Guerre ouverte entre GDF-Suez et sa filiale La Compagnie du Vent

Print Friendly, PDF & Email

L’éolien offshore est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ! Une semaine après l’annonce par GDF-Suez d’un partenariat majeur avec Areva et Vinci sur l’éolien en mer, des vents contraires s’abattent sur sa filiale La Compagnie du Vent. Cette entreprise développe un projet ultra-favori au large du Tréport, l’une des 5 zones propices en jeu dans le cadre de l’appel d’offres sur l’éolien en mer en France. Mais ce projet cristallise des divergences majeures entre Jean-Michel Germa, fondateur et président de la Compagnie du Vent, dont il détient encore 43,2%, et sa maison mère GDF Suez, qui détient le solde. Par communiqués interposés, les deux parties se déchirent sur la place publique.

Vers une guerre ouverte ?

Tout a commencé aujourd’hui par l’annonce de GDF Suez de l’éviction de Jean-Michel Germa de la direction de La Compagnie du Vent, six mois avant la date prévue pour son retrait définitif (le 29 novembre 2011). La succession était déjà engagée depuis quelques mois et il devait être remplacé par Thierry Conil. GDF Suez affirme que cette succession est effective ce jour, 27 mai, suite à une assemblée générale des associés de La Compagnie du Vent. GDF Suez met en avant une vision de groupe qui n’est pas respectée en raison d’une démarche de développement indépendant de La Compagnie du Vent, initiée par Jean-Michel Germa.

De l’autre côté, Jean-Michel Germa conteste formellement sa révocation et saisi le Tribunal de Commerce de Montpellier, où se trouve le siège de La Compagnie du Vent. Il dénonce la politique de « siphonnage » systématique des actifs et du savoir-faire de La Compagnie du Vent par GDF Suez au profit des filiales détenues, elles, à 100%. Le dirigeant indique qu’aucune assemblée générale d’associés ne s’est tenue ce jour !

Une épine dans le pied de GDF Suez

Ce désaccord s’inscrit dans un contexte général très mouvant. De nombreux grands énergéticiens sont engagés dans une reprise en main ferme de leurs actifs renouvelables. Après EDF et Iberdrola, c’est GDF Suez qui s’illustre indirectement. Le groupe cherche d’ailleurs à se doter d’un pôle énergies renouvelables fort, regroupant toutes ces filiales vertes. « Nous sommes en phase de réflexion sur la forme à donner à ce futur pôle », souligne GDF Suez.

Dans l’affaire de La Compagnie du Vent, la question est désormais de savoir si Jean-Michel Germa tiendra et restera actionnaire de l’entreprise dans les prochains mois. Dans le cas contraire, GDF Suez pourrait monter à 100% dans sa filiale, verrouillant ainsi le contrôle de l’une de ses entreprises stratégiques dans les énergies renouvelables. À l’heure actuelle, cette question est prématurée, indique-t-on du coté de GDF-Suez.

La Compagnie du Vent mécontente

Après avoir créé en 1989 son entreprise, pionnière sur l’éolien terrestre en France, Jean-Michel Germa est aujourd’hui proche d’un départ et a orchestré sa succession, comme le précise GDF Suez : « Jean-Michel Germa avait présenté en février dernier Thierry Conil à l’ensemble des personnels de La Compagnie du Vent comme le futur directeur général désigné de la société. »

Le groupe GDF Suez est entré dans l’entreprise en 2007 (acquisition de Suez) et possède 56,8% du capital. Mais aujourd’hui, la logique de groupe impulsée par GDF Suez ne semble plus être du goût de La Compagnie du Vent.

Le projet éolien offshore du Tréport…

La divergence est flagrante dans l’éolien offshore. La Compagnie du Vent développe depuis 2005 un projet offshore d’envergure au large du Tréport (projet dit des Deux-Côtes). Un parc dont le développement est très avancé, avec notamment la réalisation d’un débat public en 2010. Lancé bien avant les tergiversations politiques autour de l’éolien offshore, le projet est idéalement situé dans la zone propice du Tréport, choisie par l’Etat en janvier dernier pour développer un parc offshore de 750 MW.

Les voyants étaient donc au vert pour La Compagnie du Vent qui avait mené jusqu’à présent ce projet dans son coin. Au regard des développements engagés depuis des années, le projet des Deux-Côtes est le grand favori sur la zone du Tréport dans le cadre de l’appel d’offres en gestation. La Compagnie du Vent n’a pas d’autres projets et l’entreprise n’a aujourd’hui pas vocation à répondre aux quatre autres zones de l’appel d’offres.

Mais voilà, GDF-Suez a des ambitions bien plus grandes que sur la seule zone du Tréport. Un appétit légitime : via ses filiales, GDF Suez est le leader de l’éolien terrestre en France et compte étendre son statut dans l’offshore. L’évolution est en outre catalysée par la concurrence : si GDF Suez ne s’engage pas sur les différentes zones de l’appel d’offres, il laisse une voie royale à son concurrent EDF EN, très ambitieux.

…pris dans le tenaille d’une logique de groupe

C’est en partie ce qui a motivé le montage d’un consortium entre GDF Suez, Areva et Vinci pour répondre en groupe à l’appel d’offres. Sur fond d’impératifs industriels, cette alliance s’est déjà positionnée sur 3 zones propices, dont celle du Tréport, avec comme projet phare celui de La Compagnie du Vent. Mais cette dernière, qui travaille sur le projet depuis des années, ne voit pas d’un bon oeil cette appropriation accélérée, qui semble aller à l’encontre d’accords signés en 2007 entre les deux parties. Pire, cette situation pourrait mettre en péril 40 emplois à La Compagnie du Vent et provoquer un préjudice de 245 M€, estime celle-ci.

Ces divergences sur l’offshore ne semblent pas être isolées. La Compagnie du Vent affirme que GDF Suez bride le développement de son activité depuis des mois. Elle brandit comme référence les déconvenues de son projet éolien marocain de Tarfaya (300 MW – 600 M€). Ce dernier site est actuellement développé par le groupe International Power, désormais intégré à GDF-Suez et… concurrent de La Compagnie du Vent.

GDF Suez paye son manque de coordination

Les logiques respectives de La Compagnie du Vent et de GDF Suez semblent toutes deux légitimes. La première agit pour son développement propre tandis que le deuxième cherche à trouver des synergies entre ses entités. Mais cette affaire met au grand jour la situation compliquée de GDF Suez dans les énergies renouvelables.

Suite à une croissance externe touts azimuts ces dernières années, le groupe est aujourd’hui très disparate dans les énergies renouvelables, avec des niveaux de contrôles très différents sur ses filiales : la Compagnie Nationale du Rhône, la Société Hydro Electrique du Midi, Electrabel, La Compagnie du Vent, Eole Génération, Erelia, Maïa Eolis, Maïa EolMer, Clipsol, Panosol, Energia, la CN’AIR ou encore International Power. Un pôle EnR sur le modèle d’EDF EN, Iberdrola Renovables, EDP Renovaveis ou encore Enel Green Power manque cruellement.

Mais en attendant qu’un tel pôle émerge, l’affaire autour de La Compagnie du Vent tombe très mal, à six mois de la date butoir pour répondre au marché français très stratégique de l’éolien offshore.

Alexandre Simonnet

—-

Les communiqués :

– de GDF Suez

– de La Compagnie du Vent


Article précédentMichelin et FAM Automobiles s’allient dans le véhicule à hydrogène (Premium)
Article suivantLa pionnière des algues Solazyme cartonne en Bourse (Premium)

Comments are closed.