Les éco-centres 2.0 : nouvelle approche green du travail ?

Print Friendly, PDF & Email
© Spaces

Après les réseaux intelligents d’électricité (smart grid) et d’eau (smart water), les bâtiments intelligents (smart building) ou encore la mobilité intelligente (covoiturage, autopartage…), voici le travail intelligent !

Face aux enjeux environnementaux, l’organisation du travail dans les villes pourrait être profondément transformée avec l’arrivée des éco-centres 2.0. Cette nouvelle génération de télécentres, également connue sous l’appellation Smart Work Center, repose sur des lieux de travail partagé, proches des bassins d’habitation, offrant un panel de services et d’équipements mutualisés. Connectés au très haut débit, équipés de salles de téléprésence, ces éco-centres 2.0 visent à décongestionner le trafic urbain et à réduire l’empreinte carbone des villes.

La France se penche sur les écocentres

Développés en réseau, ces nouveaux centres de travail sont l’une des briques de la construction de villes durables. La France y réfléchit sérieusement, mais elle n’a que très peu poussé le concept des centres de travail hyperconnectés, offrant une flexibilité d’utilisation et des espaces de travail en location. Le pôle Euratechnologies à Lille (Nord), dédié aux TIC*, offre presque l’unique illustration.

Réunis en mission d’étude à Amsterdam mi-avril, plusieurs acteurs français se penchent pourtant sur les éco-centres. « Si le modèle est rentable, la Caisse des Dépôts aura vocation à investir dans ce genre de projets », indique Cédric Verpeaux, Responsable du Pôle Ville Numérique et Durable à la CDC Numérique. « Notre objectif est de finaliser une stratégie de déploiement en Ile-de-France et de mettre en place un dispositif d’accompagnement d’ici à la fin 2011 », note pour sa part Nicolas Le Roux, membre du cabinet du Président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon.

© Spaces

Entre 5.000 et 10.000 centres maillés sur tout le territoire, de tailles différentes, pourraient être déployés dans l’Hexagone estime Patrick Anghert, directeur des relations institutionnelles chez Cisco. Egalement présent à Amsterdam, Richard Collin, administrateur du cluster français Green & Connected Cities, porte une attention toute particulière au développement d’éco-centres 2.0 en France. Le cluster travaille à l’élaboration de scénarios et d’un cahier des charges de télécentres de nouvelle génération. Il participe également à la création d’un consortium qui réunirait Cisco et Orange, notamment.

Agissant sur la notion de mobilité pendulaire – ces déplacements quotidiens de populations urbaines entre les lieux de résidences et les lieux de travail – les télécentres permettent de réguler le trafic automobile et d’améliorer l’organisation et la gestion des transports collectifs, selon l’étude « Télécentres, éco-centres et lieux pour les eActivités », du cluster Green & Connected Cities. Ces lieux offrent aussi un modèle immobilier urbain plus efficient sur le plan énergétique, tout en apportant de nouveaux services aux habitants.

Smart Work Center ?

Les Pays-Bas sont en pointe dans le développement de Smart Work Centers depuis 2008, notamment à l’initiative de Cisco et son programme Connected Urban Development. Amsterdam en a fait l’un des piliers de sa stratégie visant à réduire de 40% ses émissions de CO2. Aujourd’hui, 8% des fonctionnaires de la ville utilisent déjà ces lieux par exemple. Dans toute la Hollande, 108 Smart Work Centers sont labellisés au travers du réseau Double U. En Wallonie, en Belgique, Cisco souhaite participer à la création d’un réseau de centres dans les 18 prochains mois. La Corée du Sud a programmé la construction de 500 Smart Work Centers dans la banlieue de Séoul à l’horizon 2013.

Comment fonctionnent ces fameux Smart Work Centers ? Ils se positionnent à mi-chemin entre le télétravail à la maison et le travail au bureau, avec les avantages des deux lieux : espace calme et cotonneux, associé à une atmosphère professionnelle. Ces centres se placent également entre l’hôtel d’entreprises et les télécentres de première génération (espace de co-working, centres d’affaires…). Ils sont censés offrir un lieu flexible, avec des open spaces qu’il est possible d’occuper à l’heure, à la journée, à la semaine, et des bureaux à la location au mois ou à l’année…

© Spaces

Une communauté de travailleurs flexibles

Ces établissements ouverts sont tournés principalement vers une frange de travailleurs qui ne sont pas obligés d’être au bureau pour assumer leurs obligations professionnelles. Sont concernés également les travailleurs indépendants, consultants, étudiants, professions libérales, salariés de start-up, etc. Ces lieux offrent de nombreux services censés faciliter la vie du travailleur : services numériques, salles de réunion, restauration, crèches, salles de téléprésence, services bancaires…

Le modèle économique des Smart Work Centers est très varié, en fonction de leur taille, des systèmes de location, des services associés. Leur mode de financement est tout aussi diversifié (partenariat public-privé, fondation…). En moyenne, les lieux atteindraient l’équilibre financier au bout de 3 ans, mais le manque de retour d’expérience offre très peu de statistiques. Le centre Spaces Herengracht d’Amsterdam, par exemple, a trouvé la rentabilité 18 mois après sa création. Aujourd’hui, il héberge une vingtaine d’entreprises, et offre des espaces flexibles pour les travailleurs seuls.

La téléprésence : nouvelle mobilité professionnelle

Certains Smart Work Centers fourbissent une dernière arme pour convaincre : la téléprésence. Le centre Amsterdam Bright City en est équipé, par exemple. Et force est de constater, après une réunion virtuelle organisée entre Paris et Amsterdam, que ce genre de « néo-mobilité » est très pertinente, tant sur le plan humain que d’un point de vue économique et environnemental. La salle d’Amsterdam Bright City est louée 450 euros l’heure, et peut éviter le déplacement de plusieurs personnes entre deux sites (photo ci-dessous).

©Cisco

Fournisseur de technologies, Cisco est l’un des plus gros consommateurs de téléprésence au monde. Il a installé 1.100 salles en interne ces dernières années, dont une douzaine en France, par exemple. Le groupe a ainsi réduit de 750 millions de dollars ses charges de transport, tout en évitant des émissions de CO2, indique Laurent Blanchard, directeur général Cisco France et vice-président Cisco Europe, en direct d’une salle de téléprésence à Paris. Avec les gains de productivité engendrés par la téléprésence, Cisco estime économiser 1 milliard de dollars par an au total.

Depuis 2008, plus de 50% des habitants de la planète vivent en ville. Et en 2020, 80% des Européens seront urbains. Les éco-centres 2.0 et autres Smart Work Centers représentent une approche nouvelle de l’organisation du travail, guidée par des enjeux environnementaux (transport…) et sociaux (désenclavement économiques de certains territoires). Les éco-centres sont sans doute promis à un bel avenir. La question est désormais de savoir s’ils se cantonneront à offrir simplement un service professionnel ou bouleverseront durablement l’organisation spatiale du travail dans les villes de demain.

Alexandre Simonnet, à Amsterdam

———-

*Technologies de l’information et de communication