Essai exclusif : Test de la 1ère station Better Place en Europe

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De notre envoyé spécial au Danemark, Alexandre Simonnet

Tout un symbole ! La toute première station d’échange de batteries pour véhicule électrique d’Europe – un concept inédit développé par l’entreprise Better Place – est installée à côté d’une « vieille » station d’essence. Un grand totem aux couleurs de l’entreprise est planté devant la station, digne de celui des géants pétroliers…

Nous sommes à Gladsaxe, à environ 8 km de Copenhague. Le Danemark est « le » pays d’expérimentation de Better Place en Europe, qui y commercialisera d’ici la fin de l’année son service de mobilité électrique : la batterie (en partie) vide d’un véhicule peut être échangée en quelques minutes contre une pleine, sans que le conducteur ne bouge de son siège. Une solution adaptée lors d’un long trajet, par exemple, où une recharge électrique filaire de plusieurs heures, via une borne de recharge, n’est pas possible.

Un essai grandeur nature

L’inauguration de la première station de Better Place en Europe a eu lieu mardi 28 juin, l’occasion pour GreenUnivers d’expérimenter le service et de tester au passage la Renault Fluence Z.E spécialement conçue pour utiliser le concept. Si le modèle économique de Better Place, inspiré de la téléphonie, doit encore faire ses preuves, avec un enthousiasme moins marqué qu’à son origine, malgré les millions de dollars levés par l’entreprise, le modèle technique de la station est plutôt pertinent.

Montre en main, il faut moins de 5 minutes entre l’entrée de la voiture dans la station et sa sortie. Grosso modo, le temps d’une recharge d’essence.

Comment se présente une station Better Place ? C’est un bâtiment aux deux tiers fermés au public, qui contient un stock de 12 à 16 batteries, un système de recharge rapide, des automates et des bras-robots articulés. C’est-à-dire une grosse partie de la valeur ajoutée technologique de Better Place, dont GreenUnivers n’a malheureusement pas pu voir les entrailles. Le dernier tiers du bâtiment est une allée à sens unique, fermée par deux rideaux bleus amovibles en guise de portes. Lorsqu’une voiture électrique veut changer sa batterie, elle se présente à l’entrée, devant le rideau bleu fermé. Comme dans un péage d’autoroute, le conducteur passe une carte magnétique Better Place sur une borne de lecture pour ouvrir le rideau et engager sa voiture dans l’allée. Une fois entré, il arrête son moteur juste après le rideau, pour que celui-ci puisse se fermer.

Tout est automatisé

Le travail du conducteur s’arrête là jusqu’à la fin de l’opération, où il aura juste à rallumer son moteur électrique et attendre que le rideau de sortie s’ouvre. L’utilisation, très simple, rappelle une station de lavage automatique. Le conducteur est censé rester derrière son volant et attendre. Seule manque une petite voix humaine pré-enregistrée, pouvant guider les conducteurs novices. Car théoriquement, la station Better Place est entièrement autonome, sans aucun personnel pour accueillir les usagers.

Une fois la voiture garée au début de l’allée, rideau bleu fermé, deux grandes étapes successives se déroulent. À noter que la voiture doit se déplacer pour passer de l’une à l’autre, mais c’est un petit automate entraînant la roue avant gauche qui la fait avancer, comme si elle était guidée par un rail. La première étape est le nettoyage du bas de caisse où se trouve la batterie. Plusieurs semaines, ou mois, peuvent en effet s’écouler entre deux échanges, et de la saleté peut se loger dans les vis d’attache et la plaque extérieure de la batterie. Cette étape dure moins de 30 secondes.

L’échange de la batterie

Ensuite, la voiture s’avance automatiquement de quelques mètres pour se positionner au dessus d’une trappe. Le conducteur ne voit rien des manipulations qui se déroulent. En revanche, dans la voiture, c’est comme dans un petit manège : ça bouge un peu, ça vibre, ça fait quelques bruits, comme si un robot était en train de manger le coffre arrière…! La batterie se trouve entre le coffre (réduit de fait) et les sièges passagers, au niveau des roues arrières. Elle est plutôt imposante.

Observée de l’extérieur, l’opération est assez étonnante, voire un brin futuriste. Chronométré, le simple échange de batterie dure environ 3 minutes 30. Pendant ce temps, la trappe s’ouvre et laisse apparaître un sous-sol d’environ deux mètres de profondeur, continu avec le reste du bâtiment. Un premier bras articulé (en blanc sur la photo ci-contre) arrive sous le coffre, puis se déplace vers le haut pour soulever le véhicule d’une quinzaine de centimètres. Il maintiendra l’ensemble durant toute l’opération. Un deuxième bras entre alors dans la danse, se place sous le coffre, dévisse le pack batterie et le retire.

Une station sans rupture de stocks ?

Le bras articulé avec la batterie disparaît ensuite dans les méandres de la station pendant quelques dizaines de secondes, puis un bras revient avec une batterie pleine, l’insère dans la voiture, revisse l’ensemble et se retire à l’intérieur du bâtiment. Cette scène vécue de l’extérieur est ponctuée du cliquetis des automates cachés au sous-sol. La scène se termine par le retrait du premier bras qui soutenait le véhicule, puis la fermeture de la trappe, et l’ouverture du rideau bleu de sortie. Au final, la voiture sort de la station équipée d’une batterie pleine, ici une Renault Fluence Z.E. avec 185 nouveaux km d’autonomie.

Les batteries (vides) récupérées par la station Better Place sont ensuite rechargées grâce à une borne rapide en environ 1 heure. La station a été théoriquement conçue pour qu’en heures de pointe (en situation de flux tendu), elle ne soit pas en rupture de stock de batteries pleines. Une station peut assumer un échange toutes les 5 minutes environ, soit 12 échanges en une heure. S’il faut 1 heure maximum pour recharger une batterie, et si la station dispose de 12 batteries en stock, alors elle peut théoriquement livrer des batteries pleines en continu. Pour que cela fonctionne, il faut juste une super alimentation électrique (50 kW de puissance permet une charge de 30 minutes), dotée d’autant de bornes de recharge rapides que de batteries en stock.

Et surprise : quand le conducteur sort de la station avec sa nouvelle batterie, il ne paie rien. Enfin presque. Sur un plan purement psychologique, le service est « gratuit », au sens illimité. Le modèle Better Place fonctionne sur la base d’un abonnement annuel tout compris, avec plusieurs forfaits possibles, en fonction des kilomètres parcourus par an. Pour 200 à 400 euros par mois, le conducteur utilise autant de stations d’échange qu’il veut. De même, il pourra utiliser de manière illimitée la borne de recharge Better Place qu’il aura (obligatoirement) dans son garage. Le forfait comprend à la fois recharge électrique et échange de batterie. Un tarif hors-forfait est aussi prévu. Enfin, dans le forfait sont compris d’autres services, disponibles dans la voiture et sur un smartphone ou ordinateur : GPS, géolocalisation des stations du réseau Better Place, Internet, suivi des consommations et de son compte-client, traçabilité des distances parcourues, aide à la décision… Le tout grâce à une plateforme logicielle centrale développée par Better Place.

Des défis délicats

Better Place fait néanmoins face à deux défis importants. Le premier est de déployer un réseau de stations. À l’échelle d’un petit pays, comme le Danemark, l’approche semble appropriée. Au Danemark, un réseau d’une vingtaine de stations est prévu pour avril 2012, et permettra de couvrir tout le pays.

Mais dans des grands pays comme la France, il faudrait déployer un réseau gigantesque pour que le concept soit cohérent. Le chiffre de 500 stations minimum est évoqué pour l’Hexagone… Le deuxième challenge réside dans la voiture : un utilisateur Better Place doit avoir un véhicule adapté à l’échange de batterie. Pour l’instant, seul Renault-Nissan est dans le coup en Europe.