Total, Iberdrola, EDF : Les énergies renouvelables de plus en plus crédibles (Robeco SAM)

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Depuis le début de l’année, trois grands groupes mondiaux ont réalisé une offensive remarquée sur le marché des énergies renouvelables. Les énergéticiens espagnol Iberdrola et français EDF ont (re)pris le contrôle de leurs filiales vertes respectives, Iberdrola Renovables et EDF Énergies Nouvelles. De son côté, le pétrolier Total s’est offert l’américain SunPower, n°2 du photovoltaïque américain, pour la bagatelle de 1,3 milliard de dollars. Ces opérations marquent-elles le début d’une tendance de fond dans le paysage énergétique mondial ? La réponse de Thiemo Lang, gérant des fonds SAM Smart Energy et SAM Sustainable Climate, de la société d’investissement suisse SAM (Sustainable Asset Management), filiale de la banque néerlandaise Robeco.

GreenUnivers : À la lumière du rachat de SunPower par Total, doit-on s’attendre à une consolidation dans le solaire mondial dans les prochains mois ?

Thiemo Lang : L’opération entre SunPower et Total est un peu particulière. SunPower est le fabricant de modules qui a poussé le plus sa stratégie en aval du secteur. Le groupe dispose d’un des plus grands portefeuilles de projets dans le photovoltaïque, notamment aux Etats-Unis sur de grands sites. L’opération est assez complémentaire, car Total va pouvoir apporter les capitaux nécessaires aux projets de SunPower, à un coût plus faible.

D’autres entreprises disposent de ressources financières conséquentes, ces fameuses deep pocket companies, et regardent le secteur en attendant probablement le bon timing et un bon prix pour s’engager. En octobre dernier, Hanwha Chemical, un grand groupe de chimie sud-coréen, a acquis 50% du producteur chinois Solarfun (Lire : Un conglomérat coréen s’offre 50% du fabricant solaire chinois Solarfun – NDLR). Sur cette opération, nous avons probablement la même intention : une entreprise avec beaucoup de moyens finance la croissance d’une autre société dans un rapport gagnant-gagnant. Des situations similaires peuvent se produire en Chine, par exemple. Mais cela sera très difficile pour une entreprise étrangère d’acquérir la majorité d’une société chinoise. Et les Chinois font partie des leaders mondiaux dans la production solaire.

D’une manière générale, le marché du photovoltaïque se globalise. La demande en solaire dans le monde était initialement située en Europe. Même si les projections de marché sont difficiles à réaliser, l’importance relative de l’Europe va diminuer et des marchés en Amérique du Nord et en Asie vont émerger fortement à l’horizon 2013, en particulier aux États-Unis et en Chine.

GU : Comment interprétez-vous la dynamique actuelle sur le marché des énergies renouvelables ?

Thiemo Lang : Tous ces développements récents donnent plus de crédibilité au secteur des énergies renouvelables. L’acquisition de SunPower par Total montre que les supermajors, ces entreprises qui forment le big oil, entrent de plein pied dans le domaine des énergies renouvelables. Les mouvements d’Iberdrola et EDF reflètent aussi l’idée que, notamment en Espagne, l’énergie nucléaire va avoir plus de problèmes. Les énergéticiens vont devoir réduire leur empreinte environnementale et cela implique qu’ils achètent des actifs dans les énergies renouvelables. Même si on ne peut pas prévoir l’avenir, il est possible d’imaginer d’autres opérations de ce genre. Les énergéticiens traditionnels, positionnés sur les énergies fossiles comme le charbon, ont une empreinte carbone négative. L’allemand RWE est dans cette position par exemple. Ce type d’acteurs a donc intérêt à trouver des solutions soit par de l’investissement interne, soit par de la croissance externe. Or, beaucoup d’opérateurs d’énergies renouvelables ont souffert ces dernières années et sont devenus assez bon marché. C’est donc plus profitable et surtout plus rapide pour ces entreprises de faire des acquisitions. Néanmoins, un changement substantiel du mix des énergies dans son ensemble prendra des décennies à se mettre en place.

GU : Votre fonds SAM Smart Energy est positionné sur SunPower. Il était également sur Iberdrola Renovables il y a quelques mois. Cela va-t-il devenir plus compliqué à l’avenir d’investir sur les acteurs impliqués à 100% dans les énergies renouvelables ? Est-il intéressant de prendre des positions sur des groupes comme Iberdrola ou Total ?

Thiemo Lang : Total ne prend que 60% du capital et a annoncé que la société continuera à être cotée, donc nous pourrions conserver SunPower dans notre portefeuille, la décision n’a pas encore été prise. Nous avions des actions Iberdrola Renovables en portefeuille, mais nous avons vendu notre position au lendemain de l’annonce de l’acquisition par Iberdrola. En ce qui nous concerne, nous n’avons pas comme stratégie de tenir des positions sur des énergéticiens exposés sur le nucléaire. C’est la raison pour laquelle nous n’achèterons pas d’actions d’Iberdrola. D’une manière générale, les idées et les opportunités d’investissement ne manquent pas dans les secteurs de l’énergie propre. De nombreuses sociétés se sont introduites en Bourses depuis 2-3 ans. Notre univers d’investissement ne s’est pas rétréci ces derniers temps, bien au contraire !

Propos recueillis par Alexandre Simonnet