GE, grâce au solaire thermique d’eSolar, consacre les centrales hybrides (Premium)

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Le géant américain GE débarque dans le solaire thermique, tout en préservant ses centrales classiques : General Electric a racheté une part minoritaire du spécialiste américain du solaire thermique eSolar et décidé de combiner ses systèmes à son nouveau modèle de centrale au gaz.

C’est la même stratégie qu’Areva, qui a récemment combiné une centrale solaire thermique d’Ausra (devenue Areva Solar) avec une centrale à charbon en Australie, et propose désormais des centrales hybrides, un peu comme les voitures hybrides essence-électrique. Mais l’annonce par GE d’une stratégie systématique dans ce domaine pourrait bien entraîner ...

tout le marché.

GE n’en finit pas de pousser ses pions dans les cleantech, à toute vitesse et sans hésitation. Déjà premier fournisseur américain d’éoliennes, bientôt premier fabricant de panneaux photovoltaïques du pays, il se lance ici dans une autre technologie solaire, le solaire thermique, en compétition à l’issue encore incertaine contre le photovoltaïque.

D’autres géants industriels se sont laissé séduire par cette technique vieille comme Archimède, forte de sa simplicité et de ses coûts modérés, malgré une compétitivité qui s’amenuise face au photovoltaïque.

Ainsi dans ce secteur Siemens a racheté l’israélien Solel, Areva a acquis Ausra et récemment Google ainsi que le spécialiste américain des centrales nucléaires Bechtel et Alstom ont misé sur BrightSource et ABB dans Novatec. De grands acteurs indépendants sont nés dans ce secteur, comme l’allemand Solar Millennium ou l’espagnol Abengoa.

Avec eSolar, GE investit dans une technologie solaire thermique bien particulière, où des plans de miroirs Fresnel renvoient la chaleur vers des tubes verticaux. Cette technologie, plutôt similaire à celle d’Ausra (qui utilise des tubes horizontaux), est plus simple que les immenses tours-réservoirs de BrightSource. Et eSolar affirme pouvoir utiliser des miroirs de série plus petits et bon marché.

GE a réalisé cet investissement dans eSolar avec son client turc, le producteur d’énergies renouvelables MetCap Energy Investments, qui lui aussi se retrouve actionnaire d’eSolar.

Les centrales mixtes, un tournant ?

Mais, et c’est sans doute l’aspect le plus audacieux de sa stratégie, GE a bien précisé qu’il combinerait le système d’eSolar avec sa nouvelle centrale à gaz naturel, la  ‘FlexEfficiency 50’, présentée en mai, pour créer un système combiné qui lissera la production irrégulière du solaire.

Gaz naturel et miroirs s’épauleront pour produire un jet continu de vapeur. En plein jour, l’usage du gaz pourra être diminué, et la nuit ou par temps couvert, le gaz pourra assurer seul le fonctionnement des turbines à vapeur.

La première centrale mixte sera installée en Turquie : MetCap sera chargé de construire d’ici à 2015 une centrale à gaz combinée de 530 MW, dont 50 MW de solaire thermique et 22 MW d’éolien. L’éolien et au solaire porteront l’efficacité de cette centrale combinée (le taux de conversion de l’énergie du gaz) à 70%, contre 60% sans les énergies renouvelable, selon GE.

GE va continuer dans cette voie :  l’accord avec eSolar– aux termes financiers non dévoilés– lui apporte la licence exclusive de vente de la technologie d’eSolar en combinaison avec ses centrales à gaz naturel. Avec une restriction sur la Chine et l’Inde, où eSolar a déjà ses propres projets.

En présentant sa FlexEfficiency 50, GE avait souligné qu’elle pouvait démarrer ou freiner sa production très vite – au rythme de 50 MW par minute — afin d’intégrer plus facilement les énergies renouvelables intermittentes. Ces centrales hybrides à cycle combiné ( “Integrated Solar Combined Cycle”, ou ISCC), peuvent ainsi réunir des turbines à gaz, du solaire et de l’éolien. Dans le même esprit, la compagnie d’énergie américaine avait construit une première centrale de ce type en Floride en 2010, à Indiantown, combinant centrale à gaz naturel et un champ de solaire thermique.

Il ne reste plus qu’à Total, qui travaille déjà avec le groupe espagnol de solaire thermique Abengoa, à suivre le même chemin…

eSolar, une stratégie originale

eSolar, crée par le fondateur d’IdeaLab Bill Gross, a vendu  sous licence sa technologie à plusieurs grands groupes, dont la compagnie d’énergie américaine NRG Energy, la chinoise Penglai Electric, le groupe indien Acme et l’allemand Ferrostaal, contournant ainsi l’obstacle des énormes montants nécessaires aux grandes centrales au sol. A l’inverse, son concurrent californien BrightSource a levé des sommes colossales pour monter son immense projet, Ivanpah.

eSolar dégage ainsi, selon les analystes, une marge de 30 à 50% et pourrait atteindre 185 millions de chiffre d’affaires annuel vers 2015. La société a déjà levé 170 millions $ auprès de NRG Energy, Acme, Oak Investments, Quercus Trust ainsi que le fonds de capital-risque de Google.

Pourtant, l’intérêt économique de la technologie du solaire thermique est controversé, à tel point que les deux centrales au sol que devaient réaliser eSolar pour le compte de NRG Energy ont été récemment transformées en projets photovoltaïques. L’accord avec GE marque un come-back éclatant pour eSolar.

Le choix de GE pourrait aussi marquer un tournant non seulement pour le solaire thermique, qui trouve là un nouveau souffle, mais pour toutes les énergies renouvelables. Et peut-être fournir une solution politiquement idéale aux besoins de l’Allemagne, qui doit remplacer le nucléaire par des centrales en nombre suffisant, gaz compris. Car les centrales classiques se trouveraient en quelque sorte moralement justifiées par les parcs éoliens et solaires placées sur le même site, qui réduiront l‘usage des carburants fossiles et donc les émissions de CO2, tandis que les bons vieux charbon et gaz assurent la continuité de la production quand le soleil ou le vent ne sont pas là. Un bon argument pour les énergies fossiles…