Covoiturage : le partage fait la force, le secteur mûrit

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Voilà un nouvel événement qui atteste de la structuration lente mais certaine du covoiturage en France. Les grands acteurs du marché se sont d’abord retrouvés dès 2008 au sien d’une fédération nationale du covoiturage, la Feduco, qui a un nouveau président depuis le début d’année avec d’ambitieux projets. L’un deux prend forme avec une initiative menée par quatre opérateurs.

Ecolutis, Roulez malin, Covivo et Covoiturage.com s’associent pour créer un standard de communication entre leurs différentes plateformes Internet de covoiturage. Autrement dit, ils sont en train de favoriser la mutualisation des offres postées sur leurs sites, grâce à un protocole de communication ouvert et un système 100% décentralisé. Ce standard, baptisé RDEX (Ridesharing Data EXchange), pourrait engendrer une petite révolution.

Renforcer la philosophie du covoiturage

Pour bien comprendre la philosophie de ce standard, il faut percevoir le covoiturage comme une solution communautaire de mobilité. Or il existe plusieurs communautés de « covoitureurs » et les communautés peuvent s’entremêler. Pour faire partie d’une communauté, il faut souvent s’inscrire en ouvrant un compte sur un site Internet, permettant d’avoir accès aux offres et aux demandes (des annonces stockées dans une base de données). Un utilisateur peut être lié à plusieurs communautés, avec plusieurs comptes.

Chaque site spécialisé (Ecolutis, Roulez malin, Covivo, etc…) dispose de sa propre communauté. Il existe aussi des petites communautés internes à une entreprise ou une collectivité territoriale. Chacune dispose de son propre site Internet, souvent conçu par une entreprises de covoiturage bien établie.

Avant : un cloisonnement des communautés

Covivo a mis au point la plateforme de Meurthe-et-Moselle par exemple, Roulez malin a fait de même pour le Maine-et Loire, la Sarthe ou la Seine-Maritime. Roulez malin a aussi conçu un intranet pour le groupe Suez, en son temps. Seulement voilà, toutes les communautés de covoiturage sont cloisonnées et ne parlent par forcément la même langue informatique sur Internet (c’est à dire le même protocole de communication).

Autrement dit, si un utilisateur poste une annonce de covoiturage sur la plateforme de Meurthe-et-Moselle, elle ne pourra par forcément être lue sur la plateforme d’un département limitrophe. Donc comment fait un utilisateur qui souhaite se déplacer sur plusieurs départements et profiter d’une base de données d’annonces la plus large possible pour trouver un covoitureur ? C’est tout l’intérêt du standard RDEX qui lui évitera de surfer et de s’inscrire sur plusieurs sites Internet départementaux de covoiturage, par exemple.

Après : une mutualisation de communautés

« Ce protocole de communication va permettre de faciliter la mutualisation des offres et des demandes de trajets dans des bases de données communes, le tout dans le respect de la vie privée des gens, en accord avec les règles de la CNIL », explique Marc Grojean, cofondateur et président de Covivo. Chaque entreprise ou organisation de covoiturage garde sa propre plateforme et le protocole de communication ne s’appuie sur aucune infrastructure commune.

L’objectif est plutôt de développer des accords bilatéraux entre plateformes, sur la base d’un modèle d’échange de données. Tout l’enjeu est d’atteindre une masse critique d’annonces de covoiturage. Entièrement sécurisé, ce protocole n’échange aucune donnée personnelle sans l’accord de l’utilisateur, insiste les initiateurs de RDEX.

Ce standard de communication a été rédigé par Roulez malin, Ecolutis, Covoiturage.com et Covivo, et financé sur leurs fonds propres. « C’est simplement du développement informatique », note Marc Grojean, en soulignant que le budget n’est pas énorme. « C’est surtout la première pierre d’un protocole national que l’on souhaite rendre ensuite européen », ajoute l’entrepreneur. Le standard sera opérationnel d’ici à la fin de l’année.

Un protocole ouvert

Au nombre de quatre à l’origine, « car il fallait bien commencer », les fondateurs de RDEX ouvrent leurs portes : « Notre démarche est collaborative et nous serions ravis d’être rejoints par tous les acteurs volontaires, petits, grands, locaux ou internationaux, afin de faire progresser ce standard », indique Olivier Demaegdt, à la tête d’Ecolutis, dans un communiqué. Trois ou quatre autres opérateurs français d’envergure pourraient rapidement rejoindre l’initiative, comme Comuto ou Green Cove.

Enfin, RDEX est supposé redonner de la vigueur à la concurrence en détournant les acteurs de la course à la plus grosse base de données d’annonces. Pour faire la différence, les entreprises du covoiturage devront créer de la valeur ajoutée autour des services à l’usager, l’accompagnement, le conseil ou encore le volet technique de leur plateforme. « Cela doit renforcer l’innovation », termine Marc Grojean.