que dans l’immatériel, avec des plans de déplacement ou des audits énergétiques, sans oublier l’embauche de responsables « énergie ».

Parmi les pistes évoquées par le gouvernement pour l’avenir, un crédit d’impôt sur le modèle de celui existant pour les ménages, qui est très efficace et pourrait générer 14TWh par an d’économies d’énergie, soit l’équivalent de la production d’une à deux centrales nucléaires ! Les États-Unis et le Japon se sont d’ores et déjà lancés dans ce type de mesure.

Autre idée, développer à grande échelle le système incitatif des contrats de performance énergétique, un outil juridique innovant, issu du droit communautaire : l’idée est de garantir contractuellement l’atteinte d’un niveau de performance énergétique. Les premiers travaux issus de la table ronde nationale sur l’efficacité énergétique suggère de développer le « tiers investissement », qui consiste à faire financer les travaux ou équipements par un autre acteur, qui se remboursera en partie sur les économies d’énergies obtenues.

Le secteur public doit donner l’exemple

Enfin, la sphère publique aussi a beaucoup à gagner à faire des efforts, puisque en moyenne, l’énergie représente 3,8% de la dépense de fonctionnement d’une commune, notamment l’éclairage public (20%), les bâtiments publics (69%), et les dépenses de carburant des véhicules municipaux (11%). Aussi la table ronde suggère-t-elle d’accélérer la prise en compte de l’efficacité énergétique dans la commande publique et là aussi de mettre en place les contrats de performance énergétique.

Mais globalement, pour aider à ces modernisations, l’argent manque dans les caisses des collectivités. Aussi la table ronde propose de mettre en place des avances remboursables pour la rénovation de l’éclairage public, et aussi d’étendre le mécanisme du « bonus-malus Etat exemplaire ».

Côté industrie, le système communautaire d’échange de quotas d’émissions de CO2 monte en puissance puisque 964 installations exploitées par 570 entreprises, du secteur de l’énergie comme du secteur industriel, étaient soumises à cette directive en 2010 et elles seront 1174 installations concernées à partir de 2013.

A noter qu’en France, quatre pôles de compétitivité s’inscrivent directement dans cette thématique.

Parmi les autres dispositifs, les certificats d’économies d’énergie commencent à avoir un impact (réduction de la consommation d’énergie finale de 2,59 Mtep et des émissions de GES de 6,9 Mteq CO2 en 2020), tout comme les normes d’éco-conception des produits de  grande consommation (modes veille et arrêt des appareils électriques, ampoules basse consommation, éclairage des rues et des bâtiments tertiaires, moteurs électriques…)

Consommation plus élevée des ménages français

Mais la consommation d’électricité reste plus élevée en France que chez ses voisins européens, car le prix de l’énergie y est beaucoup faible : l’électricité française et le gaz sont 50% et 30% moins chers qu’aux Pays-Bas, par exemple. Par m2, un ménage français consomme 40% de chauffage de plus qu’un ménage hollandais et 30% de plus qu’un ménage danois. Mais un voyageur français consomme 30% de moins qu’un passager allemand par kilomètre, grâce au rail.

La France fait aussi partie des pays européens ayant une consommation élevée par logement pour les appareils électriques. Les politiques européennes en faveur des appareils moins consommateurs d’énergie ont été plus efficaces ailleurs, puisqu’en moyenne les appareils électriques sont 25% plus efficaces en 2008 qu’en 1990 mais avec une progression plus forte en Allemagne et aux Pays Bas (+30%) qu’en France (+12%).

Pour l’éclairage, on observe une baisse des consommations dans la moitié des pays européens grâce aux lampes à basse consommation. Mais la France est moins efficace que l’Allemagne (400 kWh annuel par logement pour l’éclairage en 2008 contre 300 kWh en Allemagne).

Enfin, pour la consommation énergétique du tertiaire, quel que soit l’indicateur considéré – consommation d’énergie, intensité énergétique, consommation spécifique par m2 et intensité électrique -, la France occupe la 4e position derrière le Royaume-Uni, la Suède et l’Allemagne. En termes de consommation spécifique totale d’énergie par m², l’Allemagne et le Danemark sont les pays les plus efficaces (183 et 198 kWh/m² respectivement). La France arrive en 3e position avec une consommation spécifique de respectivement 34 et 24% supérieures à celle de ces deux pays (245 kWh/m²).

Même paresse dans l’industrie

En Europe, la consommation d’énergie a progressé lentement de 1994 à 2007 et a fortement baissé en 2008 et 2009. Idem pour la consommation électrique (+18% entre 1994 et 2007  puis -9% en 2009) à cause du ralentissement de l’activité économique. Mais si l’intensité énergétique (consommation d’énergie par unité de valeur ajoutée) de tous les pays baisse fortement depuis 2003, elle décroît moins fortement en France que dans la plupart des pays européens.

Les branches qui enregistrent les économies d’énergie les plus importantes en 2008 par rapport à 1990 (en considérant la consommation d’énergie à parc constant) sont la chimie organique 22%, la branche « papiers et pâtes » 17%, la construction de véhicules 14% et la sidérurgie 6%.