Bourse : la crise nucléaire japonaise déclenche une bulle sur l’énergie verte

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Dans quelles proportions la crise nucléaire au Japon va-t-elle influencer les cleantech, et en particulier les énergies renouvelables (EnR) ? Dans un climat boursier mondial affolé par le risque de catastrophe nucléaire et alors que la Bourse de Tokyo subit l’un des pires krachs de son histoire, les valeurs des énergies renouvelables montent en ordre groupé.

Les titres éoliens et solaires sont les plus recherchés, même si des disparités existent entre les pays. D’une manière générale, les « pure players » des EnR flambent depuis 48h. Les groupes industriels traditionnels diversifiés depuis peu sur les EnR, eux, ne résistent pas à la chute des places.

(Note de la rédaction : pour plus de compréhension, les cours cités ci-dessous ont été analysés principalement sur les dernières 48h, c’est à dire sur les cotations de lundi à mardi après-midi)

Déprime boursière générale…

La Bourse de Tokyo a dévissé le mardi 15 mars : l’indice phare Nikkei a enregistré un recul de 10,55%. Sur 48h, le Nikkei chute de 16,01% ! Ce vent de panique gagne depuis ce matin les places européennes, qui sont toutes en recul important. Le CAC 40 chutait de plus de 2% à 16h, après une baisse de 1,29% lundi.

Aucun secteur n’échappe à cette déroute… sauf les énergies vertes. Les spécialistes du nucléaire sont les plus malmenées alors que la crise au Japon pourrait remettre en cause les programmes de développement de cette énergie dans le monde. Le titre Areva a chuté de plus 15% depuis 48h. Les diversifications récentes du groupe français dans l’éolien offshore, le solaire thermique ou la biomasse n’y changent rien.

De même, le cours d’EDF est en baisse de 8,7 % sur deux jours. Les valeurs du secteur en Allemagne subissent le même régime : E.ON et RWE reculent globalement dans les mêmes proportions qu’EDF. Notons aussi que GDF-Suez baisse d’environ 5% depuis 48h, malgré sa moindre exposition au nucléaire et ses activités dans l’hydro-électricité et l’éolien par exemple.

…mais les valeurs vertes s’envolent à Paris

Dans ce contexte énergétique, les valeurs vertes ont, au contraire, la cote. En France, les titres d’entreprises fortement actives dans l’éolien sont les plus recherchés. Le développeur EDF Energies Nouvelles est en hausse de 8,6% depuis 48h. L’envol est encore plus marquant pour Theolia, pourtant en difficulté depuis des mois. Proche du penny stock (*), son cours décolle de 17% depuis 2 jours ! Principalement développeur éolien, Aérowatt est aussi dans le vert. Du côté des industriels, Vergnet s’envole de 14,2% sur 48h.

En revanche, le solaire ne semble pas profiter de la crise nucléaire, en raison peut-être de la nouvelle réglementation et aussi d’un manque d’acteurs français cotés. Voltalia ou Stratégéco Solar, cotées au Marché libre, enregistrent peu d’activité. Velcan (hydro-électricité) est dans le rouge, tout comme Séchilienne-Sidec (multi-énergies).

A l’étranger aussi, les pure players en hausse…

En Allemagne, les spécialistes des énergies renouvelables ont aussi la cote. Dans le solaire, Q-Cells et SolarWorld s’envolent de respectivement 31% et 41% sur deux jours. L’industriel de l’éolien REpower croît de 7% environ depuis 48h. Les débats sur le nucléaire en Allemagne, et la décision de la chancelière Angela Merkel d’arrêter pendant trois mois les sept réacteurs nucléaires les plus anciens jouent en faveur des EnR.

Même si la situation boursière chaotique d’aujourd’hui mardi commence à faire vaciller certaines valeurs vertes européenne comme Vestas (Danemark, éolien) ou Gamesa (Espagne, éolien), leurs cours sont néanmoins en hausse sur 48h. Au niveau international, les industriels du solaire chinois Suntech, Yingli, Trina Solar, LDK, JA Solar, ou américain FirstSolar ont nettement progressé d’environ 5% lundi et gagnaient encore 6% à 7% en début de séance à Wall Street mardi.

… mais les industriels traditionnels diversifiés dans le green chutent

En revanche, les groupes industriels historiques, présents en partie sur le nucléaire mais également diversifiés ces dernières années sur les énergies vertes, ne profitent pas de la mini-bulle qui se forme actuellement sur les renouvelables. L’américain General Electric, très présent dans l’éolien terrestre par exemple, est tombé de 2,16 % hier, et chute de 5,37% à l’ouverture des marchés américains mardi après midi. L’allemand Siemens, un des leaders dans l’éolien offshore et onshore, se replie autour de 4% aujourd’hui, après un recul de 1,64% lundi. Idem pour Alstom en France, qui suit les performances de Siemens, malgré ses diversifications dans l’éolien, la biomasse, le solaire ou les énergies marines.

Cet engouement sur les entreprises spécialisées à 100% sur les énergies vertes est en grande partie dû à des facteurs psychologiques de marché, stimulés par une catastrophe en cours au Japon, dont les conséquences sont d’ailleurs encore mal perçues. Il est donc encore trop tôt pour évaluer l’impact de long terme de cette crise sur les valeurs des énergies vertes. Cette mini-bulle verte pourrait très bien se dégonfler rapidement, comme prendre de l’ampleur. Il faudra également suivre l’évolution à moyen-terme des entreprises japonaises spécialisées dans les EnR, comme les industriels du solaire Sharp, Kyocera , Sanyo ou Solar Frontier.

Une chose semble être certaine à ce jour : le 11 mars 2011, jour du séisme qui a provoqué cette crise nucléaire, restera une date de référence dans l’énergie, avec un avant et un après.

Alexandre Simonnet

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(*) Un penny stock est un titre dont la valeur est inférieure à 1 euro ou 1 dollar. Cette faible valeur s’explique le plus souvent par une forte baisse des cours au fil des années, sous l’impact de très mauvais résultats passés. Chaque transaction sur le cours d’un penny stock peut avoir une grande influence à la hausse ou à la baisse, ce qui en fait une valeur de choix pour les traders à court-terme.