Solaire : la Grèce rivalise avec la Californie

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La même semaine, Athènes annonce un projet photovoltaïque à taille mondiale et une vaste centrale solaire thermique en Crète, que lui fournira la société de San Francisco BrightSource. Aucun doute : la Grèce, Etat sans le sou, se voit en Californie.

C’est en effet un projet digne des plus audacieuses sociétés de la Silicon Valley : la compagnie nationale d’électricité grecque (PPC) va construire une centrale photovoltaïque de 200 MW sur un site du nord du pays, en investissant 600 millions de dollars,  a annoncé le Premier ministre grec George Papandréou.

Il s’agit de l’un des plus grands projets photovoltaïques au monde (au dixième rang  derrière plusieurs projets en Californie et en Chine, selon notre recensement) et le plus grand d’Europe (Voir notre Repère : les plus grands projets photovoltaiques mondiaux). Le site comprendra aussi une usine de panneaux solaires, a précisé Arthur Zervos, le patron de PPC.

Ce n’est pas encore fait : la compagnie grecque compte trouver d’ici l’été un partenaire international — un fournisseur de centrales solaires — pour l’aider à réaliser ce projet qu’elle souhaite terminer d’ici fin 2012. Il devrait trouver preneur, grâce aux tarifs d’achat particulièrement généreux mis en place depuis septembre 2009 dans le pays, qui vont actuellement de 37 à 41 centimes par kWh, et décroîtront jusqu’en 2015. (Le tableau ici).

Le parc solaire sera installé près d’une grande centrale à lignite, à Kozani, une centrale vieillissante qui fournit 40% de l’électricité du pays.

Forte de son ensoleillement exceptionnel, la Grèce espère beaucoup du solaire et des énergies vertes en général pour soutenir son économie déprimée, et l’Autorité de régulation a approuvé en septembre des projets d’énergies renouvelables d’un total de 840MW, représentant des investissements de plus de 2 milliards d’euros. Selon les analystes, la Grèce risque de connaître en 2011 sa troisième année consécutive de récession, avec un PIB prévu en baisse de 3%, avant de retrouver la croissance en 2012.

La centrale de Kozani devrait créer  200 emplois permanents et 350 emplois temporaires, et réduire les émissions du pays de 300.000 tonnes de CO2 par an.

La compagnie PPC avait tenté l’an dernier de conclure une alliance avec le développeur solaire américain SunEdison (filiale du groupe électronique MEMC), mais l’accord avait échoué en raison d’incompatibilités avec la législation européenne sur les marchés publics. “Nous avons décidé de lancer un appel d’offres international pour le projet de Kozani, pour garantir une transparence totale », a promis M. Zervos.

PPC est déjà en train d’installer une centrale de 50 MW à Megalopolis, dans le sud du pays, également près d’une vieille centrale au lignite.

Et un projet solaire thermique majeur

Egalement cette semaine, le développeur solaire Nur-MOH, joint venture entre le groupe britannique Nur Energie et la compagnie pétrolière grecque Motor Oil Hellas, a reçu l’autorisation de construire une centrale solaire thermique de 38 MW en Crète. La technologie sera fournie par BrightSource, jeune société qui prévoit des centrales solaires thermiques pharaoniques en Californie, qui seront les plus grandes du monde, et qui ont déjà reçu des centaines de millions de dollars de financement.

La centrale pourra alimenter 13.000 foyers sur l’île et sera le premier projet européen à utiliser la technique de Brightsource, qui utilise des milliers de miroirs sur une tour-réservoir centrale produisant de la vapeur qui fait tourner une turbine, mais ensuite en partie redirigé dans le système, ce qui économise de l’eau. Cette centrale serait l’une des plus grande centrale solaire thermique d’Europe — mais loin derrière les projets américains. (Voir notre Repère : les plus grands projets solaires thermiques du monde).

Là encore, le projet prendra du temps : Nur-MOH cherche actuellement les financements pour sa centrale auprès d’institutions financières européennes et grecques, et devra ensuite obtenir le permis de construire.