La France rate (encore) le coche du solaire avec ses appels d’offres

Print Friendly, PDF & Email

« Le mandat du prochain président de la République devra préparer la France à la parité réseau !  » Désabusé, le délégué général d’Enerplan, Richard Loyen stigmatise un gouvernement qui, selon lui, n’a pas compris la révolution du solaire. Et dresse un tableau très négatif du nouveau dispositif d’appel d’offres photovoltaïque lancé le 1er août.

Inadapté, complexe, peu ambitieux, ce programme n’aide en rien la filière, selon lui. Au lieu d’avoir un coup d’avance dans le solaire, la profession attend le coup d’après pour retrouver le sourire. Et espère une nouvelle donne en mai 2012.

Un développement du marché avantagé au sud

Le cahier des charges de l’appel d’offres sur le segment des installations de 100 à 250 kW, publié le 1er août, n’est guère différent de celui mis en consultation quelques mois plus tôt. Un constat général s’impose à Richard Loyen : l’administration n’a pas bougé de sa ligne directrice, sans céder aux demandes des acteurs de la filière. Seul bémol à cette situation, les installateurs des centrales ne devront pas être certifiés ISO 9001 et ISO 14001 pour répondre à l’appel d’offres, comme initialement prévu. Seul les fabricants de modules devront satisfaire à cette exigence.

Mais ce sont moins les conditions techniques et administratives qui déçoivent Enerplan que la stratégie générale de ce dispositif. « Les appels d’offres ne prévoient qu’une petite volumétrie de puissance sur les bâtiments. De plus, il n’y a pas de régionalisation du dispositif. Il est vraisemblable que les projets qui seront déposés se concentreront dans le sud de la France, là où l’ensoleillement est le plus important et les prix de production les plus bas », explique Richard Loyen.

La trajectoire cible du gouvernement prévoit 500 MW de nouveaux projets par an, dont :

  • 100 MW pour les installations sur toiture de puissance inférieure à 36 kW (tarif d’achat ajustable trimestriellement – marché des particuliers),
  • 100 MW pour les installations sur toiture de puissance inférieure à 100 kW, hors résidentiel (tarif d’achat ajustable trimestriellement),
  • 120 MW pour les installations sur toiture de 100 à 250 kW (dispositif d’appels d’offres – marché des moyennes toitures),
  • et 180 MW pour les autres installations, supérieures à 250 kW (dispositif d’appels d’offres – marché des grandes toitures, centrales au sol et technologies innovantes).
Les PME handicapées

L’appel d’offres pour les installations de 100 à 250 kW sur les bâtiments, lancé au 1er août, ne prévoit ainsi qu’un volume anémique, critiqué par la profession. Une politique incompréhensible au regard de la taille des mêmes marchés dans d’autres pays développés (Allemagne, Corée du Sud, Japon, Etats-Unis, Chine…).

La compétition dans le cadre d’un appel d’offres est régie par un triptyque formé par le prix, le rendement du système et sa durabilité, note Richard Loyen. Ainsi, le critère du prix ne favorisera pas les fabricants français de panneaux solaires. « Quelques PMI tireront probablement leur épingle du jeu avec l’appel d’offres, mais ces entreprises ne seront pas forcément positionnées sur les modules », prévient le délégué général. Il ajoute aussi que l’appel d’offres est beaucoup trop complexe et écartera de fait les PME : « Cette politique casse les entreprises familiales et les artisans ».

Néanmoins, quelques groupes français devraient profiter à plein des appels d’offres sur les centrales sur suiveurs solaires, sur les centrales photovoltaïques à concentration et les centrales thermodynamiques prévues par le cahier des charges pour les installations de plus de 250 kW, mis en consultation, et dont la publication interviendra au 15 septembre prochain. Ces marchés sont importants à l’international, mais restent des segments de niches en France.

Manque de vision sur les Bepos, parkings solaires morts au front

Enerplan regrette aussi le manque de volonté des pouvoirs publics sur le gros du marché français, là où le levier industriel est le plus important : le photovoltaïque marié au bâtiment. « Le gouvernement aurait au moins dû prévoir un dispositif tarifaire pour les installations sur bâtiment jusqu’à 250 kW », fulmine Richard Loyen. « Cette politique ne prépare pas le pays à la révolution à venir sur les bâtiments à énergie positive, les Bepos. Nous perdons un temps précieux pour faire face aux réglementations qui vont s’imposer dans la construction durable ». Un manque de vision qui devrait se payer en termes de croissance.

Dernier point noir : le gouvernement vient de tuer le marché des panneaux solaires installés sur des parkings, les fameuses ombrières solaires éliminées des appels d’offres. « Nous ne comprenons pas pourquoi ne pas les autoriser », indique à GreenUnivers Jean-Marc Bouchet, dirigeant de JMB Energie, développeur et producteur d’énergies vertes. Le patron craint aussi un trou d’air dans le secteur entre septembre et mai, lorsque les projets déjà autorisés auront été terminés et avant que ne soient enfin choisis les premiers candidats au nouveau système d’appel d’offres. Et le dirigeant est inquiet face au nouveau dispositif : « Nous devrons livrer des camions de documents, » s’exaspère-t-il.

La France à contre-courant

Préjudiciables aux PMI-PME, pas assez ambitieuses, dépourvues d’une stratégie visionnaire, les procédures d’appels d’offres ne seront donc pas le moyen le plus efficace pour développer le marché français. « Nous sommes en train de perdre des emplois sur lesquels nous avions investi », avertit Richard Loyen. Le délégué d’Enerplan attend la fin d’une étude interne pour livrer des chiffres actualisés mais Geneviève Fioraso, députée de l’Isère, est plus directe dans une lettre qu’elle vient de transmettre à la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet : « Dans le solaire, la France investit 15 fois moins que les Allemands, les Chinois ou les Américains. Cette filière d’énergie propre avait pourtant crée 25.000 emplois en 3 ans, elle en a perdu près de 15.000 en six mois.  »

La France serait donc le seul pays qui détruit des emplois dans une filière d’avenir où la plupart des grands pays sont en train d’en créer. Et Geneviève Fioraso n’hésite pas à mettre l’Etat face à ses responsabilités en citant Nicolas Sarkozy : « Je voudrais faire pour les énergies renouvelables ce que le général De Gaulle avait fait pour le nucléaire » (discours de 2008), « Pour 1 € investi dans le nucléaire, 1 € investi dans les énergies renouvelables  » (Chambéry à l’INES – 2009).  » Nous en sommes loin aujourd’hui », vilipende la députée.

« À l’horizon 2017, le pays n’aura plus besoin de subventions avec l’arrivée de l’ère des parités réseaux », prévient Richard Loyen. Le fait que les coûts de production d’électricité solaire atteignent des coûts de marché sera une dynamique essentielle pour la filière. Aujourd’hui, suivant les installations, l’ensoleillement, le segment de marché ou encore les montages de projets (endettement par exemple), les coûts de production oscillent entre 14 et 32 cents le kWh, analyse Richard Loyen. Mais d’ici à 2020, et suivant les différents scénarios envisagés, ces coûts seront de 8 à 19 cents.

Le tout est que la filière reste en vie d’ici là… et que les appels d’offres tiennent leurs promesses. Pour rappel, le dernier appel d’offres solaire national – dit « une centrale par région » – était tombé à l’eau.