Les bornes publiques de recharge pour véhicules électriques sont-elles utiles ?

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Avec très peu de voitures électriques sur les routes, les bornes de recharge installées en voirie sont logiquement très peu utilisées. Mais comment expliquer qu’à Strasbourg par exemple, là où le japonais Toyota teste une flotte de sa Prius hybride rechargeable, les bornes publiques ne sont pas plus exploitées ? Selon le journal belge Sudpresse, le groupe Total rencontrerait les mêmes difficultés avec ses bornes de recharge publiques installées dans la région de Bruxelles. Que faut-il en conclure : les modèles économiques sont-ils inadaptés ou s’agit-il d’un blocage psychologique de la part des conducteurs ? Et finalement, les infrastructures de recharge dans les lieux publics sont-elles vraiment pertinentes ?

Aux Etats-Unis, les mêmes questions émergent au regard des premiers retours d’expérience. Une situation analysée par Benjamin Saada, EV & transportation analyst du service scientifique du consulat de France à San Francisco. Pour lui, un élément est déterminant dans la compréhension des enjeux du marché : la range anxiety, c’est à dire l’angoisse de l’autonomie. Si les infrastructures publiques de recharge n’apparaissent pas indispensables, il considère néanmoins que le soutien massif à l’installation de bornes publiques devrait continuer aux États-Unis dans le futur.

GreenUnivers : Quelles sont les premières observations sur l’utilisation des bornes de recharge situées dans les lieux publics ?

En France, dans le cadre du projet expérimental de Strasbourg, 96% des recharges ont lieu dans la sphère privée. Aux Etats-Unis, le constructeur Mini a terminé l’expérimentation de 450 Mini électriques, et les premiers résultats montrent que les utilisateurs ont chargé une fois par jour leur véhicule, principalement à leur domicile. Des constructeurs comme General Motors et Nissan expliquent que les bornes de charge sur la voie publique ne sont pas forcement vitales. Un constat s’impose : les premiers retours d’expérience indiquent de manière objective que la charge unique à son lieu de domicile n’est pas un frein au déploiement du véhicule électrique.

GU : Faut-il alors vraiment développer des bornes publiques ?

Plusieurs réponses peuvent être apportées pour justifier leur développement. D’abord le concept de range anxiety. Il se résume par la peur pour l’automobiliste de tomber en panne d’autonomie à un moment critique – urgence, panne sur autoroute par exemple – sans pouvoir rapidement y remédier. Ce problème psychologique a deux effets : il empêche les conducteurs de voiture à essence à utiliser un véhicule électrique, et il pousse les entreprises et les pouvoirs publics à développer des projets ambitieux pour répondre à cette angoisse de la panne.

Cela pousse ainsi la création de pistes alternatives pour palier les problèmes d’autonomie, avec le développement des véhicules hybrides rechargeables, des stations quick drop de BetterPlace (qui échangent les batteries vides d’un véhicule par une pleine en 2 minutes), des logiciels de prévision de la consommation (applications smartphone, ordinateur embarqué dans le véhicule, etc.) et des bornes de recharges rapides. Une infrastructure dense de recharge publique participe à ce climat rassurant, visant à construire un environnement harmonieux de la mobilité électrique.

GU : Y-a-t-il une prise de conscience de cette situation ?

Aux Etats-Unis, les administrations, voire quelques fabricants de véhicules électriques, continuent d’insister sur une couverture importante du territoire américain avec des bornes de charge. Ce soutien massif, matérialisé par des grands programmes comme The EV Project ou ChargePoint America, s’explique en partie par le besoin des autorités américaines d’envoyer un message positif au développement du véhicule électrique. Les retombées économiques catalysent également les actions politiques de part les opportunités de croissance, d’innovation et de recherche autour de l’univers de la charge dans les lieux publics, et des enjeux de création d’emplois autour de ce nouveau marché.

Même si la question du besoin en bornes publiques n’est pas tranchée, il y a peu de chance d’assister à un retour en arrière sur la construction de telles infrastructures. Le secteur aux Etats-Unis est désormais trop engagé pour envisager un quelconque abandon ni même un ralentissement du rythme de déploiement des bornes. Ce déploiement reste pertinent dans la mesure où le marché s’inscrit dans la durée et restera viable après les incitations publiques. Reste donc deux inconnues étroitement liées : la taille future du marché des véhicules rechargeables et la rentabilité du marché de la charge publique.

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Pour aller plus loin :

– Le rapport de Benjamin Saada sur ce sujet sera bientôt disponible (en acces libre) sur les Bulletins électroniques

– Le site du Service scientifique du consulat de San Francisco