Feu vert pour Linky : 5 enjeux pour 4,3 milliards d’euros

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Le faux suspense est terminé : comme prévu, Eric Besson, ministre de l’Industrie, a confirmé ce matin la généralisation du compteur communicant Linky au terme d’une expérimentation de plus d’un an et après plusieurs audits. 35 millions de compteurs seront déployés d’ici à 2020. L’investissement, à la charge d’ERDF qui espère l’amortir sur vingt ans, s’élève à 4,3 milliards d’euros, dont 40 à 45% pour les équipements. Les grands enjeux du déploiement de Linky en cinq questions.

Quel est le modèle économique ?

« Le déploiement du nouveau compteur sera gratuit pour les consommateurs », insiste Eric Besson. C’est ERDF, filiale d’EDF et gestionnaire du réseau public de distribution d’électricité, qui prendra en charge l’investissement de 4,3 milliards d’euros. Mais il ne devrait pas devenir pour autant propriétaire des compteurs : le gouvernement n’a pas prévu à ce stade de changer la loi qui stipule que les réseaux (dont les compteurs) appartiennent aux collectivités. Michèle Bellon, présidente d’ERDF, estime qu’il faudra 20 ans à ERDF pour rentabiliser cet investissement grâce aux gains de productivité réalisés : gains sur les coûts de relève des compteurs, sur les dépenses d’exploitation liées aux pertes, sur les interventions de maintenance… Mais ce modèle économique pourrait être remis en cause par Bruxelles.  » Le nouveau projet de directive européenne sur les concessions de services impose l’ouverture à la concurrence, y compris dans l’énergie « , alerte Jean-Luc Dupont, président du syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire, où a eu lieu une partie de l’expérimentation. Si le texte est voté, ERDF n’aura pas la garantie d’une concession de vingt ans nécessaire pour amortir son investissement. Les discussions sur le sujet au sein du comité de suivi du déploiement de Linky dans les prochaines semaines promettent d’être animées…

A noter : ERDF ne couvrant « que » 95% du territoire, les quelques entreprises locales de distribution d’électricité qui existent en France devront également déployer Linky dans les mêmes conditions.

Qui profitera du jackpot ?

Sur les 4,3 milliards d’euros d’investissement, entre 40 et 45% concerneront les équipements, soit entre 1,7 et 1,9 milliard d’euros selon ERDF. Les fabricants de compteurs et de concentrateurs (des petits ordinateurs installés dans les postes de distribution qui regrouperont les données de quelque 50 compteurs) sont les premiers concernés. Trois d’entre eux ont déjà participé à la phase de test, dont les deux leaders mondiaux : le suisse Landis+Gyr, passé récemment dans le giron du groupe japonais Toshiba, et l’américain Itron. Ils ont tous les deux des usines dans l’Hexagone, un atout pour l’appel d’offres qui pourrait privilégier une production en France sur le modèle de ce qui a été fait pour l’appel d’offres éolien offshore. Le troisième fabricant ayant participé à l’expérimentation, le slovène Iskraemeco, n’a pas de site de production dans l’Hexagone pour l’instant mais pourrait en ouvrir un, avait confié son directeur commercial Slavko Vidic en mai dernier à GreenUnivers. En-dehors de ce trio, d’autres entreprises sont intéressées, et notamment le français Sagemcom.

Le déploiement de Linky va aussi profiter aux installeurs (électriciens…) puisque la pose représente 45% de l’investissement global (soit 1,9 milliard). L’installation d’un compteur Linky prend, en moyenne, un peu moins de 30 minutes selon ERDF, sur la base de la phase d’expérimentation, sachant que le temps de pose est plus important en milieu rural en raison des déplacements.  « Nous travaillerons essentiellement avec des sous-traitants : pour poser 7 millions de compteurs par an, il faudra un rythme de 35 000 compteurs installés par jour ce qui nécessitera quelque 5 000 installateurs », précise Marc Boillot, directeur stratégie et grands projets d’ERDF.

Enfin, une enveloppe de 430 millions est prévue pour les systèmes d’information.

Globalement, le déploiement de Linky devrait permettre la création d’environ 10 000 emplois en France, selon le gouvernement.

Quel est le calendrier prévu ?

Le déploiement doit démarrer en 2013 et atteindre rapidement le rythme de 7 millions de compteurs posés par an pour arriver à 35 millions de compteurs installés en 2020, soit 80% du parc français de compteurs. Aucune date n’est encore officiellement annoncée pour l’appel d’offres pour la première vague de compteurs. Au préalable, le gouvernement va en effet ouvrir une concertation avec la Commission de régulation de l’énergie, ERDF, les élus et les représentants des autorités concédantes pour fixer le cadre réglementaire et régulatoire nécessaire.

Quelle est la technologie retenue ?

La première vague de 7 millions de compteurs sera basée sur la technologie actuelle dite  » CPL G1″ (courant porteur en ligne) : c’est le protocole de communication entre le compteur et le concentrateur. Mais l’objectif est ensuite de passer à la technologie « CPL G3 » qui est en cours de développement par les industriels. Le principal enjeu entre les deux technologies réside dans la rapidité de transmission des informations.

Que vont gagner les consommateurs ?

Ils devraient bénéficier de nouveaux services leur permettant de mieux gérer leur consommation et de faire des économies sur leur facture d’électricité. Ils pourront ainsi accéder, à tout moment, à deux ans d’historique de consommation, mois par mois, et bénéficieront d’un système d’alerte gratuit s’ils dépassent un seuil de consommation qu’ils auront fixé au préalable. Mais au-delà de ces services de base gratuits, des services supplémentaires payants leur seront aussi proposés par les fournisseurs d’énergie : Edelia, filiale d’EDF, a déjà lancé une offre expérimentale payante à Lyon et dans la région de Tours (Indre-et-Loire), les deux zones où Linky a été testé.