L’eau d’une nappe phréatique verdit un datacenter grenoblois

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©Business & Decision

C’est un cube vert qui stocke les données informatiques des entreprises, toujours plus nombreuses à l’heure d’Internet et de l’économie numérique. Basé à Grenoble (Isère), il se refroidit « naturellement » grâce à une nappe phréatique située plusieurs mètres sous ses pieds. Sa consommation d’énergie est aussi optimisée grâce à un concentré de technologies. Le nouveau centre de données de Business & Décision Eolas, un spécialiste de l’hébergement filiale du groupe Business & Décision, se veut exemplaire sur le plan énergétique.

Intégration de plusieurs solutions « vertes »

Le centre représentera 800 m2 de salles informatiques équipées à moyen terme (13.000 serveurs physiques), soit une taille située dans la fourchette basse du secteur. L’investissement de Business & Decision s’élève à 10 millions d’euros pour la première tranche (équivalent à 1.000 serveurs), dont 3 millions d’euros uniquement pour le bâtiment. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) a participé à l’investissement immobilier. Entièrement équipé, le centre représentera à terme un investissement de 50 millions d’euros.

Parmi les principaux prestataires, Schneider Electric et la filiale française de l’américain Intel ont cherché à apporter des solutions adaptées face au problème de la surconsommation d’énergie des centres de données, les fameux datacenters. Fermes de serveurs informatiques de dernière génération, optimisation de l’architecture électrique, système de refroidissement atypique : l’intégration des solutions a aussi été un axe majeur du projet.

En matière de performance énergétique, le datacenter de Business & Décision Eolas se distingue surtout par son système de refroidissement. Dans le secteur, pour refroidir les baies de serveurs, certains utilisent des groupes froids traditionnels peu exemplaires sur le plan écologique. D’autres cherchent à tirer profit au maximum de systèmes de free cooling qui utilisent la fraicheur de l’air extérieur. C’est le cas par exemple du datacenter « vert » de TelecityGroup (3.400 m2) inauguré il y a un an à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). A Grenoble, le centre se refroidit grâce à une pompe à chaleur eau/eau branchée sur la nappe phréatique située sous le site.

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Une nappe phréatique stratégique

À l’intérieur du centre de données, seul un labyrinthe de tuyaux gris situés dans le local hydraulique traduit la présence d’un tel système. L’eau de la nappe phréatique à 14°C est remontée à la surface et transfère ses calories à un échangeur thermique. En face, une autre boucle fermée d’eau récupère cette température, qui va ensuite être utilisée par le système de climatisation pour refroidir l’air chaud issu des serveurs. En fin de cycle, l’eau est récupérée à 20°C environ. Les calories sont alors renvoyées dans la nappe phréatique par échange thermique. Un projet de récupération de cette chaleur est à l’étude pour chauffer un futur bâtiment industriel voisin du site.

La maîtrise de la température interne du datacenter est facilitée grâce à l’inertie thermique du bâtiment. Le datacenter est une réhabilitation d’un ancien bâtiment industriel d’Alstom, dont les murs de plus de 2 mètres d’épaisseur ont été gardés. À plus long terme, une fois que le centre montera en puissance, un système de free cooling est prévu pour optimiser la climatisation. Les salles informatiques sont conçues de manière optimale pour le refroidissement, sur la base d’un système d’allées chaudes et d’allées froides, développées par APC, une business unit de Schneider Electric spécialisée dans les centres de données.

Une centrale solaire de 75 kW

Schneider Electric, spécialiste de la gestion de l’énergie, a très tôt été impliqué dans le projet afin d’optimiser la conception du datacenter et son exploitation technologique. Il a fourni une solution intégrée : système d’alimentation et architecture de distribution d’énergie, salles blanches, outils de monitoring, climatiseurs, baies informatiques, systèmes de gestion énergétique et plateforme de pilotage, sécurité… De son côté, Intel intervient notamment sur les serveurs, avec la fourniture de processeurs de dernière génération, plus efficients sur le plan énergétique.

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Une centrale photovoltaïque de 75 kW développée et exploitée par GDF Suez est installée sur le toit et amortie l’empreinte énergétique du lieu. À plein régime, ce datacenter représente une puissance électrique de 2 MW, alimentée par Gaz Electricité de Grenoble grâce à des centrales hydroélectriques et à des éoliennes. Si la consommation d’énergie des serveurs ne peut pas être réduite indéfiniment, tout l’enjeu d’un datacenter est de réduire les autres postes de charge électrique (éclairage, sécurité, refroidissement).

Un PUE visé ambitieux

« Nous visons un PUE (Power usage effectivness)* de 1,35 sur notre centre », indique Gerald Dulac, directeur du projet Green Datacenter pour Business & Décision. Un objectif ambitieux par rapport à la moyenne du secteur, qui est supérieure à 2. Les meilleurs centres affichent des PUE de 1,5 à 1,7. Seuls des grands comptes aux Etats-Unis (Google, Microsoft, Yahoo…) annoncent chercher des PUE proches de 1,1 ou 1,2.

Le centre de Business & Décision Eolas se targue d’être le premier centre de donnés en France à mettre en place les démarches d’éco-performance préconisées par le Code de conduite européen. L’entreprise francilienne Bull est également engagée dans ce sens. Elle dispose d’ailleurs d’un « Bio Demo Center » à Grenoble, vitrine technologique de ses solutions pour des datacenters verts.

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*PUE : Le PUE (Power usage effectivness) est mesuré en divisant le total de l’énergie consommée par le data center par le total de l’énergie utilisée uniquement par l’équipement informatique (serveur, stockage, réseau) sur un an. Plus le PUE tend vers 1 et plus il présente des performances énergétiques importantes.